À deux pas de la frontière suisse, la commune d’Annemasse emploie environ 800 agents. Pour séduire et fidéliser, elle a su sortir des organisations classiques et opter pour une démarche « libérante, agile et bienveillante ».
À l’image du secteur privé, les collectivités et services publics sont confrontés eux aussi aux enjeux d’attractivité et de fidélisation. Problème : la réglementation bride souvent leurs marges de manoeuvre, notamment en termes de rémunération. Même quand ils ont les moyens de faire plus, ces acteurs publics sont soumis aux différentes grilles salariales et aux évolutions indiciaires.

Certes, l’amour du métier et le sens qu’il procure en lui-même sont forts. Être pompier, infirmière ou médecin, prof ou accompagnant d’un élève en situation de handicap, confère une utilité sociale indiscutable et une résilience face aux difficultés qui confine parfois à l’abnégation. Mais, dans la durée, cela ne suffit pas toujours, surtout à proximité de l’attractive Suisse (même si certains métiers, comme pompier ou policier, sont soumis à des critères de nationalité ou de résidence).
La Ville d’Annemasse l’a compris depuis des années. En 2016, elle a donc lancé une démarche Lab : “libérante, agile, bienveillante”, inspirée de l’expérience des entreprises libérées. « Face aux exigences croissantes des usagers et des agents, nous avons fait le pari de l’efficacité collective », résume Nathalie Dutriez, directrice générale adjointe des services de la commune.
Le concept s’est traduit par une confiance réaffirmée aux agents : « C’est celui qui fait, qui sait », explique la DGA. En découle un encadrement entièrement repensé. « Nous avons mis en place un référentiel managérial basé sur la coproduction et l’implication. Le manager devient un facilitateur. Il apporte le “pourquoi” et l’équipe apporte le “comment”. » Une équipe qui, en cas de vacance de poste, participe au choix de son nouveau manager. « C’est une approche très intéressante car cela pousse à la réflexion : De quoi ai-je besoin en tant qu’agent et de quoi la collectivité a-t-elle besoin pour un tel poste ? »
Des « cafés idées »
La Ville mise aussi sur le partage des compétences lors de “cafés idées”. Un rendez-vous mensuel où chacun peut faire bénéficier le groupe de ses compétences propres et pas forcément liées à sa fonction (mais ayant tout de même un lien avec le travail).
« Nous passons beaucoup de notre temps au travail, alors c’est tellement plus agréable quand on sait pourquoi on le fait ! », ajoute la directrice. Reconnaissance pour le travail effectué et réunions régulières pour « partager une culture et une vision communes » font aussi partie de la démarche Lab. « L’idée, c’est de ne plus être des fonctionnaires qui fonctionnent mais des agents qui agissent. »
Évidemment, cet effort sur le sens n’exclut pas l’activation de leviers plus terre à terre : la Ville utilise comme elle le peut ses petites marges de manoeuvre en termes de rémunération. Et elle a mis en place le télétravail deux jours par semaine, du moins dans les services où c’est possible. Toutes ces mesures portent leurs fruits : les départs pour la Suisse existent toujours, mais la collectivité peine moins à recruter et à fidéliser ses 800 agents (dont près d’un tiers de contractuels). Au point qu’elle songe à mettre en ligne les témoignages de certains d’entre eux, pour mieux valoriser sa “marque employeur”
Éric Renevier
Photo à la une : https://www.annemasse.fr/












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