Dans son numéro du 15 mai 2021, Eco Savoie Mont Blanc s’intéresse à la réforme de l’assurance chômage et à ses effets sur certains pans de l’économie régionale : saisonniers, hôtellerie-restauration, intérim. Nous faisons aussi réagir les représentants syndicaux et patronaux. En complément des prises de positions de la CGT et de la CFDT à retrouver dans notre magazine, voici celle de la CFE-CGC, qui n’est pas seulement remontée contre la dégressivité pour les (ex-)hauts salaires.
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Le Savoyard François Hommeril, président de la CFE-CGC, organisation syndicale des cadres et agents de maîtrise, ne manque jamais une occasion de le souligner : dans son livre-programme de 2016, Révolution, le candidat Macron disait «ne pas croire du tout» à la dégressivité des allocations chômage qui sous-tendent que «les chômeurs le sont plus ou moins par leur faute.» Or la dégressivité fait bien partie de la réforme de l’Assurance chômage votée en 2019 et qui va commencer à s’appliquer à partir du 1er juillet.
Elle frappera les salariés de moins de 57 ans qui bénéficiaient de revenus supérieurs à 4500 euros bruts et s’appliquera au bout de 8 mois révolus dans un premier temps puis de 6 mois, une fois la crise sanitaire terminée.
« Nous sommes en profond désaccord avec le principe selon lequel la baisse des allocations chômage inciterait à un retour plus rapide à l’emploi », complète Jean-François Foucard, secrétaire national du syndicat.
Double peine pour ceux qui sortent moins vite du chômage
Selon une étude de l’Insee de 2017, les cadres sont nettement moins touchés par le chômage que les non cadres. Un cadre homme de 30 à 39 ans, de nationalité française, vivant en couple et titulaire d’un Bac+2 ou plus, constituant alors le profil le moins à risque.
De plus, ils restent moins longtemps sans emploi. «Forts de leur niveau de formation et de leurs compétences, les cadres sont moins touchés par le chômage de longue durée, indique l’Insee. Ils disposent aussi plus souvent d’un réseau de relations professionnelles qui leur permet de retrouver plus facilement un emploi». Seul bémol : «à partir de 60 ans, les risques s’accroissent fortement de ne pas retrouver un emploi rapidement.»
Fustigeant « l’inefficacité » de la dégressivité dans un communiqué commun du 23 février, les cinq grandes confédérations syndicales qui cogèrent l’assurance chômage (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO), condamnent la double peine que constitue la mesure «déjà en vigueur» par le passé «et supprimée en 2001», rappellent-elles au passage. «Outre son inefficacité, cette mesure est dangereuse. En effet, elle incite à accepter des emplois moins qualifiés, a contrario de l’objectif de hausse générale des qualifications. Elle est également injuste car elle sanctionne les personnes qui ont le plus de mal à retrouver un emploi.»
A l’instar de plusieurs autres organisations, la CFE-CGC a annoncé son intention de saisir de nouveau le Conseil d’Etat (CE) pour attaquer la réforme de l’Assurance chômage. La haute autorité avait déjà partiellement annulé cette réforme en novembre dernier (lire ICI l’analyse de cette décision par le CE).
Le paritarisme remis en question
Enfin, même si ce n’est pas le volet le plus mis en avant dans la mobilisation, la CFE-CGC fustige les attaques portées au paritarisme par le gouvernement. Déjà, les cotisations salariales ont été remplacées par la CSG pour financer le système. Ensuite, la réforme en cours est imposée par l’Etat, qui n’a pas franchement pris de gants vis-à-vis des partenaires sociaux pour faire valoir ses vues.
«De nouvelles discussions vont avoir lieu prochainement sur la gouvernance de l’Assurance chômage», précise Jean-François Foucard, qui redoute de nouveaux reculs pour le paritarisme.
Passer d’un système assurantiel à un système financé par l’impôt et d’une gestion paritaire à une gestion étatique implique plusieurs impacts. D’une part, dans la logique même du système : un assuré peut faire valoir des droits à hauteur de ses cotisations. S’il est simplement bénéficiaire de la solidarité nationale, c’est moins le cas, même s’il participe au financement.
D’autre part, l’Etat peut ajuster les curseurs financiers en fonction d’impératifs budgétaires plus globaux : dans le cadre de la réforme des retraites il avait déjà été soupçonné de vouloir faire main basse sur les 70 milliards d’euros de réserve constitués par l’Agirc-Arrco (retraite complémentaire) au profit du régime dit «universel» qu’il veut mettre en place (votée en première lecture à l’Assemblée, la loi est pour l’instant en attente).
Photo du haut : fr.freepik.com
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