La vulnérabilité de la population du Grand Genève fait partie des tendances actuelles. Une fragilité qui s’explique en partie par les coûts élevés de la santé dans la région. Inquiétante en soi, elle pourrait avoir un impact financier si rien n’est fait pour la juguler.
Selon une étude 2024 de l’Observatoire transfrontalier des inégalités sociales de santé, 62 % des sondés du Grand Genève se disaient en situation de vulnérabilité. Il peut s’agir de situation matérielle, sociale ou sanitaire. Une précarité inquiétante dans une région pourtant considérée comme riche. Autres chiffres intéressants : 40 % des résidents se sont déplacés de l’autre côté de la frontière pour leurs soins personnels. Et 17,5 % des personnes ont déjà été orientées par un professionnel vers un service transfrontalier.
Par ailleurs, 12 % des sondés n’ont aucune couverture d’assurance maladie. Près d’un tiers aurait renoncé à des soins ces deux dernières années. Des éléments qu’il s’agit de prendre en compte à terme, car ils prédisent une aggravation des effets sanitaires et financiers.

Coordination franco-suisse
Les spécialistes de la santé recommandent de coordonner des actions de part et d’autre de la frontière, soit en facilitant l’échange de pratiques, soit en soutenant des financements innovants auprès des plus fragilisés dans l’accès aux soins. A ce titre, la mobilité apparaît comme un facteur révélateur des inégalités dans l’espace frontalier. En 2023, selon les derniers chiffres, 59 % du personnel soignant des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) résidait en France. Un chiffre incluant aussi les binationaux et les Suisses domiciliés à l’étranger. Mais il ne s’agit là que du plus grand établissement hospitalier de la région.
La tendance dans les soins est toutefois la même, bien que moindre, pour les autres établissements publics et privés.Si la Suisse attire autant les résidents de l’Hexagone, c’est évidemment par ses salaires et ses conditions de travail attractives. Et pourtant, la médiane des revenus globaux dans le Genevois français s’élève à 41 900 euros, contre 20 200 ailleurs en France, indique une récente étude de l’Observatoire européen transfrontalier. Dans un autre registre : en 2021, les dépenses de santé par habitant en Suisse ont augmenté de 5,9 % en variation annuelle, indique l’Office cantonal de la statistique (OCSTAT-Genève).
Si ces statistiques sont nationales et les plus récentes aujourd’hui disponibles, elles reflètent une tendance qui ne s’est pas tassée depuis. Cela représente 86,34 milliards de francs pour le pays. Pour la France voisine, des chiffres régionaux manquent. Mais au budget 2026, l’Etat français prévoit un coup de frein de cinq milliards d’euros sur les dépenses de santé au détriment des patients, amenés à se responsabiliser. Faute de quoi, elles risquent de doubler encore l’année suivante.


Nicolas Grangier
Photo à la une de Joshua Chehov sur Unsplash
Cet article est issu de notre magazine La Frontière en chiffres 2025-2026 >>









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