Film : Loïc Suchet met les salariés de Terre solidaire à l’écran

par | 1 Oct 2025

Pour son deuxième film, Même si la terre est basse, le réalisateur savoyard s’est intéressé aux salariés en insertion de Terre solidaire. Interview.

Vous avez tourné votre dernier documentaire, Même si la terre est basse, au jardin d’insertion de l’association Terre solidaire, à Planaise. Qu’est-ce qui vous y a amené ?

J’habite à 5 minutes et suis allé me fournir en légumes dans cette structure pendant une quinzaine d’années. Un jour, j’ai pris un autostoppeur qui s’y rendait et qui m’a raconté son parcours. C’était un ancien skieur de haut niveau de l’équipe de France. Il était pressenti pour participer aux jeux olympiques mais, suite à un accident et à une blessure, il s’est retrouvé sans rien, à la rue. Ça m’a frappé. Je me suis dit que ça pouvait arriver à chacun d’entre nous. C’est comme cela que m’est venue l’idée de réaliser ce documentaire.

Comment l’association, et ses salariés, ont-ils accueilli votre projet ?

La direction y a été rapidement favorable. J’avais pourtant posé mes conditions : il ne s’agissait pas de faire un film de promotion. Je tenais à conserver ma liberté de parole. Les salariés en insertion ont quant à eux eu quelques réticences au départ. Ils avaient peur, je pense, de l’image qui serait renvoyée d’eux-mêmes et d’une forme d’intrusion dans leur intimité.

Comment les avez-vous convaincus ?

En leur assurant que je ne filmerai que ce qu’ils me donneraient, en demeurant respectueux de la parole de chacun. En revanche, tous les salariés qui étaient présents pendant le tournage, de novembre 2023 à novembre 2024, ne figurent pas à l’écran. La plupart de mes interlocuteurs sont des personnes qui ont fait des études et qui, suite à des accidents de la vie ou de parcours, se sont retrouvées là, envoyées par France Travail pour leur réinsertion. Dans la plupart des cas, le maraîchage n’a pas été un choix pour elles. C’est un vecteur pour les réinsérer et construire leur avenir en parallèle.

Tous les salariés de Terre solidaire ne témoignent pas à l’écran. Copyright : Loïc Suchet

A travers vos images prises dans les champs ou lors des réunions, on sent à la fois une vraie volonté de s’en sortir et des blessures à fleur de peau…

C’est vrai. Ces gens ont décroché à un moment donné, mais ils veulent s’en sortir. Le travail de la terre est difficile, mais ils ne se plaignent pas, ils y vont. Ce ne sont pas les « assistés » que d’aucuns décrivent. Nombre d’entre eux aimaient leur métier, mais la compétition exacerbée qui sévit dans les entreprises les a dégoutés. C’est visible, notamment, lors d’un échange pris sur le vif entre deux salariés qui racontent leur passé de cuisinier et de factrice.

Vous mettez aussi en lumière le travail des chargés d’insertion et c’est parfois violent ! Tout le monde était d’accord pour ces scènes ?

Oui, bien sûr. Les chargés d’insertion font un travail incroyable. Il était essentiel pour moi de le mettre à l’écran. Le passage à Terre solidaire varie de 4 mois à deux ans. Ce temps sert à se reconstruire et à bâtir un projet élaboré avec l’aide de ces professionnels.

On voit par ailleurs que vivre ensemble n’est pas toujours facile…

A l’échelle de ce groupe, on retrouve toutes les fractures de la société. Les problèmes de racisme sont notamment bien présents. J’ai choisi volontairement de montrer ça aussi.

La difficulté de l’activité de maraîchage n’est pas occultée. Copyright : Loïc Suchet

Pour finir, que retirez-vous de cette expérience d’un an ?

Cela a donné du sens à mon métier. Ce film est en partie militant : j’avais envie de mettre en lumière ces hommes et femmes que notre société a occultés et qui sont restés au bord de la route.

Loïc Suchet croqué par Baudoin.

CV express

Chef opérateur de prises de vue depuis 30 ans (documentaires, magazines, films institutionnels, captation d’événements, etc.)

2023
Premier documentaire de 50 mn autoproduit : Sous nos pieds les étoiles

Novembre 2024-novembre 2025
Réalisation de Même si la terre est basse, à Terre Solidaire

Projections

Même si la terre est basse sera projeté (suivi d’un débat) dans le cadre de la semaine du Développement durable organisée par Cœur de Savoie : le 1er octobre à 20 heures à Chamoux-sur-Gelon et le 19 octobre à 17 heures à Saint-Pierre d’Albigny. Il est aussi programmé au festival Cinéma et ruralité de La Biolle le 13 novembre à 20 h 30.

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