Entrepreneuriat : créer sa boîte quand on vit dans un quartier prioritaire

par | 13 Fév 2025

Créer son entreprise peut parfois prendre des allures de parcours d’obstacles. La semaine dernière, l’Adie 73 et 74 a mobilisé ses ressources pour faire tomber les barrières dans les quartiers “politique de la ville”.

Du 3 au 7 février, les équipes de l’Adie se sont déployées en Savoie et Haute-Savoie, dans les quartiers prioritaires dits “politique de la ville”. « Une semaine pour créer sa boîte », tel était l’objectif affiché, avec une jauge de 1 200 entreprises immatriculées d’ici 2027 en Auvergne-Rhône-Alpes.

L’Adie est une association d’aide à la création d’entreprise reconnue d’utilité publique : elle offre un accompagnement de conseils mais aussi pécuniaire, sous forme de microcrédits avec Bpifrance. L’Adie Auvergne-Rhône-Alpes compte 26 antennes et 65 permanences tenues par ses 70 salariés et 150 bénévoles. En 2024, 3 158 porteurs de projet ont franchi ses portes, dont 343 en Pays de Savoie. Or, sur les deux premiers trimestres 2024, l’Urssaf avance le nombre de 5 515 microentreprises immatriculées en Haute-Savoie et 2 868 en Savoie (quand les radiations se montent respectivement à 1 502 et 737 sur la même période).

Difficultés d’accès aux financements

Par ailleurs, selon une étude de l’Adie, 12 % des habitants des quartiers prioritaires souhaitent créer leur entreprise (contre 9 % globalement en France), mais seulement 2 % d’entre eux franchissent le pas (13 % au niveau national). L’un des facteurs d’échec, selon cette étude, concerne la difficulté de réunir des fonds : 40 % des porteurs de projet des quartiers populaires rencontrent des difficultés d’accès aux financements, contre une moyenne de 33 % partout en France.

L’Adie fournit ses services aux futurs entrepreneurs essentiellement dans les zones urbaines en difficulté, mais pas seulement. À Annecy et Rumilly, il n’y a pas d’ensemble classé “politique de la ville” et pourtant, ces agglomérations ne sont pas désertées par l’association. Un rendez-vous était notamment organisé au Café des créateurs de Rumilly, le 7 février, pour rompre l’isolement des autoentrepreneurs et proposer un suivi des projets.

Retard au démarrage

Nathalie Ros, conseillère Adie, explique : « Chaque parcours est différent, nous essayons de leur apporter un maximum d’informations. D’après notre expérience, les autoentrepreneurs n’obtiennent pas les bons renseignements au bon moment, c’est pourquoi ils ont un temps de retard au démarrage. »

Anouk, créatrice d’articles de puériculture, est à son compte depuis 2023 à Rumilly. Son parcours semble confirmer ce postulat : « À Pôle emploi, mon conseiller m’a juste demandé de déclarer 151 heures de travail chaque mois, et c’est tout. » Nathalie Ros réagit : « C’est regrettable, parce qu’à l’époque, il existait une prime à la création d’entreprise pour les demandeurs d’emploi. »

De son côté, Nur, sophrologue suisse installée à Rumilly depuis un an, estime avoir été « très bien accompagnée par France Travail ». Elle a choisi de consacrer une année pleine à la création de sa structure. Elle évoque toutefois ses difficultés à décrocher un financement, « faute d’une caution tiers ».

Manque de revenus

Générer du revenu n’est pas donné à tous les autoentrepreneurs. « J’essaie d’en vivre, mais ce n’est pas encore le cas », déplore Anouk. Tandis que Sébastien, pâtissier chocolatier, ancien dirigeant devenu salarié, se montre lucide : « Mon but n’est pas d’en vivre complètement, mais de retrouver ma passion, rencontrer du monde : on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait ! »

Selon les chiffres officiels de l’Urssaf, le nombre d’autoentrepreneurs qui déclarent un chiffre d’affaires positif est en diminution : au 2e trimestre 2023, ils représentaient en France 51 % de l’ensemble des actifs, soit 1,7 point de moins qu’un an plus tôt. Malgré cela, sur la même période, ces microentreprises généraient un chiffre d’affaires de 6,9 milliards d’euros (+7,5 % sur un an), avec un revenu trimestriel moyen de 4 988 euros.

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