Prix de l’énergie : les stations de ski “survoltées”

par | 9 septembre 2022 à 7H15

La forte hausse des prix de l’électricité fait exploser les comptes de résultat des exploitants de remontées mécaniques et des communes… au point de mettre en péril l’activité de certains.

À trois mois de l’ouverture des stations de ski, les exploitants de remontées mécaniques tirent la sonnette d’alarme. Près de 30 % d’entre eux doivent renégocier avec leurs fournisseurs d’énergie or, les coûts ont été multipliés par douze, voire plus, par rapport aux anciens contrats.

Il évoque aussi une véritable bulle spéculative. « C’est démentiel ! ces dernières semaines, il n’y a plus de prix… ils sont totalement décorrélés de la réalité. » Fin août, le prix de gros du mégawattheure a franchi la barre des 1 100 euros, contre environ… 85 euros il y a un an. Sous le double effet de la hausse du prix du gaz et de l’arrêt temporaire de 32 des 56 réacteurs nucléaires français d’EDF. « Et depuis début septembre, c’est “no limit ! ” », ajoute Laurent Reynaud. Au point que « les fournisseurs d’énergie ne proposent plus de contrats à cause de la volatilité des prix. »

« Alors que l’électricité pesait 3 à 5 % du chiffre d’affaires avant crise, sa part atteint désormais 15 à 20 % », détaille Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France (DSF), qui regroupe 230 exploitants.

Miser sur la sobriété énergétique

Alors, comment exploitants et délégants (les maires des stations) peuvent-ils absorber une telle hausse ? Si des réflexions portent sur l’allègement des systèmes, la fermeture des appareils en doublon, la réduction de la vitesse des remontées débrayables ainsi que des horaires d’ouverture (hors vacances scolaires), tous ou presque anticipent des pertes. Les mesures annoncées par la Première ministre visant à réduire la facture énergétique de 10 % a minima sur deux ans ne suffiront pas. « C’est tout simplement impossible et l’État devra nous soutenir pour compenser », rétorque Jean-Yves Remy, président du groupe Labellemontagne (cf. encadré).

Dans cette course effrénée à la fourniture d’électricité, seuls les opérateurs ayant négocié leur contrat avant la guerre en Ukraine seront épargnés. C’est le cas notamment de la Compagnie du Mont-Blanc, exploitant des domaines skiables de Chamonix, des Houches et de Megève, qui a anticipé et sécurisé un prix à 53 euros du mégawattheure jusqu’à fin 2023. Son président Mathieu Dechavanne, qui assure par conséquent qu’aucun site ne sera fermé, intensifie aussi son plan de sobriété énergétique et vise 10 à 15 % d’économies l’an prochain.

De son côté, la Compagnie des Alpes (CDA), à la tête de dix grands domaines skiables, avait signé une garantie de fourniture à 55 euros avec le Suisse Alpiq sur trois ans, avant de basculer en partie chez EDF en 2023 pour deux ans, après des négociations complexes. « Nous avons toujours fait le choix de traiter en direct avec des producteurs fournisseurs (plutôt que des traders) pour sécuriser nos contrats », insiste David Ponson, directeur de la division Domaines skiables et Activités outdoor à la CDA.

« Nous ne devrions pas non plus être impactés, comme d’ailleurs d’autres opérateurs dans les Alpes, par le délestage évoqué par Élisabeth Borne, du fait de notre proximité avec les transporteurs RTE et Enedis. Et si cela devait se produire, ce serait en janvier et les coupures ne dureraient pas plus de deux heures », poursuit-il. Le poste énergie de la Compagnie des Alpes s’élève désormais à 23 millions d’euros mais le dirigeant s’affiche confiant, comme pour contrecarrer la sinistrose : « Tous nos domaines skiables seront ouverts. »

Des pertes anticipées

Pour les autres opérateurs, l’hiver 2022-2023 s’annonce parfois difficile.

« Les petites stations, qui renégocient actuellement leurs contrats, vont se retrouver dans une situation très compliquée, avec pour certaines l’impossibilité de payer », pointe DSF.

Aujourd’hui, plusieurs se demandent si elles pourront ouvrir. Conscients qu’il faut changer de paradigme dans un contexte de réchauffement climatique, stations et opérateurs réfléchissent à plus long terme à accélérer leur transition énergétique en investissant, à l’instar de la CDA, dans l’hydraulique, le photovoltaïque et les autres énergies renouvelables.


Jean-Yves Remy, président de Labellemontagne : « Il faut un soutien de l’État »
« Alors que nous travaillons d’arrache-pied à la sobriété énergétique, vient encore se greffer la flambée des prix de l’électricité », déplore Jean-Yves Remy, président du groupe Labellemontagne (7 domaines skiables ; 80 M€ de chiffre d’affaires, 1 200 salariés en saison).
« Nous sommes victimes du système, les prix sont déconnectés du coût réel de l’énergie. » Certains de ses contrats d’approvisionnement courent jusqu’en 2023, mais d’autres sont échus. L’opérateur est alors contraint d’acheter l’électricité à la bourse, sur fonds de spéculation. « Plus nous achetons à longue échéance, moins nous payons cher : actuellement autour de 250 euros pour 2025… mais c’est quand même cinq fois plus que l’an dernier ! Et pour 2023, il y a une vraie poussée de fièvre », pointe le dirigeant, convaincu que « cette facture insupportable nécessite un soutien partiel de l’État. » Comme d’autres, Labellemontagne, qui veut pourtant limiter l’impact sur les usagers, prévoit une augmentation de 10 à 15 % du prix de ses forfaits cet hiver, « pour pouvoir maintenir notre activité. »


Patricia Rey
Photo Une de la télécabine de Tovière à Tignes (crédit P.Rey)


0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

Dans un contexte de forte contraction de l’activité, la profession du BTP observe une baisse d’environ 20 % du nombre d’appels d’offres dans l’Ain sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à 2025.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Plus de 20 M€ pour la mobilité dans le Genevois

Une convention entre le Département de la Haute-Savoie et le Pôle métropolitain du Genevois français entérine l'affectation de 20,2 M€ à deux projets liés aux transports en commun sur Annemasse. Martial Saddier, Président du Département de la Haute-Savoie, et Gabriel...

Une nouvelle page à écrire ensemble

Le voici. Ce premier numéro mensuel d’Eco Savoie Mont Blanc marque une nouvelle étape dans l’histoire de notre journal. Un moment important, préparé avec enthousiasme et porté par une conviction : dans un monde où l’information circule toujours plus vite, prendre le...

L’Etat affiche son soutien à l’industrie

La préfecture de Région vient de piloter un “Comité de l’administration régionale” consacré à l’industrie. Trois priorités sont affichées. Première région industrielle de France, avec plus de 500 000 emplois industriels, Auvergne-Rhône-Alpes dispose d’un tissu...

Guillaume Lachenal redevient le premier actionnaire de Miliboo

Dans un communiqué officiel, la marque annonce le rachat des parts du Groupe M6 et d’une partie des actions d'Auriga Partners par le dirigeant fondateur. Explications. Miliboo, la marque digitale d’ameublement, ouvre une nouvelle étape de son développement avec le...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé