Pour les passionnés de montagne, la question du recyclage du matériel et des équipements n’est pas anecdotique. Deux entreprises des Pays de Savoie répondent à leur manière : 3e Manche pour les tenues des moniteurs de l’École de ski français et ADN Skis pour les skis. Focus sur une filière où tout est à créer.
L’Hexagone compte 20 000 moniteurs de ski toutes écoles confondues et les tenues sont renouvelées tous les deux ans environ. Elles ne peuvent pas être données ou vendues pour des questions de sécurité sur les pistes.
Selon une étude qui remonte quand même à 2006, ce qui laisse supposer que les données ont probablement augmenté en 18 ans, la pratique du ski génère 1 500 tonnes de planches usagées chaque année.
Une montagne de composites qui finissent broyés, incinérés ou enfouis. Partant de ces constats, Zoé Pellicier, fondatrice de 3e Manche, et Camille Lambert, qui a lancé ADN Skis, ont réfléchi à des solutions pérennes et originales.
Tracer une voie
« Je suis monitrice de ski à l’Ecole du ski français (ESF) dans la station savoyarde d’Albiez-Montrond en Maurienne », retrace Zoé Pellicier qui a consacré son mémoire de Master en développement durable au recyclage des tenues en 2022. Face à l’absence de solutions pour valoriser les combinaisons rouges, elle a commencé à réfléchir aux débouchés possibles.
« Les tenues étaient parfois envoyées au Népal ou dans d’autres pays lointains pour être réutilisées », décrit-elle, pointant l’empreinte carbone engendrée par ces pratiques. Après un premier prototype réalisé avec les moyens du bord avec l’aide de sa grandmère, elle se rend compte des difficultés : la matière est compliquée à coudre et nécessite un savoir-faire technique.
Elle s’adresse alors à Fibr’Etik, un atelier d’insertion professionnelle de Savoie qui accepte de l’accompagner dans son projet. Plus tard, elle fait appel à d’autres professionnels selon la nature des articles à concevoir. Au départ, elle crée deux produits, en général fabriqués en Chine, qui répondent à une demande des moniteurs : les fanions à médaille et les porte-cartes.
« J’ai ensuite développé quelques gammes selon les attentes », poursuit Zoé Pellicier, pour ensuite partir des chutes afin d’imaginer d’autres fins de vie aux tenues. Ainsi les capuches deviennent des bananes, ou la ouate utilisée dans le doublage des tenues sert à former des coussins. Tout est réutilisé ou presque, seuls quelques éléments sont neufs pour peaufiner le produit final.
Le textile conserve sa teinte initiale et les cicatrices de sa première vie. De fil en aiguille, elle étoffe son réseau de distribution auprès de magasins de skis partenaires et monte progressivement en gamme, en développant la vente en ligne. En 2023, elle a généré un chiffre d’affaires de 12 000 euros et compte bien aller plus loin.
« Les marges ne sont pas énormes, résume-t-elle modestement. Il reste encore beaucoup de chemin à faire. »

Le recyclage dans l’ADN
Depuis six ans, Camille Lambert, fondatrice d’ADN Skis à Orcier en Haute-Savoie, mène une étude en recherche et développement pour créer une technologie afin de rendre les skis recyclables.
Avec l’aide de ses associés, Aurèle Durand et Pauline Dutel, elle a cherché à comprendre les techniques de fabrication pour déterminer les procédures de recyclage, l’idée étant de mettre en place un procédé d’écoconception « avec une résine pouvant se dissoudre pour récupérer les différentes couches du sandwich qui composent les skis », décrit-elle.
Les premiers skis de la marque ADN Skis ont ainsi été vendus à des magasins de location avec une reprise au bout de trois ans. L’objectif est de réaliser une étude de durabilité grandeur nature avec l’ambition d’accélérer l’activité dès 2025 de la start-up qui affiche pour l’instant un chiffre d’affaires annuel de 21 000 euros.
Sandra Molloy
Image à la une : ©ADN Skis va mener dès septembre une étude avec un centre de recherche pour conceptualiser une machine capable de démanteler tous les types de skis.
Cet article est issu du magasine L’Extension Automne 2024, disponible gratuitement au format liseuse en ligne ici >>













Bonjour. Vous auriez pu citer SkiTEC, à Saint-Hélène-du-Lac…