Face au changement climatique, à la pollution croissante et à la densification des centres urbains, les villes misent de plus en plus sur la végétalisation. Mais assurer la survie de chaque arbre reste un défi.
En 2024, le Conseil d’Etat genevois a adopté une stratégie pour transformer les villes du canton grâce aux arbres. L’objectif chiffré d’atteindre 30 % de surface ombragée par des arbres pour l’ensemble de l’aire urbaine d’ici 2070, avec un minimum de 10 % dans les périmètres les moins favorables.
Cette politique comprend ainsi la plantation de 150 000 arbres d’ici 2024. Lausanne s’est elle aussi engagée dans une politique volontariste d’arborisation, baptisée “Objectif canopée”, afin d’atteindre 30 % de couverture foliaire en 2040, ce qui implique l’équivalent de 1400 arbres de couronne de 10 mètres de diamètre plantés chaque année.
De l’autre coté de la frontière, la ville d’Annemasse applique depuis 2000 une politique de compensation, plantant deux arbres pour un arbre abattu, tout en favorisant les espaces verts. C’est ainsi que le parc Mila Racine, qui s’étend sur plus de 6000 m2, a vu le jour en 2023. Alors que le choix des espèces et les techniques de mise en terre sont aujourd’hui bien établis, la question cruciale reste celle de la survie des arbres.
C’est précisément à ce problème que s’attaque Terasol, une jeune start-up vaudoise spécialisée en agropédologie et agronomie urbaine. Selon Yannick Poyat, directeur technique (CTO) de la société, trois éléments déterminent la réussite d’une plantation.
« Il y a d’abord la qualité de la fourniture car un arbre présentant des cicatrices racinaires importantes ne reprendra jamais, même dans un sol idéal. Ensuite, il y a l’arrosage qui est crucial pour les sujets jeunes. Et enfin, il y a le sol. Et là, quelle que soit l’essence choisie, si le terrain est trop compacté, les racines ne se développeront pas. » Une situation fréquente lors de travaux où la terre est tassée au point de devenir une piste de chantier.
Mesurer la « plantabilité » des sols
Pour répondre à ces enjeux, Terasol a développé Exomap, un outil cartographique qui calcule un indice de plantabilité. Cet instrument s’appuie sur des données de sols open source disponibles en Europe et ailleurs. En Suisse, l’entreprise exploite notamment les milliers de sondages géotechniques réalisés lors de chantiers. Rien qu’à Genève, près de 5 000 forages sont référencés.
« Nous fournissons des cartes interactives sur lesquelles les communes et les professionnels des aménagements extérieurs peuvent s’appuyer pour décider où planter », explique Cédric Coquelin, CEO de Terasol. De quoi offrir aux architectes- paysagistes, urbanistes et architectes une base scientifique solide pour orienter leurs projets.
Dans la pratique, n’importe quel projet de plantation, que ce soit dans l’espace public ou dans le cadre d’un projet immobilier, débute par un plan répertoriant l’emplacement des futurs arbres. Mais, remarque Yannick Poyat, ce schéma ne dit rien de la réalité souterraine : « On sait où l’on doit végétaliser pour créer de la fraîcheur, gérer les eaux pluviales ou atténuer des nuisances urbaines liées au changement climatique. Mais on ignore souvent si cela est réellement faisable. »
A ce stade, des questions essentielles telles que : « peut-on planter un arbre de grande ampleur » ou « aura-t-il assez de volume de sol pour croître » restent sans réponse. Pour remédier à cette situation, Exomap apporte une information cartographique de manière très simple grâce à une plateforme SaaS. L’utilisateur a accès à des cartes thématiques, sans avoir besoin de compétences en géomatique ou en informatique.
Cinq cartes, disponibles sur le site exomap.com permettent de se familiariser avec le principe. L’une porte sur l’occupation du sol tandis que les quatre autres traitent respectivement de cadastre de pleine terre, du potentiel de désimperméabilisation, des contraintes liées à la végétalisation urbaine et la dernière faisant la synthèse de l’ensemble des données pour donner l’indice de plantatibilité. L’utilisateur peut, par exemple, se concentrer sur une parcelle précise, ce qui est très intéressant lorsqu’on réalise un plan de quartier qui inclut plusieurs parcelles.
Coût économique
Assurer la survie des arbres plantés revêt également une dimension économique. En Suisse, le coût moyen d’un arbre nouvellement planté s’élève à environ 3 000 francs. Pour une ville comme Lausanne, qui ambitionne d’atteindre 30 % de canopée en 2040, soit environ 50 000 arbres, l’enjeu financier se chiffre à près de 15 millions de francs.
Odile Habel
Photo à la une : Genève vise 30 % de surface ombragée dans l’aire urbaine d’ici 2070.
Cet article est issu de notre magazine L’Extension Printemps 2026, disponible gratuitement au format liseuse en ligne.










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