Le bilan du débat public sur les nouveaux réacteurs nucléaires révèle une forte mobilisation. Le projet a fait l’objet de nombreuses interrogations, dont quelques-unes attendent encore réponse.
La Commission nationale du débat public (CNDP) a dressé, cet été, le bilan des nombreux échanges organisés pendant trois mois, jusqu’à la mi-mai, autour de la construction de nouveaux réacteurs nucléaire près de l’actuelle centrale de Saint-Vulbas. Alors que ce débat était le troisième organisé en vue de la construction de trois paires d’EPR2 en France, la commission relève une forte mobilisation, avec près de 3 400 participants qui ont soulevé de nombreuses questions.
Et parmi ces interrogations, plusieurs attendent encore des réponses. « On a compris à quel point le projet était opportun pour EDF, mais à quel moment, il n’est l’est plus ? Quels seraient les critères rédhibitoires à sa poursuite ? » cite David Chevallier, président de la Commission particulière du débat public (CPDP).
Une concurrence sur les compétences ?
Les habitants se sont beaucoup enquis de la sûreté, du risque nucléaire et des mesures mises en place pour s’en prémunir, ce qui questionne non seulement les futurs réacteurs, mais aussi l’actuelle centrale. Ils ont par ailleurs exprimé des inquiétudes liées à un chantier de grande ampleur, concomitant au prochain grand carénage. Ils craignent une concurrence sur les métiers avec les entreprises locales et se demandent même si le territoire ne finira pas par se spécialiser dans le nucléaire, s’il conservera sa capacité à organiser d’autres activités, notamment touristiques.
Mais, ils appréhendent aussi les conséquences du chantier sur l’aménagement du territoire en matière de mobilité, de logement et d’infrastructures. Il conviendrait donc, selon la commission, de clarifier en amont les besoins en emplois, de mettre en place un observatoire sur les politiques d’aménagement du territoire et de préciser les scénarios de fonctionnement concomitant de la centrale de Saint-Vulbas et des nouveaux EPR2.
Le débit de l’eau ?
Au-delà du risque nucléaire, l’enjeu environnemental le plus abordé aura été celui du Rhône dans un contexte de dérèglement climatique, entre partage des usages, refroidissement des réacteurs, projection de débits à long terme, problématiques de gouvernance transfrontalière, augmentation des températures et nature des rejets dans l’eau. Ce sujet s’est révélé d’autant plus prégnant que des sites retenus pour la construction des trois paires d’EPR2, celui de l’Ain est le seul à se trouver en bord de fleuve et non en bord de mer.
Des coûts actualisés ?
Côté coûts et financements, EDF et l’État ont apporté des éléments en cours de débats, mais ils ne sont pas définitifs. L’investissement est aujourd’hui estimé à 67,4 milliards d’euros. Et le modèle de financement est arrêté : EDF bénéficiera de l’appui de l’État durant la phase de construction et d’une garantie de prix de l’électricité pendant la phase d’exploitation.
Ce point doit cependant être discuté avec l’Union européenne. De surcroît, il faudra encore attendre la fin de l’année pour que soit rendue publique une nouvelle évaluation construite sur la base du design détaillé des réacteurs et auditée par les services de l’État. Quant à la décision finale, elle n’interviendra pas avant la fin 2026.
Si le projet est maintenu, une concertation continue sera mise en place. Dans cette perspective, la CNDP s’adresse quelques recommandations à elle-même : la rendre commune aux trois paires d’EPR2, l’articuler avec le projet Cigeo et le débat du Plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs, l’organiser dans un rayon de 100 km et y intégrer la Suisse.
Sébastien Jacquart











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