France-Suisse : 1 pandémie, 2 visions du reconfinement

par | 10 Nov 2020

Si plusieurs cantons romands viennent d’adopter le retour du semi-confinement, ce dernier reste beaucoup plus souple que chez nous, alors même que la deuxième vague y est encore plus forte.

Le paradoxe aura tenu quatre jours. Alors que la France annonçait son reconfinement, mercredi 28 octobre, le Conseil fédéral helvétique assouplissait sa politique en matière d’accueil des visiteurs étrangers : la liste rouge des pays dont les ressortissants sont soumis à une quarantaine lors de leur arrivée sur le territoire suisse ne compte plus que quatre pays et trois régions françaises (Île-de-France, Hauts-de-France, Polynésie), contre 61 pays et de nombreuses régions des pays limitrophes précédemment.

Avec cette décision, l’exécutif confédéral a pris acte qu’il était devenu abracadabrantesque de continuer d’appliquer une politique aussi stricte à des personnes en provenance de pays présentant un taux d’incidence de la Covid-19 certes élevé, mais inférieur à celui enregistré dans la Confédération où la pandémie flambe.

« LES SUISSES S’OCTROIENT LA SATISFACTION INTELLECTUELLE DE CLASSER LES LIBRAIRIES COMME COMMERCES INDISPENSABLES. »

Pour le reste, le Conseil fédéral s’est contenté d’imposer, face à cette deuxième vague, des mesures qui peuvent paraître assez “légères” vues de France : pas de confinement, pas de restriction des déplacements, fermeture totale des discothèques, ouverture des bars et restaurants autorisée jusqu’à 23 heures, autorisation des rencontres sportives professionnelles et des spectacles (avec une jauge de 50 personnes), autorisation des activités sportives et culturelles non professionnelles (jusqu’à 15 personnes). En outre, contrairement au printemps dernier, les frontières restent ouvertes avec tous les pays voisins.

Les librairies et les fleuristes restent ouverts

Toutefois, les cantons ont la possibilité d’adopter des mesures plus restrictives, ce que n’a pas hésité à faire celui de Genève – l’un des plus touchés par la deuxième vague, avec 551 patients Covid actif hospitalisés, dont 74 aux soins intensifs et intermédiaires (le 5 novembre) – en annonçant, dimanche, le retour du semi-confinement à compter du lundi 2 novembre à 19 heures et jusqu’au 29 novembre. Il a été suivi, depuis, par les cantons du Jura et de Neuchâtel et, dans une moindre mesure, de Vaud.

Toutefois, les modalités du semi-confinement genevois restent beaucoup moins contraignantes que celles de notre confinement. Première grande différence, les déplacements ne sont limités ni dans le temps ni dans l’espace. Il est néanmoins interdit de se réunir à plus de cinq personnes, en public comme en privé. L’obligation de porter un masque est étendue à certains espaces extérieurs fréquentés, comme les rues piétonnes très passantes.

« LES DÉPLACEMENTS NE SONT LIMITÉS NI DANS LE TEMPS NI DANS L’ESPACE. IL EST NÉANMOINS INTERDIT DE SE RÉUNIR À PLUS DE CINQ PERSONNES. »

Pour autant, beaucoup de salariés continuent d’aller travailler, et ceux qui ne le font pas peuvent courir au bord du lac ou se balader en montagne. Les Genevois peuvent aussi continuer à faire leurs courses en France… Si une majorité des activités ont dû fermer (bars et restaurants, cinémas, musées, salles de spectacles, coiffeurs…), un nombre non négligeable d’activités jugées « indispensables » restent ouvertes : écoles et crèches, commerces d’alimentation et de première nécessité, agences bancaires, offices postaux, agences immobilières, fleuristes, quincailleries, cordonneries, blanchisseries, serrureries, garages et librairies…

En dépit de son caractère résolument plus “light”, ce nouveau semi-confinement est loin de faire l’unanimité, tant au sein de la classe politique et des milieux d’affaires que de la population qui oscillent entre doute, colère et volontarisme.


Par Matthieu Challier

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