Ain : les quartiers ont des talents à recruter

par | 10 octobre 2024

Grand Bourg Agglomération a organisé une rencontre entre entreprises et habitants de la Grande Reyssouze, autour de récits de réussites locales.

Né à Bourg-en-Bresse, Abdallah Chibi grandit dans le quartier de la Reyssouze. Premier de sa classe à l’école, puis au collège, il opte pourtant pour la filière professionnelle, au moment de choisir son orientation.

« J’avais peur que mes parents ne puissent pas suivre financièrement. Je ne le savais pas encore, cela s’appelle le déterminisme. Souvent, quand on est issu de l’immigration, on se ferme des portes », raconte-t-il. Sorti major de sa promotion au bac pro, il poursuit ses études et s’imagine intégrer le monde de la finance.

Hélas, aucune entreprise ne l’accueille en stage. De retour du service militaire, il recroise un de ses professeurs de collège qui lui suggère de devenir enseignant. Aujourd’hui, il est proviseur du lycée Gabriel Voisin, à Bourg-en-Bresse. Mais avant de revenir sur ses terres, il a voulu se frotter aux classes les plus difficiles de l’académie de Lyon et de la région parisienne.

Une expérience de 12 ans qui lui permet à présent « de trouver des solutions pour ramener vers la réussite ceux qui le veulent bien » et d’affirmer : « Tout le monde peut réussir. Il faut arrêter de chercher le CV parfait, il n’existe pas. »

Ce témoignage prenait place avec d’autres, au sein d’un événement organisé par Bourg-en-Bresse Agglomération, le 27 septembre : « Talents des quartiers ». Une rencontre entre habitants de la Grande Reyssouze et les entreprises chargées du chantier du futur espace d’animation, dans le cadre de la rénovation urbaine.

« Le marché public prévoyait des clauses sociales que ces entreprises ont signées. Nous leur avons donc demandé d’animer le quartier, mais nous ne voulions pas d’un job dating. Nous voulions une rencontre qui donne des exemples de réussites, aux jeunes comme aux employeurs, battre les clichés en brèche », explique Sonia Hamadou-Tenant, l’une des facilitatrices des clauses sociales de Grand Bourg Agglomération, avec sa collègue Charline Fathouni.

Croire en soi

Tout le monde n’a pas eu une scolarité exemplaire. Chakib Boudiab, autre enfant de la Reyssouze, est de retour à Bourg-en-Bresse comme médiateur du centre social, tout en continuant une carrière d’acteur entamée après une année de prépa et trois ans de formation à l’école d’art dramatique de Saint-Étienne.

Il a même pu allier ses deux occupations, en réalisant un court métrage, “Le Professeur”, avec les habitants du Pont des Chèvres. Sa vocation pour le théâtre est née d’une rencontre avec la réalisatrice Charlène Favier, au terme d’un parcours assez chaotique (un échec au bac, neuf mois dans la restauration en Angleterre, 4 mois de formation à l’Afpa…). « Croyez en vous. Ne laissez personne vous dire que ce n’est pas possible », en conclut-il.

« Ne baissez pas les bras », abonde Rowaïda Zellout. Cette Marocaine est arrivée en France, il y a un an, avec la volonté de poursuivre des études de médecine. Mais, il lui a fallu d’abord parfaire sa maîtrise du français, ce que lui a permis l’École de la deuxième chance. Elle vient ainsi d’intégrer le Parcours d’accès spécifique santé (Pass) de Bourg.

Et ceux qui reçoivent donnent en retour. Arrivée du Brésil en 2017, seule avec son enfant après une séparation en 2020, Marina Siqueira a été prise en charge par l’association Tremplin et a pu passer un diplôme avec le groupement d’employeurs de l’industrie. Aujourd’hui, elle participe à un projet de ce même Geiq pour féminiser l’industrie et accompagne avec Renault Trucks, Athénaïs Badoux, une jeune maman de 23 ans.

Transmettre

Élue à la Ville de Bourg depuis 2008, aujourd’hui maire adjointe en charge des solidarités, Nadia Ouled Salem se sent pleinement Burgienne, quoique d’origine tunisienne. « Je suis née rue des Tulipes et j’ai fait toute ma scolarité à Bourg. » Un parcours durant lequel elle a « eu la chance de ne connaître aucune discrimination » … Jusqu’à son arrivée sur le marché du travail.

Malgré un bac +5 en école de commerce, elle a mis plus de 18 mois à trouver un poste. « J’ai travaillé plus de 20 ans, dans l’accompagnement de la création d’entreprise. J’ai aidé plein de gens à se lancer, notamment dans les quartiers, à travers des microcrédits et des aides de la Région. La clé, c’est de rencontrer les bonnes personnes. Celles qui sont là pour débloquer les choses et vous aider à progresser. Pour avancer, il faut avoir confiance en soi, mais aussi confiance en l’autre et de la persévérance. Il faut des compétences, mais aussi des savoir-être. Beaucoup d’entreprises sont là aujourd’hui. Elles sont prêtes à faire rentrer des jeunes et à les former. »

Effectivement, les chefs d’entreprise sont ravis de participer à des réussites. «Je suis issu dun environnement simple et je viens moi-même de lapprentissage. Aussi, nous formons beaucoup, a témoigné Ludovic Jacquet, gérant de Secca Régulation GTC GTB, une société de 20 personnes à Ceyzériat, spécialisée dans l’installation d’équipements de chauffage, de ventilation et d’air conditionné dans les grands espaces. Quand je recroise des jeunes qui ont su se construire, parfois malgré un environnement familial compliqué, je me dis que j’ai réussi à transmettre quelque chose.»

Un quart de la population de Bourg-en-Bresse, 8 à 10 000 personnes sur 41 000, vit dans les quartiers.

Lever les blocages

Qu’est ce qui bloque ou débloque dans l’entreprise ? « La méconnaissance de l’autre », a répondu une responsable des ressources humaines présente dans le public.

« J’ai grandi à la Duchère où j’ai fait de belles rencontres. Quand on sait dépasser les a priori, on trouve des gens supers. Et si la personne n’a pas les codes, il suffit de le dire. Personne ne rentre en entretien avec une casquette. Et si c’est le cas, je demande de l’enlever. Le problème, c’est que l’école enseigne les codes de l’école, pas ceux du monde du travail. »

Un point de vue que ne partage pas ce représentant du groupe Fontenat : « Ce n’est pas la même chose, mais il y a des points communs. Si on vous demande de rendre un travail dans un certain délai, il faut le tenir. Dans les travaux publics, on part en équipe. Quand un membre est en retard, il retarde tous les autres. » Et un autre participant d’ajouter : « Ce qui débloque, c’est l’envie, l’abnégation. On s’accroche. »


Sébastien Jacquart

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