Fini le temps des listes d’union. Le nouveau mode de scrutin favorise les matchs… voire les changements d’équipe !
L’été s’annonce chaud du côté des artisans. Car il va falloir boucler avant le 10 septembre les listes de candidats pour les élections aux chambres de métiers et de l’artisanat (CMA). Or, les nouvelles règles du scrutin ont pour effet indirect d’instaurer des rivalités entre organisations patronales… là où les artisans de Savoie et Haute-Savoie s’étaient appliqués à mettre de l’union !
Lors des dernières élections (octobre 2016), il n’y avait en effet, dans les deux départements, qu’une seule liste de candidats, réunissant des artisans de l’Union professionnelle des artisans (UPA) – rebaptisée depuis Union des entreprises de proximité (U2P) – mais aussi de la CPME et de la Fédération française du bâtiment (FFB).
Pas de quoi favoriser la participation, qui avait plafonné à… 7,04 % en Savoie et 8,58 % en Haute-Savoie. Mais au moins, c’était la garantie de voir tout le monde travailler ensemble. Or, cela ne sera pas le cas cette fois-ci, même si, localement, tout le monde dit le regretter.
32 500 : c’est le nombre d’entreprises artisanales en Savoie Mont-Blanc, avec 13 500 en Savoie et 19 000 en Haute-Savoie.
Alliés d’hier, adversaires de demain
Avec la régionalisation des CMA (lire Éco du 15 janvier 2021), le mode de scrutin a changé. Il faut maintenant présenter une liste régionale obligatoirement constituée de l’addition des listes départe- mentales. Première conséquence : une organisation patronale qui veut s’engager dans cette élection doit monter des listes dans tous les départements. Deuxième conséquence : il y aura forcément (au moins) deux listes cette fois en Savoie et Haute-Savoie.

Car U2P et CPME-FFB n’ont aucune intention de présenter une liste d’union au niveau d’Auvergne-Rhône-Alpes. Outre les rivalités régionales, les confédérations sont dans une logique de bras de fer au niveau national, sur fond de représentativité, donc de capacité à signer ou dénoncer des accords collectifs et d’éligibilité au fonds paritaire pour le dialogue social (financements publics).
Les alliés d’hier vont donc s’affronter cet automne. Avec, en Savoie, un ingrédient pimenté de plus dans la nouvelle mayonnaise électorale : le chef de file de la liste CPME-FFB n’est autre que le président sortant André Mollard… ancien président de la Capeb Savoie et jusque-là élu sous l’étiquette U2P (la Capeb est l’une des composantes fondatrices de l’U2P) !
Il va ainsi se retrouver face à sa première vice-présidente actuelle, Isabelle Guillaud. En coulisse, certains assurent qu’André Mollard n’aurait pas apprécié de ne pas se voir confier la tête de liste U2P pour un nouveau mandat et aurait alors changé d’étiquette, mais ni lui ni son adversaire pour le prochain scrutin ne s’expriment sur les raisons de fond de ce “transfert”.
Casse-tête
Pour l’instant, mis à part pour l’U2P en Haute-Savoie, les listes ne sont pas encore arrêtées. Il faut dire qu’en plus de favoriser les querelles d’étiquettes, le nouveau mode de scrutin multiplie les prérequis, si bien que trouver 35 candidats par département (dont 10 suppléants) n’est pas si aisé. Il faut en effet respecter un bon équilibre entre les différents secteurs (alimentation, BTP, fabrication, services), avec au moins quatre représentants de chaque parmi les dix-huit premiers de liste et un représentant des métiers d’art parmi les sept premiers.
En outre, cette liste devra comporter au moins deux femmes par groupe de cinq candidats et n’être constituée que de postulants âgés de moins de 65 ans. Enfin, deux personnes exerçant dans la même entreprise ne pourront pas siéger dans une même chambre. Et l’on peut ajouter une bonne représentation de tous les bassins de vie, même si ce n’est pas un critère obligatoire. Bref, un vrai casse-tête !
L’U2P et le ticket CPME-FFB n’ont toutefois aucun doute sur leur capacité à présenter des listes conformes en Savoie et Haute-Savoie comme à l’échelon régional. Un échelon où se jouent dorénavant les vrais enjeux (budgets, ressources humaines, stratégie…) et où siégeront huit élus de chaque département avec, parmi ces huit, les deux premiers de la liste qui seront membres du bureau de la nouvelle CMA de région.
L’U2P, première à partir en Haute-Savoie
Malgré les contraintes imposées (voir “Casse-tête” dans texte principal), l’Union des entreprises de proximité (U2P) a déjà réussi à bâtir sa liste régionale. Et elle a même donné le coup d’envoi de sa campagne en Haute-Savoie jeudi 23 juin, avec la présentation de la liste départementale conduite par Olivier Tavernier. Ce Morzinois de 51 ans n’a jamais siégé à la CMA 74 mais est malgré tout un militant confirmé de l’artisanat, via la Fédération des boulangers-pâtissiers des Pays de Savoie (FBP) dont il est actuellement trésorier.
C’est d’ailleurs par ce biais qu’il a été incité par Alain Mossière, président de la CMA 74 et de la FBP interdépartementale et non candidat à sa succession (atteint par la limite d’âge), à prendre la tête de liste. Avec l’envie « d’être dans le concret et de servir les artisans en leur redonnant une vision claire du rôle de leur chambre », le Chablaisien, si l’U2P l’emporte, siégera aussi au bureau de la CMAR aux côtés de l’Ardéchoise Fabienne Munoz, désignée tête de liste régionale.
Éric Renevier












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