Ain : les Trophées ECO se penchent sur la relocalisation

par | 15 Déc 2022

Entre atouts et handicaps, le département de l’Ain serait plutôt bien armé pour une réindustrialisation de son territoire.

Les crises traversées ces dernières années ont mis en lumière la nécessité de relocaliser un certain nombre de productions. Lesquelles ? Comment ? Le sujet a été abordé à l’occasion des Trophées Éco 2022, organisés pour la parution de la cinquième édition de notre hors-série Top 300, en partenariat avec Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises, le Département de l’Ain et la Banque Populaire Bourgogne-Franche-Comté et Pays de l’Ain.

Produire local est possible. C’est l’exemple qu’offre Eco Mobilité de l’Ain, société créée par six entreprises aindinoises pour produire le vélo électrique Radior. Les pièces de ce dernier proviennent à 80 % d’Auvergne-Rhône-Alpes, sinon de France. Seuls les freins sont allemands, faute de fabricant hexagonal. « Notre groupement d’entreprises nous a permis de créer un prototype en seulement trois mois, là où il faut normalement entre deux et quatre ans. Cela a été une force, la force du collectif. Nous avons aussi eu des aides de la Région, notamment, et les banquiers nous ont suivi », explique Christophe Subtil, l’un des industriels à l’origine du projet.

Pour Stéphanie Pernod, première vice-présidente déléguée à l’économie et au numérique du Conseil régional, le territoire ne manque pas d’atouts pour une réindustrialisation. « Auvergne-Rhône-Alpes a la chance de rassembler l’ensemble des filières qui existent, toutes pérennes, de posséder un véritable écosystème, organisé de façon historique, au sein des différents territoires. Quelques années en arrière, cela n’aurait pas été gagné de relocaliser la production d’un vélo électrique et de ses composants. Aujourd’hui, un tel projet redevient possible non seulement grâce aux entreprises qui ont relevé le défi, mais également grâce à une prise de conscience de l’intérêt de réindustrialiser. » Autoroutes, réseau ferroviaire, Rhône et Saône… La région est par ailleurs bien placée en termes d’infrastructures, ce qui favorise la poursuite de son développement.

Le territoire compte près de 380 zones d’activités. Plus de 300 ha de foncier économique sont disponibles sur le département.

L’énergie laissée de côté

Si nos territoires ont des atouts, ils souffrent malheureusement, aussi, de certains handicaps, au premier rang desquels figurent les enjeux énergétiques. « D’autres pays de l’Union européenne ont un point de vue sur les énergies beaucoup plus intéressant que le nôtre. Nous sommes complètement déclassés », déplore Stéphanie Pernod. Une opinion partagée par Patrice Fontenat, dirigeant de Fontenat TP, président de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ain, pour qui le sujet de l’énergie peut conduire à un retard du processus de relocalisation, sinon à de nouvelles délocalisations.

Et Pierre-Marie Philipps, conseiller départemental, président de la commission de l’économie et des affaires transfrontalières, de renchérir : « Nous avons longtemps profité d’une énergie abondante et peu coûteuse grâce au nucléaire. Aussi, le sujet était laissé de côté. Si on avait investi plus tôt dans les énergies renouvelables, les entreprises auraient pu s’équiper en panneaux solaires. Désormais, le piège énergétique s’est refermé et cela va nous coûter très cher. »

Maria Pelletier, dirigeante de Moulin Marion, présidente de l’ONG Générations Futures et marraine de la soirée, s’agace de la situation : « Nous subissons tous une très forte pression dans nos entreprises. Des problèmes sociaux, énergétiques, environnementaux, de santé… perturbent aussi nos sociétés en générant de l’absentéisme. Tout cela est dû à un manque d’anticipation. Cette crise de l’énergie était prévisible depuis un certain nombre d’années. Nous mettons cela sur le compte d’une guerre qui n’est pas agréable, mais qui n’a pas tous les torts. » Son entreprise, elle, a recours à la géothermie et au photovoltaïque depuis une quinzaine d’années, déjà.

L’énergie n’est pas le seul sujet de préoccupation pour les années à venir. Le foncier en représente un également. Christophe Subtil en témoigne, Éco Mobilité de l’Ain peine à trouver un local qui lui convient sur Bourg. Et la Zéro artificialisation nette (ZAN) complique la donne, diminuant le nombre de terrains accessibles. « Cette loi va être dangereuse pour les zones rurales. Elle risque de créer un vrai déséquilibre avec les villes qui seront de plus en plus denses. Les zones d’activités se densifieront également au détriment des villages, qui verront fermer leurs écoles et commerces faute d’activité sur leur territoire, donc d’habitants », estime Stéphanie Pernod.

La requalification des friches constitue une réponse, mais insuffisante. « Dans l’Ain, le stock n’est pas si élevé, de l’ordre d’une centaine d’hectares, note Pierre-Marie Phillips. Et les contraintes sont nombreuses : il faut parvenir à retrouver le propriétaire, négocier le terrain et bien souvent le dépolluer. » Moulin Marion a pourtant fait le choix militant de réhabiliter une usine plutôt que d’acquérir un terrain vierge, pour la construction de ses nouveaux silos. Une décision engagée, nécessairement plus coûteuse et qui, selon Patrice Fontenat, peut même se révéler limitante. Celui-ci rappelle en effet qu’à l’installation, les entreprises ont souvent besoin de parcelles un peu plus grandes, en prévision de leurs développements futurs.

L’Ain possède la 3ème plus forte croissance démographique annuelle nationale entre 2013 et 2050 selon les projections de l’Insee.

Des solutions

Face à ces enjeux, les entreprises ne manquent pas de soutiens. « Sur chaque département, Auvergne-Rhône-Alpes Entreprises réalise un travail d’accompagnement en fonction de leurs besoins. Il ne s’agit pas seulement de verser des subsides, mais d’apporter de l’information, des solutions de formation ou encore, de mettre en relation », développe Stéphanie Pernod. « Nous travaillons l’attractivité du territoire de manière à ce que l’on ne se contente pas d’y passer, mais que l’on s’y arrête et même que l’on ait l’envie de s’installer », ajoute Pierre-Marie Philipps.

De plus, en soutenant la construction de logements sociaux, le Conseil départemental participe à l’arrivée de nouveaux travailleurs sur l’Ain. Deux axes qui visent à favoriser indirectement les recrutements. La CCI, elle, peut apporter sa connaissance fine du territoire. « Dans l’Ain, nous avons tout ce qu’il faut. Si une entreprise souhaite lancer un projet, nous pourrons la mettre en relation avec des partenaires potentiels », souligne Patrice Fontenat.

Finalement, les questions de foncier ou les enjeux énergétiques peuvent freiner son développement, le territoire bénéficie de la synergie des entreprises, des collectivités et des chambres consulaires. De quoi permettre de belles implantations et extensions.


Les lauréats de Trophées Éco 2022

Pour la sortie du hors-série Top 300, l’Eco de l’Ain a remis cinq prix. Le Trophée de la meilleure entrée dans le top a été attribué à Plialu, société parvenue directement à la 285e position grâce à une progression régulière sur les dernières années. Avec +138 % au classement des plus fortes hausses de chiffre d’affaires, Promens, fabricante d’emballages plastiques, remporte également un trophée. Spécialisée dans la signalétique touristique et le mobilier d’extérieur en bois, Pic Bois est pour sa part lauréate de la catégorie environnement. Pour le Trophée de l’initiative RH, Pi Install et son école intégrée pour la formation de ses équipes et, particulièrement, de ses nouvelles recrues, ont été retenues. Enfin, N2JSoft remporte le Trophée de l’initiative innovation. La société développe des logiciels destinés aux services de ressources humaines.

Lauréats et partenaires Trophées Eco 2022

Joséphine Jossermoz

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