Si personne ne s’attendait à ce que la rencontre entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump soit détendue, la violence des échanges, en direct devant les caméras, aura surpris tout le monde.

« Vous vous êtes mis dans une très mauvaise posture. Vous n’avez pas les cartes là, sans nous vous n’avez pas les cartes », a notamment lancé le président américain. « Vous jouez avec la vie de millions de personnes. Vous jouez avec la troisième guerre mondiale. » Le reproche est dur et même injuste. Mais est-il complètement infondé ?
Le fait est qu’au printemps 2022, les Ukrainiens avaient l’occasion de mettre fin au conflit.
« Après quatre semaines de combat, les belligérants sont proches de conclure un accord, rappelle Le Monde Diplomatique dans son édition de mars. À Istanbul, Kiev accepte un statut de neutralité — en d’autres termes, renonce à adhérer à l’Alliance atlantique — et confirme son intention de ne pas se doter de l’arme nucléaire. En échange, l’Ukraine cherche à obtenir le retrait volontaire de Moscou des territoires qu’il occupe illégalement depuis le 22 février. »
La position de Kiev est d’autant meilleure, à l’époque, qu’elle a réussi à contrecarrer l’offensive de Moscou, sans que l’Occident ne lui ait encore apporté son soutien militaire. Mais à la décharge des Ukrainiens, c’est ce soutien qui les a induits en erreur et leur a laissé croire qu’ils pouvaient sortir gagnants d’un conflit prolongé. D’autant que dans le camp occidental, à ce moment là, personne ne voulait négocier avec l’agresseur.
Boris Johnson aurait indiqué à Zelensky, dès le 30 mars 2022, de ne pas conclure d’accord et de poursuivre la guerre avec le soutien des Occidentaux, ce qu’il n’a jamais démenti. Hostile à tout arrangement, il s’était rendu à Kiev le 9 avril, peu après qu’un premier engagement sur la neutralité et la sécurité de l’Ukraine ait été signé en Turquie. Selon des experts, l’administration Biden, par la voix de son Secrétaire d’État Antony Blinken, privilégiait également la poursuite du conflit, à la fois pour affaiblir la Russie et protéger l’Ukraine (et ses ressources ?). Les Occidentaux emmenés par l’axe USA / Grande-Bretagne, comme en Irak en 2003, ont ainsi mis fin aux négociations.

« Les États-Unis ont […] “investi” en moyenne 35,3 milliards de dollars par an depuis 2022 sur l’Ukraine. Bien plus que les 3 à 5 milliards de dollars que Washington attribuait à Israël chaque année avant le 7 octobre 2023 ; l’équivalent de presque la moitié des dépenses militaires annuelles pour l’Afghanistan entre 2001 et 2019 — un effort qui finançait une occupation militaire et des opérations directes », rappelle encore le Diplo qui observe : « Mais peu importe à M. Trump, la guerre en Ukraine n’est pas celle des États-Unis, seulement celle de son ancien rival Joseph Biden… »
Et maintenant ? Volodymyr Zelensky veut croire qu’une réconciliation avec Donald Trump est possible. Mais a-t-il le choix, tant le soutien des États-Unis est vital pour son pays ? Pour l’économiste Charles Sannat, qui n’est pas à proprement parler un optimiste, ce clash correspond à la phase paroxystique de la crise et de la négociation, qui peut repartir sur de nouvelles bases.
En attendant, l’Europe fourbit ses armes (au sens propre) pour pallier un désengagement américain de plus en plus probable. Mais, a-t-elle les moyens de ses ambitions ? Par trois fois l’Europe se retrouve ainsi être le « dindon de la farce » : devoir acheter du gaz US plus cher que le gaz russe, devoir participer financièrement à l’effort de reconstruction de l’Ukraine, et devoir engager des dépenses colossales pour sa propre défense face un ennemi potentiellement imaginaire.
On parle d’au moins cinq ans d’investissements, pour mettre la défense européenne à niveau. Et est-il vraiment souhaitable de poursuivre une guerre, dont la situation n’a pas vraiment évolué depuis ce fameux printemps 2022, sinon à l’avantage de l’agresseur ? Le président Macron, qui prendra la parole ce soir à 20h, jouera-t-il, une fois de plus, son célèbre « Nous sommes en guerre » ?
Sébastien Jacquart et Groupe Ecomedia.
Photo à la une : Volodymyr Zelensky, Donald Trump et J.D Vance dans le bureau ovale à la Maison Blanche, vendredi 28 février 2025. Crédit : Andrew Harnik / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AF.








quelqu’un se souvient t’il que le général Devillers à été limogé par Macron parce qu’il réclamait des moyens pour l’armée.
on a la mémoire courte