France / Suisse : horaires des magasins, l’épreuve du dimanche

par | 11 mars 2026 à 11H02

Entre cadre légal, pression concurrentielle et évolution des usages, l’ouverture dominicale des commerces demeure un sujet sensible de part et d’autre de la frontière franco-suisse.

Si la France a progressivement multiplié les dérogations, la Suisse romande reste plus restrictive, malgré des débats de plus en plus vifs autour de l’attractivité commerciale. La question des horaires d’ouverture résume à elle seule les arbitrages imposés au commerce de détail contemporain.

En France comme en Suisse, le dimanche concentre des enjeux à la fois économiques, sociaux et politiques, entre soutien à l’activité, concurrence des nouveaux modes de consommation et protection du repos hebdomadaire. Deux approches voisines géographiquement, mais encore distinctes dans leur traduction réglementaire.

Suisse : l’ouverture le dimanche fait débat

Avant 1960, les horaires des magasins variaient selon les communes et les usages avec des ouvertures tôt le matin et parfois tard le soir, sans cadre cantonal uniforme, sauf le dimanche déjà largement protégé. Les horaires classiques, aujourd’hui largement en vigueur, soit de 8 h à 19 h en semaine et le samedi avec une fermeture avancée entre 17h30 et 18h30, se sont stabilisés en Suisse romande entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1990.

Premières nocturnes

Les années 1990 sont également marquées par une petite révolution avec l’introduction, sous la pression économique, d’une nocturne hebdomadaire, jusqu’à 20 h ou 21 h, dans la plupart des cantons, tout en laissant subsister des exceptions pour certains lieux comme les gares, les aéroports ou les stations-service, reflétant un compromis entre activité commerciale et respect du repos social.

Longtemps considérée comme un élément important de la stabilité sociale en Suisse, la fermeture dominicale des magasins a commencé à être remise en cause progressivement à partir des années 1970, avec une intensification dans les années 1980 et 1990 en lien avec le développement des grandes surfaces et des zones commerciales frontalières.

Une votation sur l’ouverture des magasins devrait avoir lieu en 2026, à Genève.

Genève en première ligne

Au fil des années 2000, l’argument économique s’est renforcé, le commerce de détail suisse subissant la pression du tourisme d’achat et de l’e-commerce. Cette situation a conduit certains cantons romands à expérimenter des ouvertures dominicales ponctuelles. A Genève, par exemple, le canton a autorisé l’ouverture des commerces le dimanche 22 décembre, dans la période des fêtes de fin d’année, une décision qui a servi de catalyseur au débat public.

L’année dernière, l’Office cantonal de l’inspection et des relations du travail a accordé une autorisation pour une ouverture dominicale le 21 décembre 2025. Les syndicats ont contesté cette décision, mais leur recours a été rejeté, et l’ouverture a été confirmée par les autorités, avec des conditions pour protéger les salariés. Sur le plan politique, Genève devait organiser une votation en novembre 2025 portant sur une modification de la loi sur les heures d’ouverture des magasins (LHOM), destinée à pérenniser l’ouverture de deux dimanches par an.

En septembre 2025, le Tribunal fédéral a jugé que certaines dispositions de cette loi n’étaient pas conformes au droit fédéral, en particulier pour la protection des travailleurs. Cette décision a conduit le Conseil d’État à annuler la votation prévue. Une nouvelle devrait avoir lieu cette année.

Dans les cantons de Vaud et du Valais, la fermeture dominicale reste la règle pour la majorité des commerces, avec seulement des exceptions ponctuelles dans les zones touristiques, les gares ou certaines stations-service. Ce débat sur le dimanche commercial illustre la tension dans toute la Suisse romande entre tradition du repos hebdomadaire et impératifs économiques, à l’heure où certains parlementaires fédéraux proposent d’autoriser jusqu’à douze dimanches d’ouverture par an, contre quatre aujourd’hui.

France : ouverture dominicale autorisée dans certaines zones

De la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, le paysage marchand français a été structuré par un régime horaire strict et uniforme, reflet d’une société attentive au rythme du travail et au repos collectif. Les commerces de détail fonctionnaient selon des schémas hérités des traditions locales : ouverture le matin vers 9 h, fermeture à l’heure du déjeuner, puis reprise l’après-midi vers 14 h ou 15 h pour quelques heures avant de baisser le rideau en fin d’après-midi, généralement autour de 18 h.

Dans les zones rurales, ce rythme variait selon les coutumes locales, tandis que dans les grandes agglomérations, certaines adaptations apparaissaient, préparant le terrain pour les horaires élargis et les nocturnes qui se développeront à partir des années 1970 et 1980 avec l’essor des grandes surfaces et des centres commerciaux.

Arrivée des centres commerciaux

Les années 1970 marquent la transformation du commerce français en raison de la concurrence, de la mobilité accrue et de l’évolution des habitudes de consommation. Les grandes surfaces et centres commerciaux ouvrent désormais plus tôt le matin et ferment plus tard le soir, certains jusqu’à 20 h ou 21 h, et les nocturnes hebdomadaires deviennent progressivement courantes, surtout dans les grandes villes et les zones commerciales.

Cette évolution permet de répondre à une clientèle urbaine et mobile tout en ménageant un équilibre avec le repos social. Certaines exceptions perdurent : gares, aéroports et stations-service, qui ouvrent en continu pour répondre à des besoins particuliers.

La loi Macron assouplit les règles sur l’ouverture dominicale des commerces.

Assouplissements légaux

Le dimanche reste un jour protégé. La loi impose en principe un jour de fermeture hebdomadaire pour la majorité des commerces, mais au fil des décennies, des exceptions significatives ont été introduites. Les boulangeries, boucheries ou supermarchés peuvent ouvrir une partie de la matinée. Les zones touristiques internationales, certaines gares et les commerces de première nécessité bénéficient d’autorisations spécifiques, parfois étendues à tous les dimanches et à des horaires tardifs, afin de soutenir l’attractivité commerciale et touristique.

La réforme de 2015, dite loi Macron, a élargi ces possibilités dans certaines zones commerciales ou touristiques, tout en maintenant pour les salariés un cadre protecteur : le travail dominical reste volontaire et assorti de contreparties comme majorations salariales ou repos compensateur, un principe légal national. L’histoire de ces ouvertures dominicales s’accompagne en France de tensions sociales récurrentes.

Dès les années 1980 et 1990, l’arrivée des hypermarchés a donné lieu à des manifestations et mobilisations locales, visant à défendre le repos hebdomadaire. Dans la pratique, le dimanche reste un jour de fermeture majoritaire pour les commerces de proximité et dans les zones rurales. Mais dans les grandes villes et les zones touristiques, les magasins sont de plus en plus nombreux à proposer des horaires prolongés, adaptés aux consommateurs modernes.


Odile Habel


Cet article est issu de notre magazine L’Extension Printemps 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne.

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