Mobilité / CFAL : Comment “fer” ?

Mobilité / CFAL : Comment “fer” ?

Le contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise revient sur le devant de la scène entraînant avec lui, son cortège d’inquiétudes pour le territoire.

Personne aujourd’hui ne pourra nier que le report modal de la route vers le rail est une tendance croissante. En outre, plus seront développés des outils performants via le fer, et plus cela renforcera l’attractivité de notre territoire. Cependant, emprunter n’importe quelle voie pour ce faire pourrait bien conduire à des situations préoccupantes, voire ubuesques. C’est ce que dénoncent, en nombre, les élus de l’Ain. Le projet de loi Mobilité, discuté au Sénat en première lecture et qui arrivera devant l’Assemblée nationale autour du 15 mai, aborde la problématique du Lyon/Turin, couplée à celle du noeud ferroviaire lyonnais. Et remet donc sur le devant de la scène (politique) le CFAL, ou contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise.

Si le projet peut sembler hypothétique tant il a déjà été reporté aux calendes grecques, il fait pourtant l’objet – très discrètement – d’une concertation nationale, lancée le 11 avril. « En octobre dernier, j’ai été convoqué en préfecture de région, afin que l’on nous présente ce projet de CFAL, et la concertation nationale, se souvient Daniel Fabre, maire d’Ambérieu-en- Bugey. Le préfet de région, la SNCF étaient présents. Tous les parlementaires des départements concernés étaient conviés (Isère, Rhône, Ain, les Savoie, Loire), tout comme les maires, les présidents de Départements et d’EPCI.

Mais, par un curieux hasard, les présidents d’EPCI concernés par le tracé sur sa partie Sud dans l’Ain ont été oubliés… D’autre part, des réunions publiques vont être organisées. Mais dans l’Ain, une seule est prévue, le 13 juin sur ma commune. » De quoi jeter un peu plus la pomme de discorde.

Débat sur le tracé

Le maire d’Ambérieu dénonce ce sentiment de compter parmi les grands oubliés du projet. Un projet qui pourtant, pourrait transformer la physionomie de notre territoire. « Oui, ce contournement est une nécessité, avance Daniel Fabre. Mais je me pose des questions : une déclaration d’utilité publique a été signée par le ministre des Transports de l’époque en 2012. Le tracé retenu vient du Nord-Isère pour se rendre en direction de Bourg, la liaison entre le CFAL Sud s’arrête à Lyon et reprend au Nord à partir d’Ambronay. Dans cette DUP, des réserves sont émises, dont l’évitement des communes de Bourg-en-Bresse et d’Ambérieu-en-Bugey.

Si le projet se réalise tel qu’il a été arrêté en 2012, tous les trains de fret arrivants du Sud de l’Europe, arriveront par cette ligne. Or, il manque un maillon dans la chaine prévue entre Leyment/ Ambronay, aucun tronçon n’a été acté en la matière. Dans cette hypothèse, cela obligerait à faire passer tous les trains par… Ambérieu. Pourquoi, si l’on veut éviter que les trains de fret circulent au milieu de la métropole lyonnaise, on accepterait que cela se passe avec notre commune ? De plus, sur la ligne historique TER Lyon / Ambérieu, nous rencontrons déjà d’énormes difficultés. Classée parmi les dix lignes rouges il y a cinq ans, elle est désormais classée dans les lignes noires. Elle est complètement saturée, les horaires ne sont pas respectés, les gens voyagent debout, c’est une catastrophe. Comment donc sur cette ligne déjà saturée, on ferait circuler, au moins sur la portion Leyment / Ambérieu, du fret supplémentaire ? »

Alternatives ?

« On ne peut pas souhaiter remplacer le routier par le ferroviaire, se plaindre de l’encombrement des gares de Perrache et de la Part Dieu, et ne pas admettre qu’il faille un contournement ferroviaire pour Lyon, considère Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse et président de la communauté d’agglomération CA3B. Aujourd’hui, le développement du ferroviaire, y compris de nos TER est impacté par l’engorgement de ces deux gares lyonnaises. L’une des solutions consiste à ne plus y faire passer les trains de fret, afin de libérer des quais. Je suis donc favorable au contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise. En revanche, il demeure le sujet du tracé qu’il faut examiner. Le tracé tel qu’initialement prévu passe à des endroits où il y a des habitations, même si l’on peut considérer qu’une voie ferrée est beaucoup moins pénalisante qu’une autoroute. Il faut trouver des modalités d’intégration de cette voie notamment lorsque l’on traverse des secteurs habités, avec des techniques limitant le bruit via des tranchées, par exemple, ou un ajustement du tracé. »

Le maire de Bourg lance même l’idée d’un contournement… de l’agglomération burgienne, potentiellement, le long de l’autoroute, entre Bourg Sud et Bourg Nord. « Une fois que le CFAL sera sorti de terre, on dénombrera bien davantage de trains de fret qui remonteront vers Dijon par la ligne qui traverse Bourg. La CA3B est donc concernée. Cette réflexion est importante car à terme, nous aurons besoin d’investissements ferroviaires, tout en prenant en compte les spécificités du territoire et notamment, en termes d’habitation. On ne pourra pas construire des dizaines de kilomètres de tunnel ! Il faudra donc mettre les moyens pour que cette voie ferrée soit intégrée dans son environnement. »

“Le CFAL peut devenir un enjeu d’attractivité du territoire, à la condition sine qua non que sa réalisation s’y intègre.”

Le Département, vent debout contre le projet de tracé

À la majorité, l’exécutif départemental rejette l’itinéraire qui pourrait être
retenu pour contourner Lyon… par l’Ain. « Nous sommes totalement opposés au tracé A du CFAL, tel qu’il a été retenu. En effet, ce projet impacterait les habitations de la Plaine de l’Ain / Côtière, dénonce Damien Abad, député de l’Ain. Depuis le début, nous défendons cette position : non au tracé en tant que tel, un tracé alternatif est possible, lequel pourrait passer par le Parc industriel de la Plaine de l’Ain. » Et de poursuivre :

« Nous n’acceptons pas que l’Ain soit la poubelle de Lyon. Nous n’acceptons pas que sous prétexte de ce contournement de l’agglomération lyonnaise, l’on traverse les villages et agglomérations de notre département. De plus, une déclaration d’utilité publique court toujours : nous demandons qu’elle soit annulée. Cette DUP est une épée de Damoclès pour nos territoires. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui et à cause de cela, des terrains et des maisons sont invendables. » Les élus départementaux ont adopté à l’unanimité, lors de la session du 8 avril dernier, une motion visant à exprimer de nouveau cette opposition.

« Concrètement, ce sont 70 km de lignes nouvelles à réaliser pour relier la ligne Lyon / Ambérieu-en- Bugey à la ligne Lyon / Grenoble (partie Nord du CFAL) et la ligne Lyon / Grenoble à la vallée du Rhône (partie Sud du CFAL) et pas moins de 260 trains par jour – 130 dans un sens, 130 dans l’autre – qui pourraient passer, à terme, sur cette ligne. » Selon eux, ce projet de tracé n’est pas pertinent, puisqu’il traverserait des zones urbaines assez densément peuplées, entrainant avec lui son cortège de nuisances, sonores ou paysagères.

De plus, il allongerait le tracé de six kilomètres par rapport à d’autres options envisagées, ce qui rendrait ainsi ce choix plus coûteux à la réalisation. « Il ne saurait être question que les Aindinoises et les Aindinois subissent directement les nuisances liées au report du trafic sur leur territoire », clament-ils, tout en reconnaissant bien évidemment l’intérêt d’une « meilleure organisation du trafic de fret et de marchandises », et celui de « privilégier un report de trafic de la route vers le rail ».

“LE PROJET DE TRACÉ NE SEMBLE PAS PERTINENT, UN AVIS UNANIMEMENT PARTAGÉ”


Par Myriam Denis

1 commentaire

  1. DERVIN

    Le CFAL est indispensable.

    Il est le seul projet qui permettra de résoudre de nombreux retard sur toute la région AURA et même plus en délestant Lyon (rayonnement national et international de ses gares), et qui sera à même à induire le fort report modal indispensable du fait d’un itinéraire compétitif par rapport aux autoroutes.

    Les élus, et entre autre ceux de l’Ain doivent choisir entre les routes et autoroutes surchargées de camions, dangereux, polluants et très coûteux au contribuable, et une liaison ferroviaire, très rentable sur le long terme, qui sera au bénéfice de la sécurité des riverains et de l’environnement.

    Une avancée s’impose, il est temps de commencer dès travaux au plus vite.

    L’intérêt général est le CFAL, il doit être réalisé, et vite.

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