Les frontaliers optent moins pour la Sécu

par | 26 Fév 2026

L’Urssaf a dressé le portrait-robot du travailleur suisse résident en France, sur la base des adhésions à l’Assurance maladie française. Un choix majoritaire, mais qui s’érode.

C’est un homme de 43 ans, salarié dans le canton de Genève pour un revenu de référence moyen de 59 790 euros en 2023 (+7 %), qui habite en Haute-Savoie et parcourt 32 km par jour de trajets domicile-travail. Tel est le portrait-robot du travailleur frontalier réalisé par les Urssaf Rhône-Alpes et Franche-Comté, sur la base des adhésions au régime français de protection sociale.

Or, si ceux qui ont retenu ce choix restent majoritaires (64 %), leur nombre baisse. On comptait en France, en 2024, 234 000 travailleurs frontaliers (+4,5 %). Mais seuls 149 000 adhéraient à la Sécu, en baisse de 2 %, après déjà -4 % l’année d’avant.

Au moins deux raisons expliquent cette désaffection. D’abord, depuis 2014, les frontaliers relèvent par défaut de l’Assurance maladie en Suisse (LAMal), mais disposent d’un droit d’option pour l’Assurance maladie française, à exercer dans un délai de trois mois à compter de la prise d’emploi. Il n’est plus possible ensuite de revenir sur sa décision, sauf à changer d’employeur.

« Passés de 79 % d’adhésion en 2021 à 64 % aujourd’hui, nous sommes sur une tendance de long terme, peut-être en lien avec l’offre de soins côté français », avance ensuite Frédérique Miny, directrice de l’Urssaf Rhône-Alpes.

Pour le reste, les statistiques de l’organisme public de recouvrement des cotisations sociales relèvent que plus de 90 % des travailleurs frontaliers se concentrent dans quatre départements. La Haute-Savoie caracole en tête avec 43 % d’entre eux, l’Ain ferme la marche avec 11 %, derrière le Doubs (20 %) et le Haut-Rhin (14 %). Ainsi, cette population représente 18,6 % des salariés haut-savoyards et 6,1 % des salariés aindinois.

Les frontaliers exercent en majorité dans le canton de Genève (48 %), suivi du canton de Vaud (19 %), de la ville de Bâle (8 %) et de Neufchâtel (7 %). Dans le Genevois, 74 % de ces travailleurs viennent de Haute-Savoie, 19 % de l’Ain. Dans le Vaudois, les provenances se partagent entre la Haute-Savoie (32 %), le Doubs (25 %), l’Ain (21 %) et le Jura (15 %).

Leurs principaux secteurs d’activité sont l’industrie (20 %), les services administratifs et de soutien (13 %), le commerce et la réparation auto-moto (13 %), la santé (11 %), les activités spécialisées, scientifiques et techniques (10,5 %). Mais ces proportions varient d’un territoire d’origine à l’autre.

Dans l’Ain comme en Haute-Savoie, seuls 12 % des frontaliers œuvrent dans l’industrie, contre respectivement 15 % et 14 % dans le commerce, 11 % et 14 % dans la santé, 10 % dans les activités spécialisées. Ceci peut expliquer des différences de revenus moyens, les plus élevés se trouvant dans l’Ain (66 024 €), suivi de la Haute-Savoie (64 882 €).

L’Urssaf et les frontaliers

L’Urssaf Rhône-Alpes dénombrait en 2024, 87 400 comptes frontaliers. Elle a procédé à 320 millions d’euros d’encaissement de cotisations sur ces publics, avec 7,8 % de reste à recouvrer qui l’ont conduit à accorder 2 500 délais de paiement. Elle a reçu 43 500 appels, traité 139 800 courriels et renseigné 800 frontaliers lors de ses accueils sur rendez-vous, sur le site de Seynod (les lundi, mercredi et jeudi de 8 h 30  à 12 h 30).

Ce public bénéficie en effet de modalités de contact dédiées, avec une plateforme téléphonique (0 806 807 713) où un voicebot répond aux questions simples en dehors des plages d’ouverture (de 9 heures à 17 heures, du lundi au vendredi), un chatbot et, aux mêmes horaires d’ouverture, un livechat sur urssaf.fr. Le compte en ligne sert à déclarer ses revenus, payer ses cotisations, télécharger des attestations, contacter un conseiller par messagerie sécurisée.


Sébastien Jacquart

1 Commentaire

  1. LC

    Tiens donc, c’est étonnant ! Il semblerait que le petit tour de Marisol Touraine ne tiens pas dans le temps…
    En effet, les frontaliers qui avaient optés pour le choix d’une assurance privée ont été contraints et forcés de s’affilier à la Sécu en 2014.
    Plus qu’une problématique d’offre de soins, c’est surtout un rapport prix/prestations qui ne va pas. Les nouveaux frontaliers et ceux ayant changés d’employeur ne sont pas dupes.
    Au lieu d’avoir créé artificiellement une situation pour faire rentrer quelques euros dans les caisses d’un système à la dérive, il aurait été plus sage de se poser les bonnes questions.
    (Mettez un taux à 4%, vous allez voir, les cotisants reviendrons…).

    Réponse

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