Robotisation et industrie : les robots débarquent pour nous aider

par | 24 Avr 2017

Les robots sont l’objet des fantasmes les plus angoissants. Désignés comme des tueurs d’emplois, ils ont fait leur entrée dans la campagne présidentielle. Taxer les robots reviendrait à empêcher les industries d’investir dans des technologies plus innovantes et porter atteinte à la compétitivité de la France et aux emplois qui en découlent.

Incontournable pour pérenniser les industries

«Si nous n’avions pas robotisé, nous aurions perdu nos marchés voilà trois ans. » Le constat de Mathias Dubois, directeur du groupe Sud Industrie Service, est sans concession et témoigne de la réalité de ce que vivent les industriels pour rester compétitifs. Si eux n’y vont pas, d’autres sont prêts à prendre la place : le marché a horreur du vide. D’autant que la  exibilité des robots est un véritable atout pour rebondir, même en cas de coup dur. « Si vous perdez un marché, vous pouvez facilement réemployer le robot sur une autre production, plus facilement qu’avec un système automatisé », décrit Mathias Dubois, qui prodigue aussi des conseils aux entreprises dans ce domaine via l’une des entreprises du groupe, IRC.

ROBOTISATION ET QUALITÉ

« Pour réaliser une bonne presse et obtenir un produit de qualité, l’injection doit être automatisée », af rme de son côté Jean- Michel Renaudeau, directeur général de Sepro Group, basé en Vendée. Il estime que le retard de la France n’est pas une fatalité : « Dans la Plastics Vallée, certaines entreprises n’ont rien à envier à leurs concurrentes. » D’après lui, c’est davantage une question de niveau de maturité, pas encore atteint. Con ant, il peut l’être. « L’essentiel de notre croissance est réalisé à l’extérieur de nos frontières : nous sommes numéro 1en France, avec plus de 80 % de parts de marché, et aux États-Unis, notre premier marché, et numéro 2 en Allemagne », trace le directeur général du groupe Sepro qui dispose d’une agence de service au coeur de la Plastics Vallée à Bellignat. En plasturgie comme en mécanique, les robots trouvent leur place à divers postes de la chaîne de production. À titre d’exemple, le déchargement des pièces dans le moule apporte de la régularité dans le cycle de production, et cette régularité induit une meilleure conformité des pièces produites. Pour de l’assemblage simple et très répétitif, les robots confèrent également une vraie valeur ajoutée. Ils peuvent intervenir au plus près de la zone de presse, secteur à haut risque pour des êtres humains. Les opérations de contrôle sont plus rapides, plus  ables et systématiques, car directement intégrées dans les unités de production. « Sans robot, il faut acheminer les pièces aux postes de contrôle, les observer à la caméra sous tous les angles », explique Mathias Dubois. Un travail long, un risque d’erreur accru pour des marchés de plus en plus exigeants en termes de qualité. Autre avantage, les robots tournent tout le temps, permettant aux salariés de faire des pauses ou aux équipes d’échanger davantage. « Je peux organiser plus souvent de petites réunions », apprécie Mathias Dubois qui voit dans son choix stratégique un avantage non négligeable pour le bien-être au travail : « En trois ans, 50 % de la production de GTI a été robotisée et la pénibilité des tâches a diminué de moitié. »

SUD INDUSTRIE SERVICE

Ce groupe dirigé par Mathias Dubois, dont le siège social est à Annecy, totalise un chiffre d’affaires annuel de 12millions d’euros avec un effectif total d’une trentaine de personnes. Il est composé de trois  liales aux activités distinctes et complémentaires. GTI assemblage, basé à Villaz, propose des solutions pour le soudage série. Fort de 30années d’expérience dans la sous-traitance industrielle, GTI a été robotisée voilà trois ans et compte aujourd’hui cinq robots, soit autant que d’opératrices. IRC Technologies apporte son expertise pour conseiller et accompagner d’autres entreprises dans la robotisation et l’automatisation de leurs process de production. En n, SIST Endüstri, un bureau avancé installé à Istanbul (Turquie), s’occupe du sourcing des composants et assure l’interface entre la France et le marché turc.

Les robots, avenir de l’homme industriel

Grâce à la cellule de production intelligente Usitronic, Baud Industries a pu conforter sa position sur le marché de l’horlogerie haut de gamme. L’entreprise de Vougy, récemment labellisée Vitrine Industrie du futur par l’Alliance Industrie du Futur, envisage de se doter d’autres îlots Usitronic pour se créer de nouvelles opportunités. Cet exemple, parmi d’autres, démontre que la robotisation est une stratégie gagnante pour les entreprises. D’autant que pour les salariés, les robots apportent du confort en exécutant les tâches pénibles. Flexibles, adaptables, ils peuvent évoluer dans de multiples environnements, et notamment dans les plus dif ciles ou dangereux pour l’homme. Les robots poussent les emplois à se transformer. La plupart des métiers des dix ou quinzeprochaines années n’existent pas encore et d’autres auront disparu, comme les postes de caristes ou de pontiers. Mécatronique et plastronique sont particulièrement adaptées à ce mode de production automatisé qui suppose une communication directe entre tous les maillons de la chaîne. La robotisation nécessite un langage informatique commun et, de fait, va de pair avec la digitalisation des industries. « Pour être capable de travailler en équipe avec un robot, il faut pouvoir communiquer avec », résumait la chef de l’ingénierie chez Kuka Robotics, Jessica Rademacher, lors des European Mechatronics Meeting qui se sont déroulés pendant Industrie Lyon.

ROBOLUTION

Le robot industriel n’a rien en commun avec les robots décrits dans les oeuvres de science- ction. Il s’agit d’un bras articulé programmé pour effectuer des tâches répétitives en autonomie. Fondée en Suisse en 1892, l’entreprise Stäubli, notamment implantée à Faverges en Haute-Savoie, est spécialisée dans trois grands domaines autour de la mécatronique : systèmes de connexion, robotique et machines textiles. Avec 4 500collaborateurs, Stäubli est présente dans 25 pays et possède un réseau de distribution dans 50 pays. Ses bras articulés peuvent être installés sur des postes de fabrication, de maintenance ou de nettoyage et sont dotés d’une grande dextérité qui leur permet d’accomplir des tâches variées et complexes dans tous les secteurs d’activité : automobile, électronique, métallurgie, médical, chimie, énergie, plasturgie… Ils travaillent dans des environnements dif ciles, effectuent les tâches répétitives ou néfastes pour la santé, et ne s’arrêtent que sur commande. Les fabricants de robots les présentent comme des collaborateurs. Un terme en a émergé : la cobotique, néologisme né de la contraction de collaboration et robotique. Pendant que le robot se charge des tâches pénibles, l’opérateur peut se concentrer sur l’orchestration des différentes machines dont il a la charge et ainsi mettre son intelligence au service de son entreprise.

L’AUTOMOBILE, SECTEUR EMBLÉMATIQUE DE LA ROBOTISATION

Les premiers robots ont été installés pour évoluer dans les milieux à risque comme les centrales nucléaires. Pour autant, dans l’imaginaire populaire, le secteur automobile est celui qui semble le plus représenter l’utilisation de robots industriels. C’est en 1972 que le constructeur Nissan ouvre la première chaîne de production entièrement robotisée. Aujourd’hui, personne n’imagine une usine automobile sans une armée de bras articulés, répartis le long de la chaîne de production. D’après le Comité des constructeurs français d’automobiles, en France en 2014, l’industrie automobile comptait 695robots pour 10 000salariés.

Plus de robots, moins de chômage CQFD

Question chômage, les chiffres montrent que les quatre pays les plus robotisés au monde af chent des taux de chômage moins élevés que celui de l’Hexagone (10 %): Chine (4,1 %), Corée du Sud (3,7 %), Japon (3,5 %), États- Unis (5,3 %). En Allemagne, le taux dépassait tout juste les 4 % en 2016. Selon le rapport Gallois sur la compétitivité française, publié en 2012 : « Le manque de robotisation serait l’une des raisons pour laquelle la productivité française n’a pas progressé au cours de la dernière décennie. En effet, en 10 ans, la France a perdu 750 000emplois industriels et, sur les trois dernières années, 900usines ont fermé. » Dans une enquête de Manpower group, réalisée auprès de 18 000 entreprises (43pays, tous secteurs) et dévoilée lors du forum de Davos, 19 % des employeurs prévoient une hausse d’emplois suite aux mutations technologiques auxquelles les entreprises devront s’adapter. 64 % estiment pouvoir maintenir leurs effectifs, en formant leurs salariés aux nouveaux métiers liés à la robotisation. Le risque est de créer une nouvelle fracture entre des salariés très compétents et d’autres qui n’auront pas réussi à prendre le virage numérique. Pour autant, selon une étude du Conseil pour l’orientation de l’emploi, moins de 10 % des emplois seraient détruits par l’automatisation et la robotisation. Si l’industrie française perdait toute compétitivité à l’international, combien d’emplois seraient menacés ?

PEUT MIEUX FAIRE

Au niveau mondial, le marché du robot est en croissance : + 15 % en 2015. 253 748 robots ont été vendus dans le monde, dont 27 % rien que par la Chine. Les projections tablent sur 400 000unités vendues en 2018. Le monde robotise à tout-va, en n pas tout le monde… La France est un peu à la traîne, et a même perdu sa troisième place européenne au pro t de l’Espagne. Comparée à l’Allemagne, l’écart est énorme : nos voisins d’outre-Rhin comptaient 122robots pour 1 000salariés en 2015, quand nous atteignions à peine 30robots pour 1 000salariés côté français. Si sa marge de progression est importante sur le plan quantitatif, la France n’a en revanche rien à envier à ses concurrents concernant le niveau de robotisation. Les entreprises françaises s’engagent vers l’industrie 4.0dont la robotisation est l’une des composantes. Cela étant dit, changer de technologie suppose beaucoup d’investissements et, dans le contexte actuel, toutes les entreprises ne sont pas en capacité de les réaliser. Mais si la France ne robotise pas, c’est l’emploi qui sera menacé. Sans compétitivité, pas de marchés, n’en déplaise à certains candidats de l’élection présidentielle. Loin des idées reçues, la robotisation ne détruira pas en masse des emplois, et les robots ne prendront pas le pouvoir pour nous asservir. Ils ne sont que des outils au service des hommes.

DESTRUCTEUR OU CRÉATEUR ?

Nul ne peut prévoir l’avenir et dans le domaine de la robotisation les économistes se contredisent. Ainsi, dans une étude réalisée auprès de 15pays, le Forum économique de Davos estime que la robotisation devrait détruire plus de 7millions d’emplois d’ici à 5ans et n’en créer que 2millions. A contrario, le président du think tank Information Technology & Innovation Foundation, Rob Atkinson estimait en 2013dans les colonnes du MIT Technology Review que l’installation d’un robot permet à une entreprise de réaliser des économies et donc d’investir davantage, ce qui stimule la demande d’autres secteurs et crée de l’emploi. Une chose est sûre, les robots ne pourront pas remplacer tous les métiers : là où les compétences humaines relationnelles sont nécessaires, le robot n’apporte aucune valeur ajoutée.


Dossier réalisé par Sandra Molloy

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