Les exploitants de stations s’adaptent à un environnement plus fragile : moins de neige, moins de froid… mais toujours autant de clients, et des bénéfices en hausse.


Selon Météo France, il y avait de la neige à Chamonix de la mi-octobre à début mai dans les années 60. Depuis 2010, c’est plutôt de début novembre à mi-avril. Et là où l’épaisseur maximale était de 67 cm dans les années soixante, elle n’était plus que de 22 cm dans les années 2000. Certes, les dernières années ont aussi connu des hivers très enneigés. Reste que la tendance va bien vers une raréfaction.

Malgré tout, la dernière livraison des indicateurs conjoncturels de Domaines skiables de France est formelle : les recettes moyennes par journée-skieur continuent d’augmenter. Elles étaient évaluées à 19,20 euros en 2000 ; c’est 25,20 euros pour la saison 2015-2016. Les exploitants des domaines skiables parviennent donc à renouveler l’attrait des sports d’hiver.

Mais les temps sont durs. Après avoir atteint un pic en 2009, la fréquentation est plutôt en baisse depuis. En 2015-2016, les mauvaises conditions météo ont entraîné une érosion de 4 % de la fréquentation, et avec 52 millions de journées-skieurs la France a cédé sa première place mondiale aux États-Unis (53,9 millions). Les recettes des domaines sont au mieux stables depuis 2011.

Les exploitants doivent donc s’adapter. Il n’y a plus vraiment de “rente neige” : l’époque où il suffisait d’attendre qu’elle tombe pour ouvrir est terminée. Il faut maintenant préparer la saison toute l’année en travaillant les pistes, en guettant dès l’automne les moindres créneaux de froid pour fabriquer de la neige de culture, savoir en travailler des couches de plus en plus fines… C’est un des enseignements de la cinquième édition du Panorama des domaines skiables que nous publions en ce début de saison, et dont nous nous inspirons très largement pour cet article.


Des outils innovants

Les dernières dameuses de Kässbohrer par exemple sont de véritables bijoux technologiques. Un GPS embarqué mesure en continu la hauteur de neige sous les chenilles, de façon à mieux la répartir. Cette année une application, Diasnow, aidera les stations à analyser la quantité de neige dont elles auront besoin en fonction de la météo, de la fréquentation, de l’état du manteau neigeux… Dans le même temps, les dameuses sont plus économes en énergie, deviennent hybrides, explique le directeur de Kässbohrer ESE, Didier Bic.

Les fabricants d’enneigeurs axent eux aussi leurs efforts d’innovation autour du réchauffement climatique : «Les périodes de froid sont devenues plus courtes et moins intenses, explique ainsi le directeur général du groupe MND, Roland Didier. Nous devons donc trouver des technologies qui se rapprochent au plus près de 0° pour faire de la neige en volumes importants. Aujourd’hui on commence à – 2 °C». Dans le même temps, la performance énergétique des enneigeurs s’améliore : «nous avons divisé leur consommation par trois en sept ans», assure le directeur.


La neige de culture : une priorité

La production de neige de culture est devenue en quelques années la seconde dépense d’investissements des stations. C’est aussi une priorité pour les politiques : Laurent Wauquiez a présenté cet été un plan “neige-station” doté de dix millions d’euros dès cette année, mais 590 millions annoncés sur la durée du mandat, largement orienté vers les enneigeurs et la ressource en eau. C’est que, pour l’instant, l’enneigement artificiel a permis de sécuriser le modèle économique des stations. «Par rapport aux années 1988 et 1989 (où la neige avait fait défaut) où la fréquentation avait reculé de 30 %, les exploitations ont été sécurisées. Elles bénéficient d’un meilleur équilibre financier et peuvent mieux gérer ce type de situation», explique le président de Domaines skiables de France, Pierre Lestas.

Reste que cette adaptation au réchauffement climatique change le modèle économique des stations, avec la nécessité d’investir plus dans la neige de culture. Donc d’utiliser plus d’eau. Ou au moins autant. Ainsi l’entreprise Techno-alpin explique-t-elle comment elle envisage maintenant de couvrir 60 % du domaine du Grand-Bornand, au lieu de 43 % jusqu’à présent. Ce qui conduit à exploiter deux retenues d’altitude de 370 000 m3, 21 km de réseau, 237 enneigeurs… même si les exploitants s’en défendent, la pression sur le milieu s’intensifie. Au grand dam des milieux environnementalistes, pour qui le sacrilège ultime se trouve à Tignes, avec le projet de “ski-line”, un projet de piste… couverte !


Les nouvelles remontées

Cet hiver, les stations se sont souvent employées à sécuriser leur approvisionnement en neige de culture. En matière de remontées mécaniques, le principal investissement est celui de Val d’Isère téléphériques : 16 M€ pour le réaménagement de la tête de Solaise (photo). C’est le début d’un programme pluriannuel d’investissements destinés à moderniser l’offre de ski et à rationaliser les remontées mécaniques du domaine. La nouvelle télécabine (sièges chauffants, facilité d’embarquement et de débarquement, wifi dans toutes les cabines…) donne accès à un secteur de ski revisité pour être plus accessible aux débutants. L’équipement permet d’augmenter la capacité de transport de 40 % sur ce secteur, grâce à un débit de 3 600 personnes/heure. À l’arrivée, le nouveau lounge offre une salle de pique-nique et un bar avec vue sur le massif de Bellevarde. Quant aux pistes, elles ont été redessinées pour être d’un accès plus facile ; la pente en a été fortement réduite.

Toujours en Tarentaise, Val Thorens planifie 100 millions d’investissement sur cinq ans sur le secteur du stade, dont vingt dès cette année, avec notamment le remplacement du télésiège de Boismint, dont la gare d’arrivée est décalée de 160 mètres ; le démantèlement des téléskis du Stade et du Roc, et d’autres opérations. Quant à La Plagne, elle investit 14 millions d’euros sur son domaine skiable, avec la mise en service d’un premier télésiège débrayable six places de la société LST (groupe MND).

En Haute-Savoie, Le Grand-Bornand “fait le buzz” en mettant en service le tapis couvert à bande large le plus long du monde : 201 m qui permettent de favoriser l’accueil des débutants. Au Grand Massif, on investit 3,5 millions pour adapter le domaine au futur Club Med de Samoëns, avec notamment un télésiège débrayable six places à pinces fixes de Doppelmayr. Il reste des projets dans les cartons : La Clusaz met la dernière main à la refonte du Crêt du merle. Les Albiez et les Karellis continuent à préparer leur liaison par le col des Chaudannes (200 000 euros d’étude, premiers coups de pioche dès l’été prochain). Et bien sûr, la jonction La Clusaz – Le Grand Bornand reste à l’étude.


Par Philippe Claret avec l’aide de l’équipe du Panorama économique des domaines skiables 2016-2017 : Sylvie Bollard, Sophie Boutrelle, Françoise Lafuma, Anne-Chantal Pauwels, Patricia Rey, Raphaël Sandraz et Hélène Vermare.