Pont de l’Abîme : bientôt la fin du chaos

par | 12 Mar 2025

Fermé à toute circulation depuis fin 2023, le Pont de l’Abîme va être réparé et sécurisé par le Département de la Haute-Savoie.

Abîmé, le Pont de l’Abîme n’a jamais aussi bien porté son nom. Il ne permet plus d’enjamber le Chéran depuis novembre 2023. L’ouvrage a du temps qui passe subi les outrages. A tel point que toute circulation, qu’elle soit piétonne, cycliste ou motorisée, a été interdite dès cette date pour que le site du Chaos du Chéran ne soit pas un jour, lui aussi, très bien nommé.

« Tous les 5 à 10 ans, détaille Daniel Déplante, conseiller départemental du canton de Rumilly, le pont fait l’objet d’un suivi détaillé de sa structure et de ses suspensions. Or, en novembre 2023, un examen complémentaire a révélé un endommagement interne des câbles avec un fort niveau d’oxydation et des défauts de section. Le Département, à qui appartient l’ouvrage, n’était plus en mesure de garantir la sécurité, d’où la décision de sa fermeture complète. »

Le monument, qui surplombe le Chéran et qui relie les communes de Cusy et de Gruffy, est l’un des rares de ce type à être encore « debout » en Haute-Savoie. Construit en 1887 selon les plans de l’ingénieur Ferdinand Arnodin, spécialiste des ponts suspendus à Châteauneuf-sur-Loire, il affiche une portée de 74,80 mètres, une chaussée d’une seule voie de 5 mètres de large et un tirant d’air de 96 mètres de haut. Autant dire qu’il a fière allure, flanqué de ses quatre piles maçonnées et de ses nombreux câbles et haubans striant l’azur.

Une silhouette altière d’autant mieux mise en valeur qu’elle domine un abîme de 90 mètres de profond. Les prouesses architecturales et techniques qui prévalurent à son édification furent à l’époque très remarquées. Aujourd’hui, le Pont de l’Abîme est davantage « câblé » tourisme, notamment depuis que le site qu’il domine a été classé. Des aménagements (un parking, un petit amphithéâtre, des sentiers pédestres, des panneaux d’information), réalisés par la communauté de communes du pays d’Alby en 2016, l’ont conforté dans cette vocation, même s’il est toujours très emprunté, essentiellement par les riverains.

« On estime sa fréquentation à plusieurs centaines de véhicules par jour, mais aucun comptage précis n’a jamais été réalisé », précise Fabienne Duliège, conseillère départementale du canton de Rumilly.

Le pont permet de relier les communes de Gruffy et de Cusy et est surtout emprunté par les touristes et les riverains. Copyright : SyB


« Nous nous sommes posé la question de construire un deuxième pont parallèle à celui-ci, poursuit-elle, mais nous avons vite fait le choix de le reconstruire à l’identique, car c’est un élément du patrimoine important auquel les habitants sont très attachés. » Après consultation des deux communes, des services du Département et de l’architecte des Bâtiments de France, décision a donc été prise, courant 2024, de le rénover. Un projet dont le coût est estimé à 5 millions d’euros, totalement financés par le Conseil départemental.

« Beaucoup d’éléments vont bien, enchaîne Daniel Déplante. La difficulté réside dans le changement des câbles. Cela va nécessiter de monter un système spécifique au-dessus des piles pour tendre des suspentes et câbles provisoires en remplacement de ceux qui seront enlevés. »

Dans le détail, le chantier consistera d’abord à mettre en place des suspensions provisoires pour pouvoir enlever les anciennes. Puis de nouveaux câbles – définitifs – seront installés et réglés. La totalité du câblage – y compris les deux tendeurs situés sous le tablier, les 76 suspentes, les huit paraboliques et de retenue et les 16 obliques de rigidité – sera remplacée. Les huit de suspension et les quatre haubans, seront, comme l’avait conçu Ferdinand Arnodin, ancrés dans les chambres souterraines taillées dans la roche de chaque côté.

Le tablier subira quant à lui un lifting complet avec sablage et peinture. L’opération sera cependant rendue plus complexe qu’il n’y paraît du fait de la présence d’amiante et de plomb. « Un sarcophage étanche sera mis en place le temps de désamianter et d’enlever la couche contenant du plomb », conclut l’élu. Il sera alors temps de repeindre les parties métalliques avant de pouvoir rouvrir le site à la circulation, vraisemblablement pour l’été 2027.

Histoire

La première évocation de la construction d’un pont date de 1855. En 1887, le marché est signé avec l’Etablissement Ferdinand Arnodin. La réception des travaux a lieu en 1891. En 1967 ont lieu des travaux de restauration, suivis, en 1993 de la pose d’un platelage aluminium.

Calendrier

Les appels d’offres, consultations des entreprises, réalisation d’études préalables dureront jusqu’en novembre. Le chantier devrait débuter l’automne prochain pour une ouverture prévisionnelle à l’été 2027.

Déviation

Depuis novembre 2023 et jusqu’à la fin des travaux, la circulation est déviée par les routes départementales 911 (route des Bauges, Cusy) et 5 (route de Banges, Gruffy), soit un détour de quelque 8 km.

Ancré dans les Bauges

Les câbles suspenseurs et les haubans passent sur les selles au sommet des piliers et font le tour de massifs composés de la pierre urgonienne du massif des Bauges, au sein des deux chambres souterraines d’ancrage, disposées sur chacune des rives du Chéran.

Gabarit

Après sa rénovation, le pont sera interdit aux véhicules de plus de 3,30 m de haut et 3,40 m de largeur, pour éviter qu’il ne se détériore. Un gabarit sera installé de chaque côté. Le tonnage sera limité à 19 tonnes. Par ailleurs, un filet de sécurité de 10 mètres de large sera tendu 5 mètres en dessous du tablier pour prévenir toute tentative de suicide.

2 Commentaires

  1. Filhol Alain

    Bravo !

    Réponse
    • Christine DILY

      Article très intéressant, bravo!
      Bonne information

      Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Découvrez également :

Le SM3A accélère ses investissements

Trente ans après sa création, le Syndicat mixte de l’Arve et de ses affluents (SM3A) reste dans une phase de forts investissements, à la hauteur des enjeux liés à la préservation de la ressource en eau et à la prévention des risques d'inondation. Dans les...

LIRE LA SUITE

Isabelle Maistre, présidente de Grand Bourg Habitat.

Ain : Grand Bourg Habitat à un tournant

L’organisme logeur arrive au terme d’un Programme stratégique de patrimoine de 10 ans. « Nous arrivons à une année charnière. Elle marque la fin de notre PSP, notre Programme stratégique de patrimoine qui s’est étalé sur les dix dernières années de notre...

LIRE LA SUITE

Orianne Aymard : la force du mental comme ligne de vie

Alpiniste, conférencière, et aussi autrice, Orianne Aymard, Chamoniarde d’adoption, multiplie les conférences en entreprises dans le monde entier pour partager son vécu hors du commun. Ses maîtres-mots : leadership et résilience. Interview. Vous affichez un...

LIRE LA SUITE

Hôtel Chat’Ô Félins : la vie de pacha

À Chênex, en Haute-Savoie, Floriane Rousselot a créé Chat’Ô Félins, un hôtel haut de gamme réservé exclusivement aux félins, avec services. Chambre individuelle, double, familiale ou collective : les chats (ou plutôt leurs maîtres) n’ont que l’embarras du choix...

LIRE LA SUITE

Publicité