La soufflerie de Modane Avrieux est emblématique et stratégique pour Bruno Sainjon, président de l’Onera.

 

Les comptes 2015 de l’Office national d’études et de recherches aérospatiales se sont un peu redressés en 2015. Mais la cure d’austérité qu’il subit est à double tranchant.


 

Bruno Sainjon, pdg de l’Onera, a été auditionné le 16 mars par la commission de défense de l’Assemblée nationale. L’occasion pour le dirigeant en poste depuis 2014 à la tête de l’établissement public à caractère industriel et commercial de faire un point sur la situation de l’Onera qui fête cette année ses 70 ans. Et le constat est mitigé même si pour 2015 le résultat de l’établissement présente un bénéfice de 5,2 M€ après une perte de 16 M€ en 2014.


Côté face, l’Onera est un acteur incontournable et essentiel de l’ensemble de la filière aéronautique et spatiale puisque ses chercheurs interviennent dans tous les domaines de l’aviation civile à la défense en passant par les satellites, les lanceurs spatiaux ou les drones.

Côté pile il fait face depuis le plan social de 1997 à de fortes tensions budgétaires sur ses effectifs et ses investissements (un peu plus de la moitié de son budget provient d’une subvention du ministère de la Défense auquel il est rattaché. En 2015, le budget global de l’Onera a été de 225 M€ avec une subvention du ministère de la Défense de 105 millions à laquelle s’est ajoutée une subvention exceptionnelle de 9 millions).

L’Onera emploie  aujourd’hui un peu moins de 2 000 personnes dont 250 doctorants alors que les effectifs atteignaient 2 400 personnes hors doctorants en 1996. Et après s’être séparé en 2015 d’une trentaine de salariés, Bruno Sainjon prévoit une nouvelle réduction d’effectifs de même ampleur cette année.

Diminution drastique également du côté des investissements qui ont atteint un plus bas historique à 17,3 millions (ils étaient de 42,5 en 2009).

 


 

 

« Ce sont les investissements d’aujourd’hui qui font les avancées technologiques de demain » a rappelé Bruno Sainjon. « Ils sont essentiels pour conserver notre excellence et nous permettre de tenir notre rang, notamment face à notre homologue allemand qui lui a vu ses effectifs et ses investissements fortement augmenter ».

 

 


 

Conserver l’excellence c’est aussi renouveler et maintenir les installations expérimentales et notamment le parc de souffleries de l’Onera dont l’emblématique site savoyard d’Avrieux Modane.

Rappelant avec soulagement que le ministère de la Défense avait débloqué en urgence 20 millions pour des travaux de consolidation de la soufflerie S1 menacée d’effondrement, Bruno Sainjon a insisté sur le rôle fondamental des souffleries.

 

« Certains pays comme les USA ont fait le pari il y a quelques années du tout numérique » a-t-il rappelé. « Ils en reviennent aujourd’hui et remettent en chantier des installations expérimentales« .

 

Les souffleries sont donc stratégiques et cela malgré la baisse actuelle de leur activité. « Elles sont à un plus bas historique d’activité, à 10 millions d’euros seulement reconnaît Bruno Sainjon mais c’est parce que nous sommes dans un creux de cycle aéronautique après les grands programmes comme l’A 320, ou l’A 380« . Pas question donc pour lui de sacrifier ces installations.


Pour autant, l’Onera, conscient également qu’il lui faut mieux s’adapter aux évolutions de son environnement, ne fera pas l’économie de nouvelles réorganisations. Il est ainsi question de concentrer les trois établissements d’Ile de France sur le seul site de Palaiseau. Et toutes les pistes d’économies sont recherchées tandis que l’Onera essaie de plus en plus de développer son activité de contrats industriels. Avec succès d’ailleurs puisque la part des commandes a atteint en 2015 105 millions d’euros contre 94 en 2014.

 


 

Les prochains mois seront en tout cas décisifs pour l’Onera qui doit signer avec l’Etat un contrat d’objectifs et de performances couvrant la période 2016-2021. Bruno Sainjon va également présenter la semaine prochaine son nouveau plan stratégique scientifique à son comité central d’entreprise.

SG