La ligne claire, en bande dessinée, est un style largement caractérisé et popularisé par le dessinateur Hergé, notamment dans la mise en scène de ce personnage qui a créé tant de vocations journalistiques : Tintin.

Si elle trouve son origine, à l’époque, dans différentes contraintes d’impression et de colorisation, l’auteur l’a définie dans l’objectif d’alléger le dessin et de le rendre plus lisible. Par exemple, les contours sont systématiques, noirs, d’épaisseur régulière, identiques pour tous les éléments. Si j’osais filer la métaphore, je dirais que hélas, cette clarté n’est pas toujours l’apanage de nos gouvernants.
Invité à présenter sur TF1, jeudi 20 mars, le nouveau produit d’épargne qu’il a annoncé pour financer la défense, le ministre de l’Économie, Eric Lombard, a eu bien du mal à nous en définir les contours. La mise minimale ? 500 euros. Et le plafond ? « Ce n’est pas encore décidé, quelques milliers d’euros. » Le taux ? Mystère et boule de gomme ! « Mais, ce sont de belles entreprises. En réalité, sur la longue durée, ça rémunère mieux l’épargne. » Bon, mais la durée minimum du placement, alors ? « Au moins cinq ans. » Avouez que tout cela n’est pas très engageant. Nos dirigeants veulent flécher notre épargne, mais semblent incapables de pointer une direction.
Mais s’il est une ligne qui apparait clairement, c’est bien celle du cours des actions des principales entreprises françaises et européennes spécialisées dans l’armement : Dassault Aviation, Thalès, Safran, Airbus, EADS, etc. Un exemple ? Le cours de l’action Dassault (notre image à la une) a grimpé de 45% en 6 mois… du jamais vu en si peu de temps.
Ce même 20 mars, Agnès Pannier- Runacher, ministre de la Transition écologique, était en déplacement dans le cadre du festival Agir pour les glaciers, à Bourg-Saint-Maurice et aux Arcs, en Savoie. L’occasion pour elle de réaffirmer l’objectif gouvernemental de classer 100 % des glaciers en “zone de protection forte” d’ici 2030. Concrètement ? « Ça veut dire qu’on positionne nos glaciers en zones de protection forte. Donc c’est une définition qui vise à limiter l’impact des pressions de pollution, mais aussi l’impact des pressions des activités humaines, de façon à préserver au maximum nos glaciers », a expliqué la ministre.
“Merci, Captain Obvious ! ” (Capitaine Évidence), serait-on tenté de lui répondre, si nous étions sur un réseau social. Là encore, on a du mal à voir se dessiner quelque unité et continuité du plan (une autre des caractéristiques définies par Hergé). Le problème est ancien. Il faut montrer que l’on est présent, que l’on agit, que l’on est réactif. Bref, il faut occuper le terrain, communiquer. Alors, on annonce de grands concepts creux, on rhabille des dispositifs et des crédits déjà affectés, sous un nouveau nom.
La méthode paraît efficace pour se faire élire, raison pour laquelle tous les politiques se sont engouffrés dans la brèche, ces 15-20 dernières années. Elle est surtout imparable pour se faire détester durablement, une fois en poste. C’est ainsi qu’après le mandat d’hyper-communication de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, François Hollande a pu accéder à la fonction suprême sur une promesse de normalité. Promesse non tenue, évidemment, tant la communication semble avoir pris le contrôle des cabinets élyséens ou ministériels. Tous gagneraient pourtant à se montrer un peu moins et à se présenter à nous, a minima, avec une ligne claire.
Sébastien Jacquart et Groupe Ecomedia.
Photo à la une : le cours de l’action Dassault Aviation, évolution depuis 5 ans.









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