Vidéo : énergie, transport, immobilier… À 5 ans des JO, quelle montagne pour demain ?

par | 10 Déc 2025

Une rencontre organisée par ECO Savoie Mont Blanc, en partenariat avec GRDF, qui s’est tenue le vendredi 14 novembre 2025 à l’hôtel Les Trésoms**** à Annecy.

La montagne de demain suscite plein d’énergie. À 1 500 jours des Jeux olympiques d’hiver en France, comment s’envisage la montagne de demain ? Cinq acteurs de terrain étaient invités à apporter leur part de réponse. On ne peut pas dire qu’ECO soit allé chercher la simplicité au moment d’organiser cette table ronde intitulée « À cinq ans des JO, quelle montagne pour demain ? ».

Mais solliciter des acteurs parmi les plus confrontés aux défis de la transition environnementale (et sociétale, par contre-coup) – transporteur, énergéticien, promoteur, comité d’organisation des JOP 2030 – a eu le mérite de bousculer les idées reçues.

Par exemple : le gaz, une énergie fossile ? Oui… mais plus forcément pour longtemps, a expliqué Guilhem Armanet, directeur général de GRDF, gestionnaire du réseau de gaz en France. Lancée il y a une dizaine d’années, la méthanisation avance très vite. La transformation de la biomasse en énergie devrait même suffire à couvrir entièrement les besoins en gaz de la France d’ici 2050, d’après les projections de l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Le gaz, trop cher pour la montagne

En attendant, la production de biogaz (renouvelable, et qui pollue nettement moins que le gaz fossile) représente déjà 1 térawattheure en Auvergne- Rhône-Alpes, soit de quoi chauffer 250 000 logements pendant un an. Dont un petit tiers (300 GWh) pour la zone “Alpes” (départements 38, 73 et 74), qui accueille déjà 25 des 82 unités de méthanisation de la région. « Et cette production doit doubler d’ici 2030 », a insisté le directeur.

Néanmoins, en montagne, l’horizon du gaz vert n’est pas tout rose. En raison des coûts, poser les tuyaux jusqu’en station ou dans les villages perchés pour équiper massivement les logements semble peu envisageable.

Reste alors les projets de méthanisation non-raccordés (autoconsommation, installations provisoires…), mais « la complémentarité gaz-nucléaire- renouvelables sera de toute façon indispensable pour réussir la transition », a clairement annoncé Guilhem Armanet.

Des élus pas tous convaincus

Complémentarité ? Romain Borini, dirigeant d’une entreprise de transports de voyageurs (60 M€ de CA avec 600 salariés et 450 véhicules lourds) basée à Combloux, près de Megève, connaît bien le mot. Très volontariste sur la question environnementale, il a commencé, au fil des achats et renouvellements, à basculer sa flotte de véhicules il y a plusieurs années. En combinant gaz, électrique… ou maintien du diesel, toujours irremplaçable pour certains usages (longs trajets notamment) du fait de la rareté des stations d’avitaillement et/ou du temps de recharge/plein des énergies alternatives.

Mais son élan se heurte encore à deux obstacles. D’une part, l’offre des constructeurs. Elle est loin de proposer des solutions alternatives satisfaisantes et à prix “acceptable” (permettant un retour sur investissement sur des marchés concurrentiels) pour tous les besoins. D’autre part, et surtout… les clients ! Alors que l’on pourrait croire que les élus de montagne sont parmi les plus sensibles à la question environnementale, il n’en est rien.

« Certains le sont, comme à Saint-Gervais ou Megève, qui fut la 1re station au monde à basculer tous ses ski-bus en électrique », a cité en exemple le transporteur. « Mais d’autres ont encore beaucoup de mal à intégrer l’électrique ou le gaz. » Pourtant les surcoûts économiques sont maintenant limités et il n’y a pas d’obstacles techniques liés au froid et/ou à l’autonomie.

Point intéressant : « Parvenir à convaincre un maire de mettre en place une première navette électrique est le meilleur argument pour permettre ensuite le basculement du reste de la flotte : la baisse des nuisances sonores génère toujours des retours très satisfaits des habitants- électeurs », sourit Romain Borini.

Mettre tout le monde autour de la table

Plus que les convictions environnementales, c’est la dimension très pratique qui peut favoriser les transitions ? La leçon est à méditer par les élus confrontés au défi. Des élus qu’observe avec attention Dominique Kreziak, enseignante- chercheuse à l’Université Savoie Mont Blanc. Et celle qui dirige la chaire Tourisme durable a ainsi pu, lors de la table ronde, et cas concrets à l’appui, mettre en avant certaines constantes dans les démarches de transition qui fonctionnent le mieux.

Premièrement, mettre tout le monde autour de la table : « Il peut y avoir des désaccords, mais au moins, on se parle. Et puis, cela permet de mieux connaître les initiatives individuelles, souvent nombreuses, qui existent déjà à l’échelle du territoire. » Mais, évidemment, la démarche implique de s’y prendre bien en amont, pour laisser le temps de l’écoute et de l’échange.

Deuxièmement, concilier court terme et plus lointaines échéances. Sans engagements immédiats aux résultats facilement mesurables, la réflexion risque de demeurer purement théorique. À l’inverse, les petits gestes sans vision de long terme ne suffiront pas. L’universitaire parle alors d’une « nécessaire pratique ambidextre ».

Troisièmement, et c’est presque paradoxal : se doter d’un cadre contraignant. Ce cadre impose alors une méthodologie et une formalisation des décisions et des actions, gages de plus d’efficacité. Un point valable aussi bien pour les démarches de type “plan” ou “programme”, purement volontaristes, que lors de la quête d’un label (type Flocon Vert). Ou, bien sûr, quand il s’agit d’accueillir un grand événement, sous la double pression de l’échéance à respecter et de la pression médiatique accrue.

Bâtiment : des normes trop contraignantes

Président de la section Alpes de la Fédération des promoteurs immobiliers, Vincent Davy n’a pas enrobé son intervention dans un voile vert. Techniquement, a-t-il expliqué, rien ne s’oppose, en montagne, à l’utilisation de matériaux biosourcés ou au recours à des énergies renouvelables (géothermie notamment). Mais, économiquement, l’obstacle est réel, dans un contexte où construire est déjà plus cher (éloignement des entreprises, durée de chantier, coûts d’excavation…).

Pointant le fait que « sur sa durée de vie, le bilan carbone d’un bâtiment réside davantage dans son utilisation que dans sa construction », le promoteur a également souligné que le durcissement continu des normes (RE 2020, RE 2020/2028…, NDLR) avait entraîné « des surcoûts importants, pour des gains environnementaux limités », en comparaison de ceux obtenus grâce à la RE 2012 par rapport au bâti plus ancien.

« Les pouvoirs publics mettent-ils les priorités là où il faut ? », a-t-il interrogé, en allusion, aussi, aux enjeux immenses liés à la rénovation.

JOP 2030 : aller vite, mais bien

Le 1er février 2030, les XXVIes Jeux olympiques d’hiver seront lancés (et, le 1er mars, les XVes Jeux paralympiques). Le comité d’organisation (Cojop) est focalisé sur cette date, incontournable, non décalable. Cela lui laisse un peu plus de 1 500 jours pour tout mettre en place, sachant que les différentes feuilles de route (organisation sportive, modalités pratiques et logistiques, retombées économiques et environnementales…) sont en cours de finalisation.

Le cadre général est néanmoins déjà connu : « Organiser les Jeux d’hiver les moins chers de l’histoire », a rappelé Élie Patrigeon, directeur “durabilité et héritage” du Cojop, lors de la table ronde. Les JOP 2030 présentent un bilan carbone prévisionnel de 0,6 à 0,8 million de tonnes “équivalent CO2” (1,58 Mt déclaré pour Paris 2024). Notamment grâce à un nombre réduit de nouvelles infrastructures (la patinoire de Nice et les villages olympiques, principalement) et la réutilisation de nombreux équipements et aménagements existants : pistes de ski et de bobsleigh, tremplins de saut…

Néanmoins, chaque initiative du Cojop va être scrutée à la loupe, le principe même de l’accueil des Jeux en France donnant lieu à une vive opposition. Le Cojop en est conscient et l’un de ses défis, a expliqué Élie Patrigeon, va être de trouver le bon équilibre entre prendre le temps pour être à l’écoute du terrain, et tenir le rythme pour être prêt le jour J.


Éric Renevier


Autour de la table :

  • Dominique Kresiac – Responsable de la Chaire Tourisme (Université Savoie Mont Blanc)
  • Elie Patrigeon – Responsable Impact, Héritage et Durabilité des Jeux Olympiques d’hiver 2030
  • Romain Borini – PDG des Transports Borini (pionnier du BioGNV)
  • Vincent DAVY – Président de la FPI Alpes
  • Guilhem Armanet – Directeur Régional GRDF Sud-Est

👉 Des échanges solides autour d’une évidence : les JO de 2030 ne seront pas ceux d’Albertville. Transition énergétique, climat, budget… La montagne doit se réinventer, et ça commence en réunissant tous ses acteurs autour d’une table.

Crédit vidéo et photo : NANO PROD / Florent Hénon (https://www.linkedin.com/in/florent-henon et www.nano-prod.fr)

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1 Commentaire

  1. Gillet

    Bonjour,

    La promotion du gaz « vert » n’est qu’un leurre. 1 m3 de gaz agricole a le même impact sinon plus dans l’atmosphère.
    le coût et l’augmentation de l’entretien du réseau est renvoyé aux consommateur. Baisse de consommation plus de longueur de réseau à entretenir.. voir aussi le dernier rapport de la Cour des Comptes

    Réponse

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