Interview : tous les sommets de Jean-Philippe Demaël

Interview : tous les sommets de Jean-Philippe Demaël

Polytechnicien et entrepreneur, Jean-Philippe Demaël manage sportifs de haut niveau et dirigeants. Fort de ses succès, il a été nommé Directeur général adjoint des Championnats du monde de Ski 2023. Voici son interview.

Quel est votre parcours ?

Après un début de carrière dans la fonction publique, notamment en tant que chargé de mission auprès d’un préfet de la région Rhône-Alpes sur les questions économiques, j’ai travaillé dix ans au management d’ArcelorMittal. J’y ai occupé différentes fonctions à l’international, surtout au Brésil où j’ai vécu plusieurs années, avant d’intégrer le groupe Somfy comme président du directoire de 2008 à 2016.

Qu’avez-vous retenu de ces huit années passées à la tête de Somfy ?

J’ai vécu une aventure exceptionnelle dans une belle entreprise, et j’ai eu plaisir à travailler avec des équipes fantastiques, engagées et compétentes. Nous avons beaucoup fait évoluer le groupe – sur cette période, la croissance a été de 50 % – dans des domaines qui étaient avant-gardistes, comme la maison connectée. Un choix stratégique qui s’est traduit par d’importants investissements. Aujourd’hui, ces efforts paient et constituent le socle de croissance de Somfy.

En 2017, vous créez Double Mixte, spécialisée dans la reconversion des sportifs. Pourquoi ?

J’ai toujours été passionné par le sport et j’ai longtemps mené une double vie professionnelle puisque, parallèlement à Somfy, j’ai été successivement président d’un club de foot professionnel et vice-président d’un club de volley pro féminin à Paris. De plus, Somfy soutient le biathlon et avait recruté certains biathlètes. Toutefois, force est de constater que le monde du sport et celui de l’entreprise se fréquentent peu avec, au final, peu de reconversions réussies. L’enjeu est double : nous voulons permettre aux sportifs de réussir au mieux leur transition professionnelle en mettant en oeuvre des projets qui leur correspondent et faire bénéficier les entreprises du savoir-faire et du savoir-être (mental, discipline, rigueur…) des sportifs pour les aider à doper leurs talents et à transformer leur culture interne. Nous le réalisons en les aidant à embaucher des sportifs et, plus largement, en imprégnant leur culture d’entreprise des valeurs du sport.

“DIRIGEANT D’ENTREPRISE ET MANAGER SPORTIF : LES FONCTIONS PRÉSENTENT DE NOMBREUSES SIMILITUDES”

Est-ce que ce modèle fonctionne ?

En deux ans, nous avons travaillé avec une cinquantaine de sportifs et notre taux de succès est de 85 %. Deux solutions : soit les athlètes intègrent une entreprise, soit ils créent leur propre société. Dans le premier cas, nous trouvons un dirigeant, leur mentor, qui les parraine et les aide à mettre en place leur projet. Double Mixte, c’est aussi un club fort de cinquante dirigeants, que nous réunissons régulièrement autour d’un manager du monde du sport et de sportifs pour échanger. Double Mixte a été fondé avec le snowboarder et médaillé olympique Polo de Le Rue. Depuis, nous avons été rejoints par Catherine Plewinski [ndlr : la nageuse de Cluses est médaillée de bronze du 100 mètres papillon aux JO de Barcelone en 1992]. Avec, et c’est notre leitmotiv, la volonté de consolider notre assise au-delà des Savoie via la création prochaine d’antennes à Lyon, dans l’Ain et aussi en Ile-de-France avec le soutien de la Caisse d’Épargne Rhône Alpes. Par ailleurs, nous avons signé un certain nombre de partenariats avec des fédérations sportives françaises dont le ski, le cyclisme et bientôt la natation.

Vous dirigez aussi Horizons Altitude, un cabinet de consulting en stratégie et management…

Notre philosophie est d’aider les dirigeants ou les comités de direction dans l’évolution de leurs entreprises autour d’un projet collectif de croissance qui embarque tout le monde. Cela consiste à définir la stratégie – où est la croissance, avec quels types de produits, quelle technologie, dans quels pays… –, mais pas seulement. Nous travaillons beaucoup avec les dirigeants sur la manière d’impliquer leurs équipes : comment peuvent-ils profiter au maximum du potentiel de compétences, de créativité et d’engagement de leurs salariés pour bâtir des succès durables ? Je suis profondément convaincu que pour être efficaces, les stratégies d’entreprise doivent être portées par tous les salariés, et pas seulement par la direction. Il existe en Savoie Mont Blanc un vrai vivier d’entreprises de très haut niveau qui ont un savoir-faire industriel avec de véritables potentiels de croissance.

Vous intervenez auprès du Syndicat national des guides de montagne pour élaborer leur nouvelle feuille de route…

Nous avons effectivement accompagné le Syndicat national des guides de montagne (SNGM) qui fait face à d’importantes mutations. Il y a deux ans, nous avons lancé Horizons Guides à leur assemblée générale à Tignes. Un important travail a été réalisé sur la “marque Guide”, la sécurité en montagne avec une baisse significative du taux d’accidentologie sur les douze derniers mois, la formation des guides et leur adaptation à l’évolution des consommateurs. Il s’agit désormais pour tous les acteurs de la profession d’avancer dans la mise en oeuvre de cette feuille de route.

Comment êtes-vous devenu le nouveau directeur général adjoint des Mondiaux de ski 2023 ?

J’ai suivi le processus d’appel à candidatures pour le poste. Canditater était pour moi l’occasion de marier mes passions – celle pour le sport et le souci de faire briller Savoie Mont Blanc (une manière aussi de rendre au territoire ce qu’il m’a donné) – et mes compétences en matière d’organisation, de gestion de projet… Le conseil d’administration [ndlr : l’association Méribel-Courchevel 2023] a décidé, et à mon sens c’est un bon choix, de créer un tandem entre Perrine Pelen, directrice générale, et moimême. Perrine amenant ses réseaux, sa connaissance du sport et du territoire, sa notoriété dans le tourisme (SMBT), et moi, issu du monde l’entreprise avec d’autres atouts.

Le double-mixte gagnant ?

Nous sommes complémentaires en termes de compétences et d’expériences. Et nous avons un très beau projet à défendre. Nous évoluons en mode start-up, sachant que nous devons nous développer rapidement pour organiser les finales des Coupes du Monde en 2022, et l’échéance finale, les Championnats du Monde 2023. Événements qui nécessitent de gérer un millier de personnes, en intégrant les bénévoles… quand aujourd’hui nous ne sommes que deux. Et tout cela en moins de quatre ans.

Un sacré challenge !

Nous avons défini les ambitions du projet : faire des Championnats de ski “mémorables” pour tous : les skieurs d’abord, les spectateurs, le public. Autre objectif, profiter de cet événement pour faire briller les territoires, riches de leurs patrimoines touristique, industriel, agroalimentaire, agricole… de leurs acteurs et de leurs savoir-faire. Ce sera enfin l’occasion de créer de la passion autour du projet et du ski. Nous devons redonner le goût à la France de pratiquer le ski. L’enjeu aujourd’hui est de fédérer toutes les forces vives (Fédération française de ski, Courchevel et Méribel, les acteurs du tourisme, les socioprofessionnels…) et de travailler à des actions communes. N’oublions pas que ces championnats de ski, deuxième événement mondial après les Jeux Olympiques, sont une formidable vitrine, attirant 600 millions de téléspectateurs. C’est le moment où jamais !

Vous êtes à la fois un dirigeant d’entreprise et un manager sportif ?

Ce sont des fonctions présentant de nombreuses similitudes : vous êtes dans un environnement concurrentiel, avec une pression du résultat qui est réelle, vous avez à gérer des hommes et des femmes avec leurs espoirs et leurs ambitions, mais aussi des succès et des échecs. Les univers sont différents, mais les problématiques sont très proches.

Avez-vous d’autres projets ?

Pour l’heure, réussir parfaitement ce que j’ai entrepris. Mon objectif à court terme est de structurer ces projets et de renforcer les équipes pour continuer à développer durablement ces activités : Double Mixte, en élargissant la base géographique ; et Horizons Altitude, en intégrant plus de compétences en interne pour accompagner davantage d’entreprises dans leurs projets de croissance.

On vous dit passionné de montagne, fou d’alpinisme.

Je pratique le sport autant que possible. J’aurais rêvé d’être sportif de haut niveau, mais je n’en avais pas le talent. J’ai une prédilection pour l’alpinisme, et surtout le ski de randonnée. Je pratique aussi la course à pied avec un objectif, participer en 2020 à une petite course de l’UTMB. Se fixer des challenges donne le courage d’aller courir même quand il pleut, afin d’atteindre son but ! J’ai la conviction qu’avoir une activité physique permet d’être bien dans sa tête… un précepte que j’ai retenu de ma vie au Brésil, où « l’être humain est un esprit, un corps, des émotions », à l’inverse de la France où le « je pense donc je suis » règne en maître.


http://www.courchevelmeribel2023.com/


Propos recueillis par Patricia Rey

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