Le tunnel routier du Fréjus passe à deux tubes

par | 31 Juil 2025

En service depuis son inauguration le 28 juillet, le deuxième tube du tunnel routier du Fréjus a nécessité 700 M€ d’investissement et plus de quinze ans de travaux.

Un mois après la réouverture du tunnel de Tende reliant la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) au Piémont, Philippe Tabarot inaugurait, lundi 28 juillet, avec Matteo Salvini, vice-­président du conseil des ministres et ministre des Infrastructures de transport d’Italie, le deuxième tube du tunnel routier du Fréjus. « Ces deux ouvrages ont chacun leur histoire, mais répondent à une même exigence : garantir des liaisons transfrontalières solides, à la hauteur des besoins des territoires, et offrir des conditions de sécurité optimales aux usagers », rappelait le ministre français des Transports.

Un poste de contrôle binational

Mis en service en 1980, le tunnel routier du Fréjus s’étire, sur 12,9 km de long, entre Modane, en Savoie, et Bardonnèche, dans le Piémont. Il est, depuis le 28 juillet, le plus long tunnel routier à double tube d’Europe.

Liée à une directive européenne de 2004 sur la sécurité, la réalisation de la nouvelle galerie a fait l’objet d’une déclaration d’utilité publique signée en juin 2008. À l’époque, l’objectif est de faciliter l’intervention des secours et l’évacuation des personnes en cas de problème. Mais l’ouvrage, large de 8 mètres, est devenu, au fil du temps, un deuxième tube dédié à la circulation des véhicules dans le sens Italie-France. Parallèle au premier tunnel (désormais réservé au trafic France-Italie), dont il est séparé d’une cinquantaine de mètres, il représente un investissement de 700 M€ financés à parts égales par les deux sociétés concessionnaires : la Société française du tunnel routier du Fréjus (SFTRF), en France, et la Sitaf (Società Italiana per il Traforo Autostradale del Frejus), en Italie.

Doté d’un poste de contrôle centralisé de dernière génération permettant de surveiller l’ensemble du trafic (il est géré binationalement), le nouveau tube compte 34 abris d’urgence, 6 stations techniques souterraines accueillant les systèmes et équipements nécessaires à l’exploitation du tunnel et 9 by-pass carrossables (voies de communication pour les véhicules de secours) entre les deux galeries. S’ajoutent deux stations en mesure d’extraire rapidement les fumées en cas d’incendie.

Réemploi des matériaux excavés

Plusieurs fois retardée, en raison notamment des difficultés rencontrées dans la mise au point du système de supervision, l’ouverture du deuxième tube intervient plus de dix ans après l’achèvement des travaux d’excavation.

Engagés en décembre 2009 côté français, et un an plus tard côté italien, ces derniers ont produit plus d’un million de mètres cubes de matériaux qui ont été majoritairement réintroduits dans des projets locaux, comme l’aire de stationnement à Valfréjus, l’aire de chaînage sur la route d’accès aux stations de Valloire et Valmeinier ou encore le giratoire au pied de La Norma.

Un refinancement bancaire de 600 M€ pour la SFTRF

Cogestionnaire du tunnel routier du Fréjus avec la société italienne Sitaf, la SFTRF sécurise ses comptes grâce à un refinancement bancaire de 600 M€.

Le 30 juin, la Société française du tunnel routier du Fréjus (SFTRF) a finalisé son premier ­refinancement bancaire de long terme (vingt ans) pour un montant de 600 M€. L’opération a été conduite par un pool bancaire associant le Crédit agricole des Savoie, CaixaBank, Crédit Agricole Corporate and Investment Bank, CIC et Natixis. Le concessionnaire de l’autoroute de la Maurienne et du tunnel franco-italien du Fréjus sécurise ainsi « durablement ses équilibres financiers »et pourra « bénéficier de conditions de financement compétitives dans un contexte de marché exigeant ». Ce ­financement structurant « s’inscrit dans une logique de gestion proactive de la dette, afin de soutenir le développement et la pérennité de l’autoroute de Maurienne et du tunnel du Fréjus, infrastructure stratégique au cœur des Alpes », ajoute-t-il dans un communiqué.

Le tour de table intervient après quatre opérations de recapitalisation effectuées en 1992, 1998, 2004 et 2008 par l’État, garant de dettes qui ont été ­transformées en capital. Aux côtés des collectivités locales (0,05 %) et des chambres de commerce et d’industrie (0,01 %), ce dernier a porté sa participation à 99,94 % via le Fonds pour le développement d’une politique intermodale des transports dans le massif alpin (FDPITMA). Cet ­établissement public créé en 2012 permet de faire transiter les dividendes d’ATMB, gestionnaire du tunnel du Mont‑Blanc, pour les reverser en partie sous forme de subventions* à la SFTRF, afin de redresser des comptes qui sont dans le rouge depuis la construction de l’autoroute de la Maurienne.

Long de 67,46 km, l’ouvrage, qui dessert le tunnel du Fréjus, a été inauguré entre 1997 et 2000. Alors que son coût final a dépassé de 30 % les premières estimations pour s’établir à 1 296 M€ (valeur 2013), les prévisions de trafic et de recettes se sont révélées trop optimistes. « La rentabilité, qui était faible a priori, l’est encore plus a posteriori », notait la chambre régionale des comptes dans un rapport portant sur les ­exercices de 1993 à 2000.

* De l’ordre de 20 M€ par an jusqu’en 2050. En Isère et en Haute‑Savoie, notamment à Chamonix, des voix s’élèvent pour contester cette ­utilisation de fonds dont la vocation serait de favoriser les alternatives à la route.

6 585

C’est, en moyenne, le nombre de véhicules enregistrés quotidiennement, en 2024, au tunnel routier du Fréjus (3 116 camions et cars, 3 469 voitures et motos).

Sur l’autoroute de la Maurienne, le nombre de passages était de 12 349, répartis entre véhicules légers et motos (8 898) et poids lourds (3 451).

Des reports de trafic qui profitent au Fréjus

Basée à Modane, la Société française du tunnel routier du Fréjus (SFTRF), qui emploie 300 salariés, a bénéficié d’importants reports de trafic en 2024, en raison des fermetures du tunnel du Mont-Blanc (15 semaines de travaux préparatoires à la rénovation de la voûte) et de la voie ferrée à La Praz (suite à l’éboulement d’août 2023), mais aussi de l’interdiction aux poids lourds de la bretelle Ivrea-Santhià sur l’itinéraire Milan-Aoste (Italie). Ce contexte a permis une progression de 22,4 % de son chiffre d’affaires, à 228,2 M€, avec un résultat net de 109,8 M€ (71,6 M€ en 2023). Ses investissements se sont élevés au total à 22,8 M€, dont 10,9 M€ pour le tunnel et 11,8 M€ pour l’autoroute de la Maurienne. L’exercice a aussi été marqué par le remboursement d’un emprunt de 45 M€ et par un renforcement des capitaux propres, passés de 347 à 454,9 M€ grâce aux résultats des derniers exercices. La prochaine fermeture du tunnel du Mont-Blanc, du 1er septembre au 12 décembre, devrait permettre à la société de poursuivre le redressement de ses comptes.

Sophie Boutrelle

Crédit photo : SFTRF

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