Un collectif d’habitants veut ériger un « Naturoscope » sur le site qui accueillait l’ancienne discothèque. Seul problème, il n’a pas encore pris la peine de contacter le propriétaire. Et c’est volontaire…
C’est une floraison singulière qui s’est produite dans le Genevois début juin. Çà et là, des banderoles « Save Macumba » ont essaimé, comme sur l’A40 au niveau de la sortie 14 pour Annemasse, ou sur les vestiges de l’ex-plus grande discothèque de France qui a fermé ses portes depuis 2015. De quoi alimenter le buzz autour d’une pétition lancée sur le site Mes Opinions demandant l’abandon du projet de réhabilitation du site porté par Migros France au profit d’un projet alternatif de « Naturoscope ». « Il s’agirait d’un lieu hybride permettant de se rencontrer, d’interagir et de collaborer dans un environnement de divertissement et de pédagogie autour de la culture et des sciences, et dédié à l’appréciation de la nature », expliquent Kai et Nicole Meliora, un couple de trentenaires à la genèse du projet désormais porté par un collectif d’une dizaine d’habitants. Natifs de la région, ils ont fréquenté le Macumba dans leur adolescence et aimeraient redonner une seconde vie à ce lieu.
Sorte de croisement entre le Futuroscope, la Géode et l’Eden Project des Cornouailles (un complexe dédié à la nature et au développement durable au sud du Royaume-Uni), leur Naturoscope comprendrait notamment : un planétarium/cinéma dôme pédagogique, une salle de concert hologramme, une arène de musique électronique, un espace polyvalent dédié aux disciplines de bien-être et un jardin botanique intérieur. Autour de ce cœur, se déploierait un pourtour dédié aux activités commerciales, faisant la part belle à l’artisanat et aux initiatives locales. Ce complexe “hybrido-commercial” respecterait un objectif de neutralité carbone et serait géré dans le cadre d’une entreprise solidaire à utilité sociale (Esus).
Approche disruptive
Même si le projet puisse paraître un peu hors-sol, Kai Meliora, qui revendique une solide expérience d’entrepreneur à Londres dans les services digitaux aux acteurs bancaires, assure de la solidité de la démarche. Bien qu’il ne dispose pas, à ce stade, d’un véritable plan d’affaires, le collectif esquisse la création de près de 200 emplois et la perspective d’un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 20 à 30 millions d’euros (M€). L’investissement nécessaire devrait osciller entre 30 et 40 M€, avec un tour de table qui se ventilerait comme suit : 10 % de financement participatif, 20 à 40 % d’acteurs privés, 20 à 40 % de prêts Finansol, et 20 à 40 % de financements publics…
Mais pourquoi lancer ce projet maintenant, alors que le Macumba est fermé depuis 2015 et que Migros France a officialisé son projet d’extension depuis décembre 2017 ? « Nous pensons que la pandémie, qui a fragilisé les acteurs de l’immobilier commercial comme Unibail-Rodamco-Westfield, le leader du secteur qui est aussi coporteur du projet avec Migros, nous offre une fenêtre de tir unique. »
Certes, mais pourquoi ne pas encore avoir contacté Migros France ? « Nous pratiquons un activisme entrepreneurial régional », revendique Kai Meliora. « Cette approche disruptive est la seule manière d’aller vite et de faire avancer nos idées innovantes. Notre objectif, c’est de faire comprendre à Migros qu’il n’est plus possible de construire un énième centre commercial. Nous voulons les aider à ouvrir les yeux pour construire un projet alternatif qui soit à la pointe au niveau économique, écologique et artistique. » Car l’objectif du collectif n’est pas de travailler “contre” mais “avec” la coopérative helvétique.
En attendant, les activistes se laissent l’été pour préciser les contours de leur projet et, surtout, obtenir le soutien populaire et public dont ils savent avoir besoin pour instaurer un rapport de force avec Migros et la pousser à revoir sa copie. « Nous visons au moins 10 000 signatures d’ici début septembre [ndlr : 1 658 signatures le 24 juin]. Si la population adhère à notre projet, nous irons jusqu’au bout. »
© Alexandre FayolleMatthieu Challier
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