Le marché de l’énergie, tout un programme

Transition énergétique, marché ouvert à la concurrence, l’énergie en France bouge. Elle doit s’adapter aux nouvelles technologies, au cours du marché, aux consommations en baisse et anticiper demain.


En 2014, la consommation d’énergie primaire était constituée de :

  • 47,5 % d’énergies fossiles (dont 30,1 % de produits pétroliers)
  • 42,4 % d’électricité (à majorité issue des centrales nucléaires)
  • 9,6 % d’énergies renouvelables
  • 0,4 % de déchets urbains non renouvelables.

 

52 % de l’énergie primaire est produite en France, 48 % est importée pour être transformée en énergies secondaires. Au 30 juin 2016, l’électricité consommée était évaluée à 431 TWh/an et le gaz naturel à 458 TWh/an*.

 

Pour fabriquer la fée électrique, centrales nucléaires, à charbon, à gaz, hydroélectriques sont rejointes par les productions d’énergies renouvelables avec le bois, l’hydraulique, l’agrocarburant, les pompes à chaleur, l’éolien, le photovoltaïque, la biomasse… La France est également exportatrice d’électricité : 22 TWh au 2e trimestre 2016 (23 au 1er trimestre 2016)*.



L’ouverture des marchés

 

Pas simple de s’y retrouver dans le marché de l’électricité et du gaz, ballotté au fil des rachats et des changements de sigles. Il est constitué à un bout par les fournisseurs. Puis du réseau public de transport exploité par RTE, 100 000 kilomètres qui traverse la France faisant circuler les électrons. Au final, le réseau de distribution jusqu’au lieu de consommation.

 

Pour le gaz, le réseau de transport est assuré par GRTGaz et TIGF et les quatre principaux gestionnaires de distribution (GRDF, Régaz, Réseau GDS et Gaz Électricité de Grenoble) et les fournisseurs historiques (Engie, ES Énergies et Gaz de Bordeaux). 95 % de ce dernier sont confiés à Enedis (ex-ERDF) pour l’électricité et GRDF pour le gaz naturel, les 5 % restants à des Entreprises locales de distribution (ELD)*.

 

“431 TWh/an : c’est au 30 juin 2016, l’évaluation de la consommation nationale en électricité. Celle du gaz est évaluée à 458 TWh/an.” Source : Observatoire de la commission de la régulation de l’énergie.

 

À côté du fournisseur historique, Engie (ex-GDF devenue GDF Suez), 26 fournisseurs alternatifs d’électricité (Enercoop, Direct Énergie, Energem, Lampiris, Électricité de Savoie…) proposent, au 30 juin 2016, des offres aux clients résidentiels et non résidentiels. Certains ne fournissent que des grandes entreprises énergivores, comme Alpiq, d’autres s’ouvrent à tous les marchés, comme Alterna. À cela s’ajoutent 160 fournisseurs non nationaux d’électricité, dont des fournisseurs historiques (Entreprises locales de distribution, ELD, exemple Électricité de Strasbourg ou Grenoble Électricité) présents localement ou régionalement*.

 

Pour le gaz naturel, auprès de Gaz de France, de Gaz de Bordeaux et de Total Énergie Gaz, ils sont 24 à se partager le gâteau (Alterna, Axpo, Direct Énergie, EDF, Énergies du Santerre, Iberdrola…), plus une quarantaine de fournisseurs non nationaux, dont 22 historiques. Idem que l’électricité, tous ne distribuent pas les mêmes sortes de clients*.

 

Certains sont producteurs comme Engie, d’autres ne sont que fournisseurs, tels Total pour le gaz auprès des professionnels ou Eni France, une filiale du géant pétrolier italien et leader en gaz naturel en Europe. La société Direct Énergie est ainsi passée de fournisseur à producteur-fournisseur avec l’acquisition d’une centrale gaz naturel de Bayet dans l’Allier produisant l’équivalent de 200 000 clients particuliers en électricité. «Les réseaux français et européens nécessiteront des centrales comme celle-ci pour pallier la production d’énergie renouvelable. Elle est un moyen de production qui prend le relais lors des pics de consommation ou des pannes» confie Romain Verdier, directeur de Direct Énergie, qui annonce 1,9 million de clients dont 1,4 pour l’électricité, et qui gagne «3 000 à 4 000 clients/jour».



Un marché réglementé, ou pas

 

Le prix de l’électricité et du gaz sont soumis à deux types de marchés : soit le tarif réglementé (Engie ou les Entreprises locales de distribution) ou soit le prix librement fixé par les fournisseurs. Au 31 décembre dernier, 54 % de la consommation d’électricité et 17 % de gaz naturel étaient soumis au tarif réglementé*.

 

Les gros consommateurs d’énergie, les industriels, se tournent davantage vers les prix libérés et accélèrent le changement de fournisseur. Ainsi, au 31 mars 2016, les clients non résidentiels n’expriment plus que 1 % de la consommation à bénéficier du tarif réglementé*.

 

Idem pour les clients résidentiels, avec 157 000 clients supplémentaires à fin mars 2016 (+ 4,2 % par rapport au 31/12/2015). En gaz naturel, ils ont été 169 000 nouveaux abonnés (+ 3,9 %). À la clé, des possibilités d’économie financière, le prix de l’électricité peut être inférieur entre 5 % et 7 % (gaz et électricité) pour un client moyen*.


Le prix de l’énergie

 

Les prix de l’électricité et du gaz sont fixés par la CRE, Commission de régulation de l’énergie, émanation indépendante de l’État et de la filière. Comme tout marché, celui de l’électricité est soumis à l’offre et la demande. Aujourd’hui, le coût du marché de l’électricité est de 33 € le MWh. Avec le dispositif Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), EDF est contraint de vendre sa production à ses concurrents à 42 € par MWh.

 

Ce prix fixe actuel, rétribuant historiquement l’investissement des centrales nucléaires, qui normalement doit stabiliser le marché, n’est plus attractif. Un distributeur concurrent à EDF se tourne donc vers des bourses d’échange entre pays, comme l’Allemagne, l’Espagne, ou vers les producteurs, ou s’adresse aux centrales les moins chères.

 

Les tarifs de l’éolien, du photovoltaïque et de la biomasse sont supérieurs aux 33 € cités ci-dessus. «En 2009, à l’époque et du Grenelle de l’Environnement, des tarifs des énergies renouvelables ont grimpé jusqu’à 600 euros le MWh» confie un porte-parole du CRE. Difficile de rivaliser ! Sur la facture d’EDF, le prix de l’Arenh est constitué à 70 % du prix de la four- niture et à 30 % du prix du marché, auxquels s’additionnent le coût du transport, des réseaux de distribution et les taxes. * Chiffres Observatoire de la commission de régulation de l’énergie

 


L’énergie de demain

Même si RTE, Réseau de transport d’électricité, prévoit une baisse de la consommation de l’électricité d’ici 2021 de 8 TWh, soit la consommation de la Haute-Garonne, due aux mesures d’efficacité énergétique des particuliers et du secteur tertiaire, la meilleure énergie reste celle que l’on ne consomme pas. La fameuse sobriété énergétique est et sera toujours de rigueur pour atteindre le fameux facteur 4 (diviser par 4 d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique).

 

Selon RTE, les énergies renouvelables atteindront en 2021 une puissance installée de l’ordre de 55 000 MW, avec 17 000 MW d’éolien et 10 000 MW de solaire. La recherche concernant les énergies renouvelables poursuit son champ d’investigation. À l’Ines, Institut de l’énergie solaire, 360 chercheurs planchent pour faire baisser les coûts de production et augmenter les performances en brevetant annuellement 80 projets. « Nous sommes à trente ans de baisse du coût et nous grappillons 5 % chaque année. Aujourd’hui, le solaire arrive à être concurrent face aux autres énergies » annonce Philippe Malbranche, directeur général de l’Ines.

 

“La fameuse sobriété énergétique est et sera toujours de rigueur pour atteindre le fameux facteur 4 (diviser par 4 d’ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique).”

 

Ce leader français du solaire envisage les énergies de demain autour « d’une diversité plus grande des applications en lien avec les bâtiments à énergie positive. Nous pouvons poser du photovoltaïque sur toute surface artificielle, comme sur des places de parking avec la route solaire. La production solaire française s’élève à 6 GW, contre 37 en Allemagne, la nouvelle loi énergétique nous demande d’atteindre 18 à 20 GW en 2023. C’est pertinent, la France est plus ensoleillée ».  Dans les tablettes de l’Ines, les cellules silicium à hétérojonction dont l’enjeu est d’atteindre 23 à 24 % de rendement contre 17 à 21 %, « reste à les fabriquer de manière économique ».



Les énergies renouvelables s’affinent, puisent dans d’autres sources, comme avec les hydroliennes du projet Normandie hydro, une ferme pilote de sept hydroliennes de 14 MW au raz Blanchard, au large de La Hague. Mise en fonction en 2018, cette installation prévoit un investissement et un fonctionnement de 112 M€ sur vingt ans.

 

Toujours du côté de la mer, à Paimpol Bréhat dans les Côtes d’Armor, EDF innove avec le premier parc mondial de deux hydroliennes de 16 mètres de diamètre, convertissant l’énergie des courants marins. Immergées à 50 mètres de profondeur, les deux turbines sont mises en service cet été et atteindront chacune annuellement 500 MWh, soit la consommation de 1 500 foyers, hors chauffage.

 

La biomasse couvre 5,7 % (31 TWh) de la production d’électricité française, occupant la 3e place parmi les énergies renouvelables. Majoritairement, le bois est consumé pour engendrer du courant, mais des déchets comme les ménagers, le fumier, les boues d’épuration, les cartons, les moûts de vin… peuvent également être valorisés. Dans ce cadre, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), en cours d’adoption, prévoit un volet chaleur renouvelable et de récupération, passant la production par utilisation de la biomasse-énergie de 10 700 Mtep en 2014 à 12000 en 2018 et en biométhane à 8 TWh/an en 2023.



Les petits ruisseaux font les grandes rivières

 

À côté des grands groupes de production et de distribution, des initiatives plus modestes se développent sur tout le territoire pour devenir acteur de l’énergie de demain et relever le défi de la transition énergétique. Citoyens, collectivités, financements participatifs, territoires à énergie positive, plateformes locales… répondent à l’appel de la loi de transition énergétique du 17 août 2015, demandant de réduire de 20 % les consommations énergétiques.

 

Ainsi le moulin de Courteron a redonné vie à l’ancien bâtiment qui utilisait la force motrice électrifiant ce petit village de l’Aude dès 1888 en créant une micro-unité hydroélectrique. Cette centrale participative a réuni 283 épargnants et collecté 350 000 euros pour assurer la consommation de 200 ménages avec 600 000 kWh/an.
En Rhône-Alpes, six centrales villageoises photovoltaïques sont déjà en service avec 48 installations produisant 420 kWc. Ce projet citoyen est retenu dans le cadre de “100 projets pour le climat” lancé par l’État en prévision de la Cop 22. L’idée est simple, implanter des énergies renouvelables au cœur d’un groupement de communes.

 

“À côté des grands groupes de production et de distribution, des initiatives plus modestes se développent sur tout le territoire pour devenir acteur de l’énergie de demain et relever le défi de la transition énergétique.”

 

Afin de participer à la transition énergétique, des habitants du plateau de la Leysse (73) ont constitué une société citoyenne Perle, une centrale villageoise photovoltaïque disséminée sur un territoire de 10 km2, en balcon au-dessus de Chambéry. Sept installations sont réparties sur des toitures pour 57 kWc. « Nous avons inventé ensemble au fur et à mesure le concept de Perle, Production d’Énergie Renouvelable sur le plateau de la Leysse» confie Gérard Battu vivant à La Thuile, village de 300 habitants niché à 880 mètres d’altitude au cœur du Parc naturel régional des Bauges.

 

La Ferme du Gaec des Buissons à Saint-Lambert-la-Potherie (49) a investi 610 000 € dans une unité de micro-méthanisation alimentée par le lisier des 110 vaches laitières. Elle revend à EDF 400 000 kW d’électricité, la consommation annuelle de 60 familles et assure 250 000 kW de chaleur qui chauffent trois logements de l’exploitation et l’eau du robot de traite. « La vente de l’électricité et les économies d’énergie des logements couvrent les investissements » assure l’agriculteur Jean-Yves Ménard, qui espère, par ce revenu supplémentaire, sécuriser le prix du lait.



Cela coule de source

 

De par sa géographie et son histoire autour de l’hydroélectricité, l’eau est une richesse énergétique en Savoie et Haute-Savoie qui permet d’ajuster et de renforcer le réseau électrique en période de pointe de consommation ou d’aléas. EDF exploite 70 centrales hydroélectriques en Pays de Savoie. La production annuelle de 2 millions de kW équivaut à la consommation de plus de 3,5 millions d’habitants. Pour développer cette source d’énergie renouvelable, EDF poursuit un programme de 350 millions d’euros d’investissement pour la rénovation et la modernisation de ses ouvrages hydrauliques.

 

La centrale de La Bâthie (barrages de Roselend, La Gittaz et Saint-Guérin) turbine l’équivalent de la consommation électrique domestique de 450 000 habitants, avec pour objectif, une augmentation de la production à 600 MW en 2018. À côté de ses puissants aménagements, de nombreuses petites unités tirent la richesse de l’eau des montagnes. Ainsi, le barrage de Vallières tire du Fier une production annuelle de 42,5 GWh, le besoin de 17 000 habitants. À Saint-Jean-de-Maurienne, à travers sa filiale Hydrea, la Sorea, Société des régies de l’Arc, fabrique de l’électricité, entre 30 et 35 GWh/an, avec ses six centrales hydroélectriques.



Les économies passent par la rénovation des bâtiments

En Pays de Savoie comme en France, d’ici 2050, il faut diminuer les consommations par deux et tendre vers les 100 % d’énergie renouvelable. Le plus gros poste de consommation d’énergie reste la chaleur avec 70 % pour le chauffage des bâtiments et 30 % pour l’industrie.

 

L’amélioration de l’isolation des bâtiments demeure une priorité avec une estimation nationale de 150 000 à 200 000 bâtiments à rénover annuellement. «En Pays de Savoie, ce sont 7 000 logements/an. Pour l’agglomération chambérienne, nous plafonnons à cent annuels au lieu des mille attendus» argue Henri Dupassieux, conseiller à l’Asder. Avec à la clé des créations d’emploi, «3 600 sur dix ans dans le bâtiment» soutient Henri Dupassieux. Pour que les collectivités locales s’engagent dans la rénovation thermique de leurs bâtiments publics (15 % de la consommation énergétique régionale), l’outil Oser, Opérateur de services énergétiques régional, les aide par un apport technique et les soutient sur les investissements engagés.



Dossier réalisé par Muguette Berment.


1 commentaire

  1. Chloé

    Merci pour ces données. Je pense qu’elles sont très intéressantes à exploiter.

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