Louis Besson : « Il faut continuer à protéger la loi Montagne »

par | 27 Fév 2025

À 87 ans, le vieux sage savoyard de la vie politique porte un regard apaisé sur les 40 ans de la loi Montagne, l’adoption du tracé du Lyon-Turin, l’actualité politique… Interview.

Les 40 ans de “votre” loi “montagne” (adoptée le 9 janvier 1984) ont été fêtés discrètement, mais plutôt chaleureusement par les acteurs concernés. Quand je dis “votre” loi, ça vous convient ?

Elle est au contraire le fruit d’une très large concertation. J’ai plaisir à évoquer, par exemple, la figure de Lucien Biset, un grand Savoyard, président de la chambre d’agriculture, élu au conseil économique et social national, qui, très tôt, dans les années soixante-dix, a milité pour la prise en compte des spécificités de l’agriculture de montagne. Nous échangions souvent ensemble. Il a beaucoup apporté à la démarche.

Comment est née cette loi ?

Tout a commencé par une commission d’enquête parlementaire sur la situation de la montagne. Elle a permis de faire le tour des massifs et de partir du terrain pour faire émerger des propositions, et créer une dynamique autour de cette nécessité de prendre en compte les spécificités des territoires de montagne, notamment grâce aux apports de personnalités comme Robert de Caumont, maire de Briançon [et également député socialiste des Hautes-Alpes et président du parc national des Écrins, NDLR]. Nous avons eu six mois de travail passionnant, qui ont fait que la loi n’a pas eu un cheminement technocratique. C’est sans doute cette approche “terrain” qui fait que le texte n’a jamais vraiment été remis en cause. Mais les victoires pérennes n’existent pas : il faut rester vigilant et continuer à le protéger.

C’est une des fonctions de l’Association nationale des élus de montagne (Anem), née dans la foulée de la loi “montagne”…

Il est immédiatement apparu aux acteurs de terrain qu’il fallait créer un outil permanent de représentation et de discussion. L’attente a tout de suite été très forte. J’ai été le premier président de l’association mais elle a su, depuis, cultiver l’alternance, et je m’en félicite [elle est actuellement présidée par le député Républicain Jean-Pierre Vigier, avec le Haut-Savoyard Xavier Roseren, député Horizons, comme vice-président, NDLR].

Une autre actualité, plus récente, a forcément retenu votre attention : l’adoption du tracé définitif des accès au Lyon-Turin…

La réalité, c’est que sans le Lyon-Turin, il n’existait pas de perspective d’amélioration de la desserte ferroviaire des Alpes. Le chantier du tunnel de base est maintenant bien lancé mais, avant de franchir les Alpes, il faut les atteindre, et donc, schématiquement, relier le Sillon rhodanien au Sillon alpin.

Êtes-vous satisfait des choix effectués ?

Oui. Il me semble que le niveau d’ambition reste élevé dans la configuration proposée. Elle permet d’assurer les jonctions avec les lignes de Genève et Grenoble, et donc de consacrer cette fonction chambérienne de carrefour alpin qui est d’abord une évidence géographique !
Globalement, la philosophie reste de privilégier une traversée des Alpes plutôt en tunnel pour les marchandises, plutôt aérienne pour les voyageurs. Il reste maintenant à concrétiser les décisions, c’est-à-dire les financer, dans le contexte contraint que nous connaissons. Il convient de rester vigilant, là aussi.

Un dossier plus local est celui de l’extension de Savoie Technolac, contestée par une partie du monde agricole et les environnementalistes. Des préoccupations légitimes ?

Je comprends que les agriculteurs défendent leur outil de travail. Ne négligeons pas ces préoccupations… Mais n’en faisons pas un point de blocage. Je crois aux vertus du dialogue pour construire dans la solidité. Savoie Technolac est une chance pour la Savoie. Cet espace central était bloqué depuis les années 1930 et, avec Roger Rinchet, nous avons pu alerter Charles Hernu lorsqu’il a fermé la base militaire pour que le terrain devienne un outil de développement au service du département. La zone est un succès.

Avez-vous suivi le parcours de Michel Barnier – avec qui vous avez beaucoup ferraillé –, au gouvernement ?

Je suis aujourd’hui sorti du jeu politique. Je ne me permettrais pas de porter de jugement sur son action. C’est vrai, nous nous sommes longtemps affrontés avec Michel Barnier, mais, je crois, toujours avec la volonté de surmonter nos différends plutôt que de cultiver l’affrontement. Au service de la Savoie.

Anniversaires de lois importantes

Louis Besson a initié ou signé trois textes importants. Le premier, en tant que député, est la loi “montagne” du 9 janvier 1985, qui fête ses 40 ans. Rompant avec la logique centralisatrice initiée sous le général de Gaulle, elle se veut une loi d’équilibre entre développement, aménagement et protection. Devenu ministre (1989-1991), le Savoyard signe la loi Besson I, le 31 mai 1990, il y a trente-cinq ans : le texte instaure le « droit au logement », renforce le pouvoir des préfets pour l’attribution des logements sociaux et prescrit une première obligation de création d’aires d’accueil des gens du voyage. Cette disposition est renforcée par un Louis Besson de retour au gouvernement entre 1997 et 2001, avec la loi dite “Besson II”, du 5 juillet 2000, il y a vingt-cinq ans.


Propos recueillis par Philippe Claret

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