Tech : l’IA s’empare aussi du tri des déchets

par | 22 novembre 2024 à 9H23

L’intelligence artificielle va bientôt venir enrichir le tri des déchets. C’est la conviction d’Aktid, qui a consacré une journée à la thématique, le 14 novembre.

Pour les non-spécialistes, l’intitulé pouvait dérouter : « L’intelligence artificielle dans les centres de tri – Contraintes et opportunités ». Mais à l’issue du “Smart Event” organisé par Aktid, jeudi 14 novembre, à Chambéry, plus guère de doute : nos déchets vont bientôt être traités grâce à l’IA. « Nous étions des chiffonniers, nous sommes devenus des industriels », résume Bertrand Le Floch, l’un des participants à l’événement, codirigeant de Guyot Environnement (siège à Brest), en référence à la révolution déjà vécue par le secteur, depuis une vingtaine d’années, avec la mécanisation et le tri optique.

309 : c’est, en millions de tonnes (Mt), la quantité de déchets produits en France en 2020 (c’est 46 Mt de moins qu’en 2010). Soit 4,6 tonnes par habitant. Le BTP a généré 213 Mt, les autres activités économiques et les collectivités 64 Mt, et les ménages 34 Mt (10,8 % du total).

(Source : notre-environnement.gouv.fr)

Réglementation et vision

Le développement des obligations de tri et de recyclage a fait naître de volumineux marchés. Les acteurs les plus visionnaires (et les plus audacieux, aussi) ont alors su bâtir des empires, investissant massivement dans la mécanisation pour passer à l’échelle industrielle. Née en 1983 et pesant aujourd’hui 300 M€ de chiffre d’affaires, avec 500 personnes, Guyot est de ceux-là.

Aktid (qui conçoit et installe les équipements dans les centres) aussi : née en 1995 avec l’intuition de la révolution qui s’annonçait, la Chambérienne a réalisé 80 M€ de chiffre d’affaires l’an dernier (chiffre 2024 en attente), avec 200 salariés en France et en Italie. Et elle ne compte pas s’arrêter là, convaincue que l’IA va générer de nouveaux bouleversements. Dès 2018, elle a structuré son service R & D, qui compte maintenant quinze personnes, des ingénieurs aux programmeurs, en passant par les experts en mégadonnées.

Les participants au “Smart Event” ont notamment pointé le risque de « gadget » ou, à l’inverse, de “sur-technologisme” (trop de données que, finalement, l’exploitant ne sait pas utiliser à bon escient).

Pas de prise sur l’amont, maîtrise sur l’aval

Pourquoi une telle conviction ? En quoi l’IA va-t-elle de nouveau bouleverser le fonctionnement des centres de tri ? Pour le comprendre, il faut avoir en tête l’équation du tri : en amont, des bennes de déchets arrivent en continu dans le centre, jamais avec les mêmes contenus, que ce soit au niveau de la quantité (volume ou masse) ou de la qualité (deux bennes de papiers-cartons, par exemple, ne contiendront pas les mêmes proportions de tel ou tel).

Or, en sortie, le centre de tri doit fournir des balles de déchets bien triés à ses clients (qui les recyclent), sous peine de retours pour non-conformité (donc de perte de revenu). Et pour la valorisation énergétique, le défi n’est pas moindre : le CSR (combustible solide de récupération) produit à partir des déchets non recyclables doit conserver les mêmes propriétés, tant sur le plan calorifique que chimique (teneur limitée en chlore ou en souffre, par exemple).

En résumé : pas de prise sur l’amont mais une obligation de maîtrise de l’aval. Caméras et détecteurs aident déjà les professionnels du tri, mais l’IA va permettre de franchir de nouveaux paliers. Tant au niveau de l’adaptabilité des outils à la variation des flux entrants – qui prend de plus en plus d’ampleur avec l’émergence des “Rep” (voir encadré en rouge) –, qu’en termes de traçabilité des matières sortantes.

Ou encore de maintenance et d’optimisation des outils, en aidant à prévenir les bourrages, blocages, casses et autres pannes que la présence d’indésirables sur les convoyeurs peut entraîner : les arrêts de chaîne, fréquents, sont la hantise des exploitants.

L’enjeu de l’acceptabilité

Même si l’humain – selon l’avis unanime des participants – ne va pas disparaître, des tâches vont bien être remplacées. Des salariés pourraient alors craindre pour leur emploi.

Mais si les avantages semblent réels, reste tout de même à imposer la technologie. D’abord, sa plus-value doit rimer avec “retour sur investissement”, sinon il n’y aura pas de clients. Les participants au “Smart Event” ont notamment pointé le risque de « gadget » ou, à l’inverse, de “sur-technologisme” (trop de données que, finalement, l’exploitant ne sait pas utiliser à bon escient).

Ensuite, l’IA doit être bien acceptée par les personnels qui vont l’utiliser. Même si l’humain – selon l’avis unanime des participants – ne va pas disparaître, des tâches vont bien être remplacées. Des salariés pourraient alors craindre pour leur emploi. D’autres, pour leur capacité à maîtriser les nouveaux outils. Sans parler des inquiétudes face au recueil et au traitement de multiples données (l’effet Big Brother).

Les concepteurs d’équipements, comme Aktid, vont donc devoir fournir des solutions à la fois simples, efficaces et rassurantes. Les exploitants de centre, eux, vont devoir poursuivre la montée en compétence de leurs personnels, déjà largement commencée avec la mécanisation. « Il y a vingt ans, les opérateurs qui travaillaient chez nous n’avaient pas de qualification.

Aujourd’hui, nous sommes obligés d’aller recruter dans l’agro-alimentaire [très présent en Bretagne, NDLR] pour trouver des conducteurs de ligne », témoigne Bertrand Le Floch. Vous pouvez définitivement jeter à la poubelle vos images d’Épinal du chiffonnier et du ferrailleur. Mais attention, elles vont dans la poubelle jaune : l’IA va les recycler.

Lire la suite du dossier dans votre magazine ECO du 22 novembre 2024 >>


Eric Renevier

1 Commentaire

  1. Rafael García Torregrosa

    Il est en effet important de trier les déchets, mais en même temps cela produit une partie des déchets tels que les plastiques qui ne sont pas mécaniquement recyclables. Le défi est de les transformer en nouveaux produits tels que les carburants synthétiques, générant ainsi de nouvelles activités.

    Réponse

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