Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce début d’été 2021 est très arrosé. Et pourtant, l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse rappelle que 40 millions de mètres cubes d’eau manqueront, cet été encore, pour satisfaire l’ensemble des usages et laisser un débit suffisant aux rivières.

Aucun doute, les effets du changement climatique se font bel et bien sentir : plus des deux tiers des bassins versants manquent d’eau. Bien sûr, les régions les plus au sud sont les premières concernées. En Auvergne-Rhône-Alpes, les départements de la Drôme et de l’Ardèche sont presque entièrement touchés. Mais les Pays de Savoie ne sont pas épargnés. Sur les sept nouveaux bassins versants où la tension s’accentue, quatre sont ici : Avant-Pays Savoyard, Fier et Lac d’Annecy, Guiers Aiguebelette, Combe de Savoie. Ils s’ajoutent au Sud-Ouest Lémanique, au Pays de Gex, aux Usses, au Lac du Bourget, déjà en déséquilibre.
Le Léman ou le Bourget manqueraient d’eau… C’est une blague ? Pas du tout. À l’horizon 2050-2070, l’Agence de l’eau prévoit que le débit moyen des rivières pourrait diminuer de 10 à 40 %. La présidente de la compagnie nationale du Rhône, Élisabeth Ayrault, nous confiait récemment qu’il sera sans doute possible à cette date de traverser le haut Rhône à gué. Le comité intersyndical du Lac du Bourget (Cisalb) répète qu’entre 2003 et 2019, l’équivalent de deux années de pluie ont été perdues.
Qui aurait pu prédire que l’eau viendrait à manquer même en Pays de Savoie ? C’est pourtant le cas, été après été, au point qu’il faut maintenant organiser cette pénurie, ce qui se dit « prévenir les conflits d’usage » en langage politiquement correct. Ou TPGE, pour « projets de territoire pour la gestion de l’eau», en langage administratif.Vingt sont déjà adoptés dans les huit départements de l’ancienne région Rhône-Alpes. En six ans, ils ont d’ores et déjà permis d’économiser 5 millions de mètres cubes d’eau.
Des solutions existent donc. Sur le seul territoire du Cisalb, un demi-million de mètres cubes ont été sauvés en réparant des fuites sur les réseaux. Mais c’est de l’argent : 11 millions, sur ce même territoire, pour sécuriser la distribution d’une eau potable qui n’est plus du tout gratuite… C’est surtout un vaste chantier de concertation. Il faut amener les différents utilisateurs – qui pensaient se partager une ressource inépuisable – à parler ensemble. Agriculteurs, industriels, riverains, sportifs, animateurs touristiques, protecteurs de la nature… sont invités, chacun, à changer leur comportement.
Selon l’Agence de l’eau, les plans de gestion de la ressource pourraient sauver 22 millions de mètres cubes dans l’agriculture, 10 millions dans la distribution d’eau potable (au prix d’investissements collectifs, mais aussi d’efforts individuels), 8 millions dans l’industrie. Si l’on se fait à l’idée que l’eau va finir par manquer, il y a une chance qu’elle ne manque pas…










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