Le palmarès des 4e Trophées ECO met en valeur cinq pépites de l’économie de Savoie Mont Blanc : deux de Savoie, deux de Haute-Savoie et une bilocalisée.
« Être utile. » C’est sur cette valeur qu’Olivier Balima, directeur adjoint du Crédit agricole des Savoie (CADS), a insisté lors de son mot d’introduction de la grande soirée Trophées ECO – Top 500, le 9 décembre, au siège du CADS à La Motte-Servolex. Et s’il a souligné que le Crédit agricole s’appliquait, lui aussi, à être utile au territoire, c’est surtout les entreprises récompensées par ces Trophées ECO que le dirigeant souhaitait mettre en valeur.
Pour le directeur, pas de doute : « être utile » génère un cercle vertueux en rendant l’entreprise plus attractive et ainsi plus performante, favorisant alors son développement. Le palmarès 2025 des Trophées ECO lui donne une nouvelle fois raison. Organisés depuis quatre ans, en partenariat, par ECO Savoie Mont Blanc et le Crédit agricole, les Trophées ECO sont attribués dans cinq catégories.
La première est “comptable” : elle distingue la meilleure entrée dans notre Top 500, dont l’édition 2025 vient de paraître. Les quatre autres sont thématiques : Innovation, Environnement, RH/Management, et Coup de coeur. C’est alors un jury qui les attribue. Outre les deux coorganisateurs, il était cette année composé de la chambre de métiers et de l’artisanat, du réseau “Les Entreprises s’engagent” (pour ces deux organismes, il s’agit de l’antenne Savoie, en lien avec le lieu de la cérémonie, qui alterne entre le “73” et le “74” d’une année à l’autre) et de l’Université Savoie Mont Blanc (et sa Fondation).
Chaque juré apporte ses propositions de “nominés” puis, en deux sessions, le jury échange, “écrème” et, enfin, désigne les lauréats. Bien que cornélienne, la sélection demeure toujours consensuelle. D’année en année, le palmarès distingue de nombreuses PME souvent peu médiatiques mais aussi remarquables qu’inspirantes : en les mettant en lumière les Trophées éco s’appliquent, eux aussi, à « être utiles ».

Meilleure entrée au Top 500 : Atawey
Avec un chiffre d’affaires (CA) de 18 M€ – soit… six fois plus que trois ans auparavant ! – la Savoyarde Atawey, basée au Bourget-du-Lac, est la “meilleure entrée” dans l’édition 2025 du Top 500 (assis sur les CA de l’exercice 2024) : elle intègre le classement à la 394e place. Comment expliquer la “super croissance” du spécialiste des stations de recharge d’hydrogène pour véhicules ?

D’une part, par un marché encore très jeune qui continue de grandir, a expliqué son dirigeant fondateur, Jean-Michel Amaré (par ailleurs président du Medef 73) en recevant son trophée. D’autre part, par l’augmentation du prix unitaire des stations vendues, de plus en plus destinées aux véhicules lourds (donc plus complexes et imposantes), le segment qui tire actuellement le mieux le marché.
Enfin, la PME de 150 personnes, qui a repris l’activité “stations de recharge” de l’Isérois McPhy en 2024, a commencé à conquérir l’Europe, en commençant par le Sud (Espagne, Italie) et roulant maintenant vers le Benelux et l’Europe du Nord.
Un déploiement international qui explique en partie l’augmentation de capital annoncée en juin (Éco du 4 juillet) et qui devrait être le principal moteur de croissance de l’entreprise, freinée dans son essor en France par les soubresauts politiques, alors que les collectivités constituent une part conséquente de sa clientèle.
Trophée “Initiative Innovation” : Savelec
Savelec est une TPE/PME (8 salariés ; 1,8 M€ de CA 2024 ; La Tour-en-Maurienne) spécialisée en électronique. Avec plus de 1 300 projets de R & D à son actif, elle jouit d’une belle réputation auprès de clients beaucoup plus grands, dans des domaines aussi variés que les caisses et distributeurs, le matériel médical, l’automobile, les énergies nouvelles, l’aéronautique…

En 2022, Dominique Tireau, son dirigeant, accepte d’aider bénévolement deux jeunes Parisiens dans leur projet d’études : créer des “gobelets festifs”, sur commande. L’affaire est vite bouclée mais les deux étudiants reviennent quelques mois plus tard : l’un d’eux a été drogué à son insu lors d’une fête et ils se demandent si un détecteur électronique ne pourrait pas être mis au point.
Savelec relève le défi, s’adjoint des renforts en chimie et voilà le BeSafe, sorte de crayon capable de détecter la présence de multiples drogues existantes et pouvant faire l’objet de mises à jour pour les nouvelles. Quelques dizaines de prototypes sont actuellement en cours de test “sur le terrain”, en partenariat avec des producteurs de boissons.
Les premières préséries, entièrement assemblées en Maurienne, sont attendues pour début 2026. À terme, le marché annuel de cette solution pour l’instant sans concurrence pourrait se compter en centaines de milliers d’unités, en France et à l’international.
Trophée “Initiative RH” : FT Industrie
Quand on a travaillé comme salarié pendant une quinzaine d’années et qu’on se retrouve dirigeant actionnaire sans trop l’avoir voulu, « forcément, ça influe sur la manière de diriger ! », sourit Julien Brasier, qui a repris Entreprise Marcel-Ferry à la barre du tribunal de commerce, fin 2015, avec quatre collègues. Non seulement la liquidation a été évitée mais, en dix ans, la PME de Marnaz, rebaptisée FT Industrie, a triplé ses effectifs (de 8 à 24) et son chiffre d’affaires (3 M€ aujourd’hui).

La société accorde une grande place à la formation interne, préférant miser sur les capacités d’adaptation des recrues (à l’entreprise, à l’équipe et aux missions) plutôt que sur des compétences techniques.
Écoute, confiance, flexibilité et responsabilisation sont les maîtres mots côté organisation. Avantages sociaux, intéressement et primes complètent la palette côté financier. Sans oublier les évolutions de carrière, possibles malgré la petite taille de la société, y compris – comme ce fut le cas cette année – pour les salariées en retour de congé maternité.
« Les femmes représentent la moitié de l’effectif, ce n’est pas si courant dans le décolletage-usinage », précise le dirigeant, qui avoue les affecter en priorité sur les productions pour l’horlogerie (l’un des quatre grands marchés servis, avec la défense, le médical et l’aéronautique), où leur minutie est particulièrement appréciée.
Trophée “Initiative Environnement” : Cixi
Arnaud Junet est venu chercher le Trophée de Cixi… avec son vélo. Logique : l’entreprise de Poisy (près d’Annecy) est spécialisée dans la fabrication de kits pour vélos électriques. Au coeur de ces kits : le pédalier Pers à transmission électrique (pas de chaîne ni courroie), entouré de la batterie et des logiciels de pilotage. Fruit de dix ans de R & D, l’innovation a trouvé, en 2025, ses premiers clients : une trentaine de fabricants de vélos électriques “classiques” ou spéciaux (tricycles, cargos, vélos couchés…), basés en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

Cixi vient donc de se lancer dans un quasi-doublement de ses locaux, afin de pouvoir accueillir des chaînes de montage et va donc aussi faire grandir et diversifier ses effectifs (une centaine de personnes, pour l’instant essentiellement des ingénieurs). Si tout se passe bien, le chiffre d’affaires devrait décoller dès l’année prochaine (0,5 M€ en 2025, plus de 5 M€ attendus en 2026) et s’envoler ensuite.
Le Pers marque une avancée pour la santé : l’objectif premier du fondateur de Cixi, Pierre Francis, était de lutter contre la sédentarité en proposant un mode de déplacement efficace (vitesse, autonomie…) basé sur l’activité physique sans pour autant être sportif.
Mais en participant à la décarbonation des transports, Cixi oeuvre à l’amélioration de l’environnement. Et pas seulement en ville : le Pers n’est que “la première roue du carrosse” puisque la société poursuit le développement de son Vigoz, un véhicule caréné à pédales et à assistance électrique, capable de rouler… à 120 km et homologué pour l’autoroute.
Coup de coeur du jury : Leztroy
Des trois cuisiniers fondateurs qui ont donné leur nom à la société Leztroy (prononcer donc bien “les trois”), seul Jean- Rémy Oriol demeure en poste. Mais si l’organigramme bouge, la philosophie, elle, reste immuable : une cuisine collective de qualité, basée sur les produits locaux et de saison. « 80 % de nos achats de matières premières sont réalisés dans un rayon de 100 km autour d’Annecy, dont 47 % en direct et en circuit court.

Cela représente 5,7 M€ de retombées pour le territoire », explique le président de la société. Avec ses fournisseurs, Leztroy vise le “juste prix” et des relations durables et de confiance. Elle va même jusqu’à accompagner (avantages tarifaires) ceux qui souhaitent passer au bio pendant leurs trois ans de conversion.
« Ce lien fort nous a bien aidés, en 2022-2023, quand les prix augmentaient partout : nos producteurs nous ont maintenu leurs tarifs », se félicite le dirigeant. Malgré des prix « un peu plus élevés que la restauration collective très industrielle », Leztroy tire son épingle du jeu, entre autres, grâce à des critères sociaux et environnementaux qui se multiplient dans les appels d’offres publics.
Elle emploie 210 salariés pour 21,9 M€ de CA et fournit près de 30 000 repas chaque jour. Succès entrepreneurial, éducation, relation avec les fournisseurs, souci de l’environnement, mais aussi engagement en faveur de l’inclusion par le travail (collaboration avec des Esat, emploi de personnes handicapées…). Une approche globale qui, aux yeux du jury, méritait bien un “Coup de coeur”.
Éric Renevier








0 commentaires