La filière plasturgique souffre d’un déficit d’image grandissant, poussant les industriels à chercher des solutions. L’ambition est de trouver un juste équilibre pour s’orienter vers une économie circulaire, sans céder aux injonctions du greenwashing.
Le “plastique bashing” est très tendance, mais reste une vision beaucoup trop simpliste d’une question plus complexe et nuancée où les solutions toutes faites ne résolvent pas les problèmes. Avec la pandémie, les matières plastiques et composites ont momentanément retrouvé quelques adeptes, permettant l’utilisation de vaisselle à usage unique ne favorisant pas la propagation du virus, ou protégeant les denrées dans les supermarchés.
Un phénomène conjoncturel qui ne vient néanmoins pas remettre en cause la lame de fond antiplastique. Le plastique n’est plus fantastique dans une société où les préoccupations environnementales sont passées eu premier plan. Les images du “sixième continent”, avec ses tonnes de plastiques flottant dans les océans, contribuent à ce rejet qui s’inscrit dans un véritable courant sociétal.
Un rejet qui pose aussi des problèmes d’attractivité des entreprises du secteur, qui rencontrent des difficultés à recruter. « Le consommateur veut des produits plus durables et plus réparables », observe Étienne Béchet de Balan, président du centre technique IPC (Innovation plastiques et composites) qui apporte des solutions concrètes aux industriels de la filière. En clair, les emballages sont remis en cause, alors que, dans d’autres domaines, le plastique a clairement favorisé la décarbonation de l’industrie et des usages des produits.
« Les véhicules contiennent 20 à 25 % de plastiques et composites qui ont contribué à leur allègement », souligne le président du centre technique. Une illustration parmi tant d’autres de l’intérêt de ces matériaux qui apportent des réponses pour réduire l’empreinte carbone.
Greenwashing
Concernant les emballages, le cas des bouteilles d’eau est emblématique du risque des solutions toutes faites. Remplacer le plastique par du verre, pourquoi pas, mais cela ne réduit pas l’impact environnemental. Les bouteilles en PET (polytéréphtalate d’éthylène) pèsent (pour les plus légères) autour des 20 grammes, contre 300 à 400 grammes pour un contenant en verre d’un litre, soit un coût supplémentaire au niveau du transport, mais aussi de l’emballage lui-même, le verre étant plus fragile que le plastique.
Par ailleurs, au niveau du recyclage « il faut chauffer à 180 degrés pour une bouteille en plastique et 1 600 degrés pour le verre », souligne Étienne Béchet de Balan, ce que confirme Joël Viry, président du pôle de compétitivité Polymeris. Le greenwashing conduit même parfois à des remèdes pires que le mal, en créant « des emballages bimatières qui sont difficiles voire impossibles à recycler », constate encore Joël Viry.
Économie circulaire
De plus en plus, chaque lancement d’un produit est couplé à une analyse de son cycle de vie, afin de déterminer l’option ayant le moins d’effets négatifs sur l’environnement. On prend en compte l’ensemble du processus de production, tout en intégrant la phase utilisateur, pour avoir une idée précise de l’empreinte carbone. Et l’on applique « la règle des trois R : réduction, réutilisation, recyclage », rappelle Étienne Béchet de Balan ; c’est-à-dire réduire la quantité de produits arrivant en fin de vie, réutiliser des produits ou certaines de leurs parties pour ne pas qu’ils deviennent des déchets, et recycler les matières premières.
Ainsi, afin de faciliter la valorisation, bouteilles et bouchons sont de plus en plus souvent fabriqués dans la même matière, pour éviter d’avoir à enlever à la main la bague autour du goulot, une opération qui engendre du temps en plus, de la main-d’oeuvre mobilisée à cette tâche et donc des coûts supplémentaires. Les étiquettes sont aussi travaillées dans le même état d’esprit, notamment à cause de la colle qui pose un vrai problème lors du recyclage et nécessite de mettre en place des moyens de nettoyage.
L’option “réutilisation sans détérioration”, particulièrement sensible pour l’alimentaire, est encore peu mise en avant. Or, elle contribuerait probablement à réduire le nombre de déchets. Soit avec un système de recharge, soit en communiquant sur la façon de donner une deuxième vie à l’emballage qui peut, par exemple, devenir un contenant pour conserver d’autres aliments, ranger des objets, etc.
Prise de conscience
L’industrie transforme ces contraintes en opportunités et la prise de conscience est réelle. « Nous totalisons une soixantaine de projets par an au pôle, dont 80 % sont orientés “économie circulaire” », annonce Joël Viry. Pour autant, tout ne passe pas par l’innovation et n’est pas de la seule responsabilité des industriels, en particulier des sous-traitants qui ne font qu’exécuter les cahiers des charges de leurs donneurs d’ordres qui ont une responsabilité à la source.
Sans oublier le consommateur final, qui doit non seulement se montrer plus exigeant sur ces questions-là, mais aussi être mieux éduqué au tri des déchets.
Sandra Molloy
Cet article est issu du magazine EcoMeca Avril 2023 accessible gratuitement ici >>













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