La communauté de communes du Pays du Mont-Blanc vient de présenter les résultats de son étude sur la qualité de l’air. En voulant « démêler le vrai du faux » et proposer une alternative aux campagnes de mesures menées par Atmo Auvergne Rhône-Alpes. Faut-il s’en inquiéter ?
« Les résultats mis en évidence par notre étude cassent un certain nombre d’idées reçues concernant la pollution sur notre territoire », déclarait mercredi Jean-Marc Peillex, président de la communauté de communes du Pays du Mont-Blanc (CCPMB) et maire de Saint-Gervais, à l’occasion de la présentation des résultats d’une enquête sur la qualité de l’air, intitulée Alti’air.
Décidée par les élus des dix communes en 2022 pour en savoir plus sur les caractéristiques de la pollution et « replacer le débat (…) dans un cadre scientifique, en dehors de toute polémique ou discours partisans », elle a donc débuté à l’été 2023 (pour un coût global de 206 000€ financés à 85 % par la CCMB). Pour Jean-Marc Peillex, à l’origine de la démarche, il s’agissait de « démêler le vrai du faux » et de proposer une alternative aux campagnes de mesures menées par Atmo Auvergne Rhône-Alpes. « Ces dernières n’étudient que les fumées de l’incinérateur de Passy et de SGL Carbone et celles des véhicules qui passent sur l’autoroute. Ce n’est pas ce que nous voulons savoir. Connaître ce qui se passe dans nos communes, à différentes altitudes, sans idée préconçue, a été notre motivation. »
Piloté par le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), en partenariat avec le groupement de scientifiques suisses Particle Vision, le projet a pour le moment permis de recueillir des données en 2023 et 2024 sur dix sites (un par commune), tous situés à des altitudes différentes. Sont suivis : les particules (PM10 et PM2.5), le dioxyde d’azote (NO2) et l’ozone (O3).
De juillet 2023 à juin 2024, les scientifiques de Particle Vision observent une tendance identique en été concernant les PM10, quel que soit le site de mesure. Des pics, en avril et en mai, sont le fruit d’épisodes sahariens. Les moyennes annuelles de PM10 sont « largement en dessous de la valeur limite annuelle » partout. Seul le capteur du Mont d’Arbois a enregistré une moyenne supérieure aux recommandations de l’OMS, « en raison de travaux de construction durant les étés 2023 et 2024 ».
Les concentrations moyennes annuelle de PM2.5 sont elles aussi « en dessous de la valeur limite » sur les dix sites. Concernant le dioxyde d’azote, marqueur du trafic routier, « tous les sites respectent les valeurs en vigueur » avec, cependant, un dépassement des recommandations OMS à Saint-Gervais centre. Les mesures de l’ozone montrent quant à elles de plus fortes concentrations en altitude.

L’intérêt de l’étude porte en outre sur la caractérisation des particules polluantes et fait ressortir quelques « surprises ». Il s’avère ainsi qu’en été, la majorité des particules (PM10 et 2.5) sont d’origine minérale et biogénique.
« Ce sont des poussières, émises par des travaux de construction, ainsi que des pollens et des spores. » Une pollution de fond régionale qui touche toutes les communes. En hiver en revanche, les particules fines (PM2.5) prédominent, liées à la combustion (bois et trafic). Leur répartition et concentration ont tendance à diminuer avec l’altitude.
Ce sont précisément ces particules fines hivernales que les élus veulent désormais décortiquer et qui seront un des sujets de l’étude d’ici au mois d’avril. L’idée est notamment de savoir ce qui les émet : le chauffage au bois, le trafic routier ou le chauffage au fioul. « Alti’Air va nous permettre de savoir quels sont les éléments les plus polluants et les plus dangereux pour la santé, et où ils se trouvent, conclut le président. Ce sera une aide à la décision pour orienter notre action publique et mettre en place des mesures adaptées. »
L’Etat condamné
L’Etat a été condamné, le 19 février, par la Cour administrative d’appel de Lyon, à verser la somme de 9 000 euros à une famille de Passy dont l’enfant a vu son état de santé s’aggraver du fait de la pollution atmosphérique. « C’est terrible pour cet enfant, commente Jean-Marc Peillex. Cela montre que l’Etat, qui a des sachants, aurait pu agir plus rapidement qu’il ne l’a fait. Notre étude n’est ni une contrainte ni une réaction à cet événement, mais ce dernier nous conforte dans la décision que nous avons prise. »









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