En fin d’année, douze personnes travailleront dans le laboratoire d’Easyl Zinc, à Alpespace, à la mise au point de procédés innovants de stockage de l’énergie.
Les batteries joueront un rôle central dans le prochain mix énergétique. À condition d’être fiables, adaptées aux usages, et de répondre aux défis environnementaux. Donc en se passant de lithium, explique Salima Fassi, directrice générale d’Easyl Zinc : « Le lithium est extrait essentiellement en Chine, est toxique pour l’homme, inflammable, difficilement recyclable, et ses prix s’envolent. » Fermez le ban ! Le zinc, en revanche, affirme la directrice générale, « est très abondant en Europe, se recycle plus facilement, n’est pas inflammable, ne présente pas de danger pour l’homme, et ses prix (également orientés à la hausse) sont plus prévisibles ».
Un brevet sur du zincate de calcium
Salima Fassi défend bien évidemment son propre business : Easyl Zinc a été créée en 2017 à Bonneville par Julien Thiel (ingénieur) et François Lacoste (docteur en physique nucléaire), précisément en faisant le choix de ce métal. L’ingénieur avait commencé ses travaux en collaboration avec le laboratoire Lepmi-CNRS de l’université Grenoble Alpes, et c’est pour rester à proximité des compétences du bassin grenoblois qu’il a installé son centre de recherche-développement sur le site d’Alpespace, en Savoie.
« Une batterie, c’est 50 % de matières actives et 50 % de cellules, explique Salima Fassi, elle-même docteur en pharmacie. Beaucoup de recherches se concentrent sur les cellules, nous avons fait le choix au contraire de travailler ces matières actives à partir du zinc, en développant des procédés de fabrication respectant les principes de la chimie verte, et en travaillant des “recettes” adaptées à chaque application plutôt qu’un produit unique. »
Ils sont cinq personnes pour l’instant à peaufiner les recettes (avec un brevet sur du zincate de calcium) et concevoir des premières lignes pilotes de production, mais ils seront une douzaine dès la fin de l’année. Quatre millions d’euros (M€) ont déjà été investis dans le projet à travers un laboratoire de caractérisation de poudres, et du matériel de R & D et de conditionnement.
Préparer l’industrialisation
Easyl Zinc est repéré au niveau européen. Elle a été lauréate d’un projet Horizon 2020 qui lui a apporté une subvention de 2,5 M€. « Nous démarrons des tests croisés avec des concepteurs de cellules pour mieux comprendre les fonctionnements, affiner les besoins, améliorer les performances. » Et ensuite ?
« Tout pourrait aller vite. L’industrialisation de nos produits est prévue pour 2024 et les besoins pourraient être rapidement très importants. Nous nous mettons en ordre de marche pour accompagner ce marché émergent, en conservant une forte capacité d’innovation. Nous avons ciblé deux premières applications : le stockage de l’énergie en grande quantité d’une part ; les petites mobilités électriques d’autre part. »
Le chiffre d’affaires, négligeable en cette période de pré-industrialisation, pourrait grimper en flèche. « On estime que, dans dix ans, les besoins de batteries seront multipliés par dix », rappelle Salima Fassi.
Philippe Claret
Crédit photo à la une : ©Easyl Zinc









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