Dans une récente étude, l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes révèle que seulement 38 % du total des emplois dans la région sont compatibles avec le télétravail.
Si la volonté des grands groupes orientés vers “la tech’” ou les logiciels (X [ex-Twitter], Google, Apple, Amazon, Ubisoft…) de revenir sur le télétravail à 100 % fait grincer des dents leurs cadres et développeurs, il ne faut pas oublier que le télétravail est loin d’être accessible à tous, que soit à temps plein ou quelques heures par semaine seulement.
C’est ce que nous rappelle l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes dans une étude parue au début du mois (voir ci-dessous). « En 2021, 1 280 000 emplois (étaient) compatibles avec le télétravail en Auvergne-Rhône-Alpes », soit 38 % “seulement” des 3 300 000 emplois de la région. Un “seulement” qui mérite ses guillemets car, avec ce pourcentage, Aura est malgré tout 3e au niveau national.
Déformation francilienne
Petit bémol toutefois : Aura est certes sur le podium, mais la région est néanmoins… un point en dessous de la moyenne nationale (39 %, comme Paca, qui se classe 2e au niveau national). Explication : la moyenne est déformée par l’Île-de-France, qui cumule à la fois la plus forte population parmi les régions, avec plus de 12 millions d’habitants, et la plus forte proportion de télétravailleurs potentiels (51 %).
« À l’opposé, la Normandie et Bourgogne-Franche-Comté ont chacune 33 % d’emplois télétravaillables », précise l’Insee. Le classement des départements place le Rhône au 1er rang de la région. Et au 3e rang national, à égalité avec les Yvelines (47 %) mais derrière les Hauts-de-Seine (63 %) et Paris (56 %). À l’inverse, le Cantal et la Haute- Loire sont en queue de peloton dans la région (respectivement 28 % et 29 %) tout comme au niveau national, devançant de peu la Creuse, département qui offre le moins de postes télétravaillables (27 %).
Sans surprise, le secteur tertiaire concentre le plus grand nombre d’emplois compatibles avec le télétravail (44 %), « en raison de la nature des travaux effectués et du mode d’organisation, qui reposent sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication, bien davantage que dans les autres secteurs ». Mais des disparités existent au sein de ce secteur : « Les emplois du tertiaire non marchand sont globalement les plus télétravaillables, à hauteur de 45 % », notamment dans l’administration publique (48 %).
En revanche, les possibilités sont moins nombreuses dans l’action sociale et médico-sociale, où seulement 34 % des postes sont concernés. Un taux qui plonge à 22 % pour la santé, ne concernant quasi-uniquement que les emplois administratifs. Dans le tertiaire marchand, qui inclut le commerce, le transport et les services, 43 % des emplois sont télétravaillables en Aura.
« Les emplois des activités informatiques et des services d’information sont compatibles pour 85 % d’entre eux, suivis de ceux des activités juridiques et comptables (75 %), des activités immobilières (63 %) et des activités financières et d’assurance (61 %) », précise l’Insee Aura.

Les cadres favorisés
À l’inverse, les emplois du secteur de l’hébergement et de la restauration sont très peu conciliables avec le télétravail : 10 %. Et le constat est presque le même pour l’industrie, la construction ou l’agriculture, avec respectivement 26 %, 17 % et 8 %. Si l’on s’intéresse aux types de postes, l’Insee nous apprend que, au-delà du secteur d’activité, la dimension télétravaillable dépend aussi sensiblement du niveau de qualification.
Ainsi, deux emplois télétravaillables sur trois concernent des professions intermédiaires ou des cadres, à parts égales ; ils n’impliquent en revanche qu’un quart des employés. « La part d’emplois télétravaillables occupés par des artisans, des commerçants, des chefs d’entreprise, des ouvriers (2 %) ou des agriculteurs (3 %) est minime », car faisant « très peu appel aux technologies de l’information et de la communication » (ou exigeant, de toute façon, beaucoup de “présentiel”).
Ouvriers oubliés
Les emplois catégorisés “cadres et professions intellectuelles supérieures” sont, eux, télétravaillables pour 72 % d’entre eux. Évidemment, là encore, les disparités sont nombreuses : à qualification égale, c’est cette fois le secteur d’activité qui va faire la différence. Ainsi, parmi les emplois de cadre, ceux dans les activités financières et d’assurance, ou dans l’informatique et les services d’information, sont très largement télétravaillables (respectivement 93 % et 91 %) quand ceux concernant la santé humaine plafonnent à 37 %.
Pour les professions intermédiaires, idem. En moyenne, la compatibilité au télétravail est de 48 %. Mais elle affiche 60 % dans le commerce et 27 % seulement pour l’action sociale. Quant aux employés, la moyenne tombe à 36 %. Elle reste supérieure à 50 % dans l’administration publique (51 %), mais s’écroule à 8 % dans l’hébergement et la restauration. Enfin, pour les ouvriers et les agriculteurs, peu importe le secteur d’activité : c’est quasiment 0 % pour le travail à distance.
Avantage aux femmes
C’est l’un des enseignements surprises de cette étude de l’Insee Aura : « Les femmes, dont les emplois sont souvent de nature différente de ceux des hommes, occupent des postes télétravaillables dans 46 % des cas (en France comme en Aura), contre 32 % pour les hommes. » En cause ? « La structure des emplois occupés par les femmes explique cet état de fait », répond l’Insee.
Il y a plus de femmes avec un statut de profession intermédiaire (54 % de dames) ou d’employée (77 %), ou dans l’administration publique (59 %), alors qu’il y a plus d’hommes avec un statut d’ouvrier (79 % d’hommes) et oeuvrant dans le BTP (88 %), postes moins télétravaillables.
En outre, « quelle que soit la profession, les emplois occupés par des femmes ont toujours une part compatible avec le télétravail plus élevée que celle des emplois occupés par des hommes, à l’exception des agriculteurs exploitants », précise l’Insee, sans fournir d’explication sur ce point.
À lire
L’étude est publiée dans Insee Analyses Auvergne-Rhône-Alpes, n° 182 (novembre 2024) – Près de quatre emplois sur dix sont compatibles avec le télétravail – À retrouver ici >>
La rédaction, avec Christophe Privas et Bruno Roy (INSEE)








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