Alors que le secteur médical représente 8 % de l’empreinte carbone nationale, selon The Shift Project, la question du recyclage des plastiques médicaux devient un enjeu stratégique.
Tubulures, blisters, poches, seringues, masques… Le plastique est omniprésent dans les dispositifs médicaux, pourtant, il est encore majoritairement incinéré ou enfoui. Pourquoi ? Les plastiques à usage médical doivent répondre à des exigences strictes de traçabilité, d’hygiène, de compatibilité avec la stérilisation, ou encore de résistance thermique. Tout changement de matériau implique des tests et des requalifications techniques longs et coûteux.
Par ailleurs, les volumes à recycler sont faibles, très dispersés entre les établissements, et les plastiques sont extrêmement variés – souvent composites, parfois multicouches, rarement triés à la source. La collecte est complexe, d’autant que les équipes hospitalières ne sont ni formées ni outillées pour trier correctement les flux.
« Au-delà des technologies, c’est un changement de culture qui s’impose. Si le médical est pour l’instant globalement exempté des obligations de recyclage imposées à d’autres industries, il est probable que les régulations évolueront dans les années à venir. Mieux vaut donc anticiper. »
Initiatives locales

Face à ces freins, plusieurs projets pilotes émergent. En Nouvelle-Aquitaine, le projet Recysanté, soutenu par l’Agence de la transition écologique (Ademe), mobilise quatre hôpitaux (Limoges, Poitiers, Angoulême, Périgueux) pour tester le tri, caractériser les flux de plastiques et amorcer une structuration territoriale. Le programme VinylPlus, en Belgique, pour collecter et recycler du PVC médical dans 25 hôpitaux est dupliqué en France : une démarche similaire est en cours de lancement avec les Hospices civils de Lyon dans le but de créer une filière régionalisée.
Certaines entreprises misent sur le recyclage chimique, qui permet de dépolymériser la matière pour la transformer en résine vierge, comme la société Selenis. Ou Evertis, qui développe des solutions pour refabriquer des blisters médicaux à partir de plastiques recyclés, tout en respectant les contraintes réglementaires. L’écoconception offre également des perspectives prometteuses autour de matériels en partie réutilisables.
« Malgré ces initiatives, la filière reste très morcelée. Il y a beaucoup de projets intéressants, mais ils sont encore trop isolés », constate Nicolas Longhitano, chargé de mission “innovation” pour Polymeris (Pays de la Loire). « Il manque encore une vision d’ensemble, une cartographie précise des gisements et une coordination entre les différents maillons. »
Vers une évolution réglementaire
Au-delà des technologies, c’est un changement de culture qui s’impose. Si le médical est pour l’instant globalement exempté des obligations de recyclage imposées à d’autres industries, il est probable que les régulations évolueront dans les années à venir. Mieux vaut donc anticiper. Des structures comme Polymeris jouent un rôle clé dans cette orchestration, en fédérant les initiatives, en identifiant les verrous techniques ou logistiques, et en facilitant l’ancrage territorial des futures filières.
Le développement local est en effet crucial, notamment pour limiter l’impact carbone du transport. Une chose est sûre, le recyclage des plastiques médicaux ne se fera pas sans une mobilisation conjointe de toute la chaîne de valeur. Et sans doute aussi, sans innovation pour sortir des sentiers battus et expérimenter de nouvelles façons de concevoir, collecter et valoriser les matériaux qui contribuent à la santé des populations et dont l’usage et la recyclabilité ont un fort impact sur l’environnement.
Sandra Molloy
Photo à la une de Jonathan Borba sur Unsplash









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