Malgré la nécessité de réduire les émissions de CO2 et les embouteillages sur les routes, le principe de la gratuité des transports publics fait chemin lentement, suscitant de nombreux débats.
En France, plusieurs villes ont déjà franchi le pas. En Suisse, Genève a débuté l’année en offrant la gratuité pour les jeunes.
Genève : gratuité pour les jeunes
La Suisse fait partie des pays au monde où les transports publics sont les plus utilisés par la population. Un succès qui s’explique notamment par une desserte efficace de tout le territoire. Cependant dès les années 70, différents projets communaux, cantonaux et nationaux ont régulièrement émergé pour demander la gratuité des transports publics. Mais, en lien avec les nouveaux enjeux environnementaux et sociaux au coeur des préoccupations de la population, la question de la gratuité des transports publics a gagné en visibilité, soutenue par la gauche et les Verts.
Différentes initiatives allant dans ce sens ont vu le jour, notamment dans le canton de Vaud en 2020. Une proposition exclue par le Grand Conseil qui avait donné lieu au lancement, une année plus tard, d’une initiative pour la gratuité des transports publics, récoltant plus de 17 000 signatures et dépassant ainsi largement le seuil des 12 000 signatures nécessaires pour aboutir.
En 2023, le Conseil d’Etat vaudois avait cependant révoqué sa décision de 2021 qui déclarait valide l’initiative “Pour des transports publics gratuits”, se conformant ainsi à une décision du Tribunal fédéral qui jugeait le texte contraire à la Constitution fédérale.
Genève avant-gardiste
De son côté, depuis le 1er janvier 2025, Genève permet aux jeunes jusqu’à 24 ans inclus d’utiliser gratuitement les transports publics sous réserve toutefois d’être domiciliés ou en formation dans le canton et de ne pas disposer déjà d’un revenu élevé. Avant d’aboutir, cette proposition, qui faisait suite à un excédent record de 1,4 milliard affiché par les comptes 2023 de l’Etat de Genève, avait soulevé de nombreux débats et oppositions.
En 2024, la proposition avait été acceptée, entérinant la gratuité pour les jeunes de moins de 25 ans en formation et la réduction de 50 % du prix des abonnements pour les seniors et les bénéficiaires de l’Assurance invalidité (AI). Une mesure ciblée sur une catégorie de la population qui est donc compatible avec le cadre juridique contrairement à la gratuité totale qui avait été jugée contraire à la Constitution suisse par le Tribunal fédéral en 2023.
Les jeunes doivent cependant disposer d’un abonnement SwissPass pour emprunter les transports. Le coût pour l’Etat de ces nouvelles mesures s’élève à 32 millions de francs.

France : la gratuité progresse
A l’image de ce qui se passe dans plusieurs pays européens, la question de la gratuité des transports publics se pose en France, revenant régulièrement dans l’actualité au cours des dernières années. Pour les tenants de cette proposition, l’objectif est de favoriser l’usage des transports collectifs face à l’automobile individuelle. Plusieurs villes ont déjà franchi le pas, la première au monde, en 2013, étant la capitale estonienne Tallin.
En Europe, Lisbonne et Luxembourg, notamment, ont rejoint les rangs de la gratuité. En France, une certaine tendance à développer la gratuité semble se dessiner également lorsqu’il s’agit de réseaux de moyenne et grande taille. En 2018, Dunkerque a ainsi été la première ville française à instaurer la gratuité avec succès puisqu’un an plus tard la fréquentation du réseau avait progressé de 85 %. En 2023, ce fut au tour de la métropole de Montpellier avec ses 31 communes et ses 500 000 habitants.
Expérimentation
Si la gratuité des transports publics est aussi à l’ordre du jour en Savoie et Haute-Savoie, aucun projet n’est aujourd’hui en place malgré des expériences. En 2023, par exemple, Annecy avait reconduit pour la troisième année consécutive la gratuité de ses bus pendant les mois d’été, en juillet et août, dans l’ensemble de l’agglomération.
La décision avait été accepté par une nette majorité, le Conseil communautaire du Grand Annecy ayant enregistré 80 « oui » contre cinq « non » et huit abstentions. Cette mesure avait permis de diminuer de manière significative les gaz à effet de serre pendant l’été 2023 puisque plus de 2,5 millions de personnes avaient eu recours aux bus et aux cars de l’agglomération.
La mesure n’est cependant pas reconduite en 2025 pour des raisons d’économies budgétaires. De son côté, la petite commune haut-savoyarde de Cluses s’était montrée avant-gardiste en offrant en 2008 la gratuité de ses trois lignes d’autobus desservant quotidiennement la ville. L’objectif était alors de changer les habitudes des habitants, plutôt adeptes de la voiture. En 2017, la gratuité a été abandonnée.
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