Gilles Revial, président de l’Union des commissaires de l’hôtel des ventes à l’époque du scandale.

 

Ils sont une cinquantaine dans le box des accusés. Le procès des cols rouges, du nom des commissionnaires de l’Hôtel Drouot accusés de vol et détournement d’oeuvres d’art, démarre aujourd’hui au tribunal correctionnel de Paris.

 


 

Au premier rang des accusés, ces fameux cols rouges, baptisés ainsi en référence au liseré rouge de leur veste noire. Tous savoyards, (ils furent longtemps originaires de Tignes) voire haut-savoyards, et constitués en société en nom collectif enregistrée à la Chambre des transporteurs routiers, l’Union des commissaires de l’hôtel des ventes. Pendant des décennies ils furent considérés comme l’élite des commissionnaires parce qu’ils détenaient le monopole du transport des oeuvres d’art vendues à l’hôtel des ventes Drouot.

 


 

L’affaire avait éclaté en décembre 2009 et mis au jour un système quasi maffieux de détournement des oeuvres d’art. Soit en prenant livraison des tableaux, bijoux et autres meubles notamment au moment des successions en vidant les appartements, soit à l’issue des ventes pour les objets n’ayant pas trouvé preneurs. Pendant longtemps, ils se seraient contentés d’objets passant inaperçus et de moindre valeur. Mais au début des années 2000, on change de registre et les cols rouges deviennent plus gourmands. Ce qui causera leur perte puisque c’est le vol d’un tableau de Courbet, Paysage marin sous ciel d’orage, qui va provoquer le scandale après une dénonciation anonyme. L’enquête permettra de découvrir plus de 250 tonnes d’objets « détournés » dans un entrepôt parisien. Des objets que les commissionnaires, qui avaient aussi le droit d’acheter et de vendre, n’hésitaient pas à revendre à Drouot!


 

Pour beaucoup, le trafic des cols rouges était un secret de Polichinelle connu du petit monde du marché de l’art parisien. D’ailleurs, 4 commissaires priseurs font eux aussi partie des accusés jugés au tribunal correctionnel. Sont-ils seulement complices? Etaient-ils plus largement impliqués dans les détournements? Ou bien ont-ils simplement fermé les yeux pour éviter les représailles des cols rouges ( travail mal fait voire saboté, oeuvres cassées….).

Le scandale est en tout cas une très mauvaise publicité pour un marché de l’art aux pratiques souvent opaques et décriées.

 


 

 

On ne sait pas si la totalité des 110 commissionnaires savoyards était impliquée même s’il fallait selon certains commettre un larcin pour être accepté dans la « communauté ». Il est probable que le fait de travailler en monopole au sein d’une société quasi secrète ( on n’appelait pas les commissionnaires par leur nom de famille mais par leur numéro et leur surnom) dans laquelle on ne pouvait entrer que par cooptation et en rachetant la charge (plusieurs dizaines de milliers d’ euros de droit d’entrée) a facilité les dérives et le glissement vers des pratiques mafieuses.


Le scandale a en tout cas sonné le glas de la société puisque l’hôtel Drouot l’a totalement écartée du transport des oeuvres en 2010. Un Hôtel des ventes largement éclaboussé par le scandale et qui est d’ailleurs aujourd’hui partie civile dans le procès. A suivre.

SG