Face à la hausse du coût de l’énergie, 53% des artisans boulangers des Savoie, gros consommateurs d’électricité, sont mis à mal.
Comme une pâte qui lève doucement, la colère monte crescendo chez les boulangers qui ont dû renouveler leur contrat d’électricité en fin d’année. « Mes tarifs ont été multipliés par dix ! », lance Bruno Bétemps, boulanger au Grand-Bornand. L’artisan attend avec angoisse sa facture du mois de janvier : « Je crains une hausse de 7 000 à 8 000 euros », dit-il. Sur l’année complète, sa facture devrait être alourdie de plus de 80 000 euros.
Son contrat de fourniture d’électricité arrivant à échéance fin décembre 2022, de nouvelles propositions de contrat lui ont été faites par son fournisseur, Enalp, au mois de novembre. S’il payait auparavant 72 euros le mégawattheure en journée et 16 euros en heures creuses, il passe à 780 € en heures pleines et 146 € en heures creuses. Le boulanger, qui a un magasin au Grand-Bornand et un autre au Chinaillon, monte alors “dans les watts” et prend rendez-vous avec EDF, avec le député Antoine Armand et avec le préfet de la Haute-Savoie.
« EDF m’a dit qu’elle ne pouvait pas entrer sur notre territoire de la régie de Thônes… Enalp a une situation non-avouée de monopole. On n’a rien pu faire », se désole Bruno Bétemps, qui a été contraint de mettre en place une nouvelle organisation pour consommer le moins d’électricité possible. « On est revenu aux conditions de travail d’antan : on travaille en heures creuses, la nuit, pour avoir fini les cuissons à 6 heures du matin. »
Au total, 53 % des boulangers des Savoie ont subi une hausse du coût de l’électricité, dont 13 % de plus de 300 %.
Bruno Bétemps a également instauré, à contrecoeur, la vente de pains précuits : « On cuit les baguettes 10 minutes en heures creuses, puis on les congèle et on les vend comme telles à nos clients, en leur disant de les passer au four 10 minutes. Il y en a eu 230 de vendues en une seule journée en début de semaine, ce qui signifie 230 fours allumés au lieu d’un seul… C’est un non-sens ! » Avec 1,3 M€ de chiffre d’affaires, la maison Bétemps va devoir piocher dans sa trésorerie. « Et comme nous avons 10,4 équivalents temps plein, nous n’avons pas droit aux aides destinées aux moins de 10 salariés. »
La Fédération des artisans boulangers des Pays de Savoie est en train de mettre en place un collectif “énergie” dont la vocation sera de mandater un courtier en énergie pour aller chercher les meilleures offres possible. Ulrich Masset, membre du bureau et cogérant des deux boulangeries Le Comptoir du pain (Annecy et Seynod), a justement fait appel à un courtier pour renégocier un de ses deux contrats d’électricité.
« Je suis arrivé à obtenir un contrat à 57 euros le MWh sur le tarif de base avec un fournisseur espagnol », se félicite-t-il, en ajoutant tout de même que le fait d’être deux gérants, dont l’un s’occupe de l’administratif, facilite les choses. « Les petites structures sont les plus en danger », car, évidemment, on ne peut pas être au four et au moulin.

Enalp facturera au prix moyen
Enalp (siège à Argonay, 74) réfute les accusations de monopole qui lui sont faites. « Sur les territoires des entreprises locales de distribution, différents fournisseurs d’électricité ont signé des contrats GRDF avec ces dernières, ce qui signifie que tous peuvent faire des offres de marché à tout prospect », indique Patrick Garcia, le directeur général. « Le problème, c’est qu’ils ne le font pas ! »
Concernant les prix pratiqués, Enalp dit facturer au tarif où elle a acheté l’électricité au moment de la signature du contrat, sa marge en plus : « Si j’achète à 500 € une quantité d’énergie et que quatre mois après le prix chute, je ne peux pas répercuter cette baisse, au risque de mettre en péril Enalp. »
Or aujourd’hui, le prix moyen de la balance de l’année 2023 du mégawattheure est de 200 € environ, contre 1 130 au plus haut, fin août dernier. Pour aider ses clients, Enalp a décidé de facturer au prix moyen, à la place du prix eurosaisonnalisé, ce qui, estime-t-elle ne sera « pas neutre pour janvier et février, et permettra de lisser la facturation sur un an ».
Sylvie Bollard
Image à la une : DepositPhotos












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