Genève : l’élargissement de la préférence indigène indigne les frontaliers

par | 27 Fév 2020

Deux associations patronales suisses annoncent la signature d’une convention avec l’Office cantonal de l’emploi pour favoriser l’embauche des résidents aux dépens des frontaliers. Une mesure qui ne passe pas côté français.

L’Office cantonal de l’emploi (OCE), la Fédération des entreprises romandes (FER) et l’Union des associations patronales genevoises (UAPG) viennent de conclure un accord de partenariat visant à favoriser le recrutement, à compétences égales, de demandeurs d’emploi résidant à Genève. C’est sous l’impulsion de Mauro Poggia, conseiller d’État (membre du gouvernement cantonal) en charge de l’emploi et figure emblématique du parti populiste Mouvement Citoyens Genevois, qu’est née cette convention qui entérine l’extension de la « préférence indigène light ».

Depuis le 1er juillet 2018, le Canton privilégie déjà le recrutement des résidents genevois à celle des frontaliers. Les employeurs qui embauchent dans les branches ayant plus de 5 % de chômage ont l’obligation d’annoncer leurs postes aux offices régionaux de placement, une semaine avant de les diffuser publiquement. Cette nouvelle convention étend désormais cette « préférence » à toutes les entreprises privées qui le souhaitent, quel que soit le taux de chômage dans leur secteur.

L’OCE s’engage à transmettre sous cinq jours jusqu’à cinq candidatures ciblées pour chaque poste qu’une entreprise signataire de la charte de partenariat lui aura fait parvenir. Pour le président de la FER, Ivan Slatkine, il s’agit notamment de « permettre à l’OCE de mieux comprendre les besoins de l’économie, pour pouvoir y répondre de manière adaptée ».

« UNE PROVOCATION »

Ce discours ne convainc pas le Groupement transfrontalier européen (GTE). « C’est une provocation ! Cela s’oppose à la libre circulation des personnes dans le cadre des accords bilatéraux avec l’Europe », s’insurge son président, Michel Charrat, lors d’une conférence de presse organisée le 25 février. Le GTE compte donc mobiliser les frontaliers contre ce projet et faire appel aux représentants de l’Union Européenne.

« Même si elle ne revêt pas de caractère obligatoire, cette convention ajoute au climat délétère contre les frontaliers, juge Virginie Duby-Muller, députée de la 4e circonscription de Haute-Savoie. Il y a une schizophrénie côté genevois : alors qu’on construit le Grand Genève, qu’on améliore les infrastructures, que le taux de chômage est faible, cette mesure est incompréhensible. »

En réaction à cette conférence de presse, la FER Genève tient à préciser dans une « prise de position » que « la signature de la charte est volontaire » et affirme qu’« elle est compatible avec les accords de libre circulation », rappelant aussi que « les chômeurs frontaliers ayant travaillé à Genève ont, depuis longtemps, la possibilité de s’inscrire auprès de l’OCE et bénéficier ainsi de ses services ». Cette polémique intervient dans un contexte où le nombre de frontaliers étrangers actifs dans le canton a progressé de 4,9 % en 2019, pour s’établir à 87 104 personnes, selon l’Office cantonal de la statistique.

Le maire d’Annemasse, Christian Dupessey, et la députée de la 4e circonscription de Haute-Savoie, Virginie Duby-Muller, étaient aux côtés de Michel Charrat et Joël Jacquier, président et vice-président du Groupement transfrontalier européen, pour dénoncer « une convention instaurant la préférence cantonale dans les entreprises privées ».

Par Romain Fournier


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