Mardi 14 janvier, le tout fraîchement nommé Premier ministre François Bayrou prononcera son discours de politique générale. Il ne devrait pas solliciter de vote de confiance, puisque de toute façon, une motion de censure lui est déjà promise par La France Insoumise. À peine désigné, le nouvel exécutif est donc déjà menacé.

Le leader insoumis, Jean- Luc Mélenchon, avait prédit qu’il ne passerait pas l’hiver. Il se pourrait qu’il ne passe même pas la mi-janvier. Toute la question est de savoir ce que feront les socialistes et surtout, le Rassemblement national. Comme l’a observé dès le 23 décembre la secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts, Marine Tondelier, à propos du Premier ministre : « Marine Le Pen va le faire sauter à la corde jusqu’à ce que lui et son gouvernement tombent. »
Ainsi, malgré la censure, la situation n’a pas bougé d’un iota. Barnier ou Bayrou, bonnet blanc, blanc bonnet. On ne peut pas vraiment dire que le socle ait été élargi.
Et même, le casting de ce gouvernement donne le sentiment que l’on a raclé les fonds de tiroir, notamment avec le recrutement de Manuel Valls.
Cette situation pourrait prêter à sourire si elle ne provoquait pas autant de dommages collatéraux pour l’économie. L’attentisme des différents agents économiques était parfaitement justifié. Jugez plutôt : Les agriculteurs, qui manifestent ces jours-ci, attendent des mesures de soutien.
Mais en l’absence de loi de finances pour 2025, le crédit d’impôt pour les congés agricoles, la régularisation des accises sur le gazole non routier, les avantages fiscaux pour le cheptel bovin, les mesures facilitant la transmission des exploitations aux jeunes agriculteurs et le crédit d’impôt pour le label Haute valeur environnementale sont bloqués.
Plus généralement pour les entreprises, l’aide à l’embauche pour les apprentis, rabotée à 5 000 €, est suspendue à un décret à paraître ce mois-ci. De même, le crédit d’impôt innovation – pour lequel serait envisagée une reconduction avec un taux réduit à 20 % – ou encore, le crédit d’impôt collection pour le secteur du textile et de l’habillement sont pour l’instant en stand-by. Et les exonérations fiscales destinées aux zones franches urbaines, aux quartiers prioritaires de la ville et aux bassins d’emploi à redynamiser ont cessé jusqu’à nouvel ordre. Le gouvernement souhaite intégrer la plupart de ces mesures à la prochaine loi de Finances, qu’il espère faire voter pour la mi-février.
Cela peut sembler loin en la circonstance, mais il n’est plus question de passer en force ou les mêmes causes produiront les mêmes effets. Car certains groupes politiques ont intérêt à maintenir l’instabilité. LFI et le RN, en particulier, seraient les seuls à être prêts pour une présidentielle anticipée, affirment les observateurs. Quant à Emmanuel Macron, lors de ses voeux aux Français, il a indiqué qu’il demandera « de trancher certains […] sujets déterminants ».
Certains y ont vu l’annonce de référendums, d’autres d’une nouvelle dissolution à l’été, à moins que le Président n’opte pour ces conventions citoyennes ou ces grands débats qu’il affectionne tant. Pas sûr que tout cela nous aide à y voir plus clair. Pourtant le pays, lui, gagnerait à sortir de ce tunnel d’incertitude.
Sébastien Jacquart
Photo à la une : le Premier ministre, François Bayrou, à l’Assemblée nationale, le 17 décembre 2024. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS








Bonjour M. Jacquart,
C’est avec intérêt que j’ai lu votre article sur la présentation de la politique générale du gouvernement.
Il est dommage que l’information de l’intérêt du R. N. pour l’instabilité ne soit pas plus répandue.
Certains leaders économiques reverraient leurs soutiens politiques.
Cordialement.