Climat et biodiversité : en ville, la nature revient au galop

par | 20 octobre 2021 à 10H41

Pour répondre aux enjeux du changement climatique, la ville commence à se faire plus verte, plus respectueuse de la biodiversité. Le secteur de la construction a bien l’intention de contribuer à cette mutation qui s’opère après des décennies dédiées au tout béton.

Dix ans de prison et une amende de 4,5 millions d’euros (M€), ou 22,5 M€ pour les personnes morales, voire une amende allant jusqu’à dix fois le bénéfice obtenu par l’auteur du dommage. Instaurées par la loi Climat et résilience du 22 août 2021, ces sanctions sont susceptibles d’être prononcées pour les atteintes les plus graves commises intentionnellement à l’environnement. Malgré les réserves des défenseurs de la cause environnementale, qui pointent leur caractère inapplicable, ces dispositions sont le signe d’une réglementation qui se durcit.

Destinée à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030, la loi Climat et résilience reprend une partie des propositions de la Convention citoyenne pour le climat de juin 2020. Elle s’attaque, entre autres, à l’artificialisation des sols, à travers différents leviers comme la maîtrise de l’étalement urbain, la préservation et la restauration de la biodiversité, la protection des espaces naturels ou encore la renaturation des espaces artificialisés.

Des labels pour des projets plus verts

L’évolution du cadre juridique comme les aspirations en faveur d’une ville plus verte, plus durable, influent directement sur la filière de la construction. Des majors du BTP se sont engagées les premières dans le processus, à l’instar de Bouygues Construction, cofondateur de “BiodiverCity”, le premier label international pour la prise en compte de la biodiversité dans les projets immobiliers de construction et de rénovation. Le fabricant de signalétique touristique et de mobiliers Pic Bois (Brégnier-Cordon) a rejoint le collectif en février 2021.

BiodiverCity est adossé à un référentiel technique garantissant la prise en compte des milieux, des espèces et des relations avec l’humain à toutes les étapes d’un projet immobilier ou d’aménagement, comme celui de Pré Billy, à Pringy (74), où 920 logements et 20 000 m² de locaux (tertiaire, commerces, équipements) seront construits d’ici 2030 sur un espace de 21 hectares.

La ville est dans le Pré (Billy)

Avec Pré Billy et sa double labellisation (ÉcoQuartier et BiodiverCity), l’aménageur haut-savoyard Teractem a l’intention de faire émerger une façon durable de concevoir, construire et gérer un nouvel espace. La charte ÉcoQuartier repose sur une vingtaine d’engagements visant à l’exemplarité de l’opération à toutes les étapes, de la conception à la livraison et la vie du quartier. En parallèle, Pré Billy a été retenu pour expérimenter BiodiverCity Ready, une démarche dédiée aux opérations d’aménagement.

Un comité scientifique veille au respect du vivant et à la promotion de pratiques urbaines plus respectueuses de la biodiversité. Il s’agit par exemple de préserver les zones humides existantes, avec, en particulier, la création de passages à amphibiens et de refuges pour l’hibernation des animaux. Le cœur naturel de l’écoquartier en construction est préservé de toutes circulations tandis que les eaux pluviales sont gérées sur place et viendront alimenter les zones humides.

Une pépinière de végétaux

Depuis avril 2019, une pépinière permet de cultiver et de faire croître en taille des végétaux indigènes sur environ un hectare de terrain qui ne sera pas urbanisé pendant les premières années de la réalisation de Pré Billy. Elle produira environ 200 unités d’arbres tiges et fruitiers, 400 unités de cépées et touffes, ainsi que des arbustes variés. Ces végétaux – qui sont, pour certains, issus de boutures collectées localement – seront directement plantés sur le site. Un écologue est présent à toutes les étapes clés tandis qu’une tierce partie indépendante se charge des contrôles.

Des solutions matures

En juillet 2021, la Fédération nationale des travaux publics a publié un guide de solutions matures pour limiter l’artificialisation des sols et ses impacts sur le milieu. La mise en place de revêtements innovants à base de granulats clairs et/ou de liants de synthèse clairs sur des places, trottoirs, voies piétonnes ou cyclables limite, par exemple, la surchauffe en cas de fortes chaleurs. Ses effets sont amplifiés quand elle est couplée à des circulations d’eau et/ou une présence plus forte du végétal.

Les cours d’école peuvent également se transformer, sans trop de difficulté, en oasis de fraîcheur, en retirant du bitume pour introduire de nouveaux revêtements et des végétaux. C’est le cas à Chambéry, où six cours d’écoles ont été réaménagées durant l’été 2021, pour un montant de l’ordre de 950 000 euros. En 2022, le programme se poursuivra dans cinq nouvelles écoles.

D’autres solutions sont mises en avant par la filière, comme la végétalisation partielle de l’espace urbain – par exemple les voies de tramway – ou la reconstitution de la continuité racinaire des arbres en ville, afin qu’ils soient plus résistants face aux maladies et plus robustes.

Nouvelle gestion des eaux de ruissellement

La tendance est aussi à la gestion des eaux pluviales au plus près de leur écoulement, et à la renaturation des cours d’eau qui ont été artificialisés et endigués. Entre 2015 et 2016, 13 M€ ont par exemple été injectés dans le bassin chambérien pour lutter contre les crues de la Leysse, diversifier les habitats aquatiques et reconnecter la rivière avec ses zones humides.

« Des indicateurs montrent qu’il y a énormément de choses qui se font sur les territoires. Le concours “Capitale française de la biodiversité” répertorie et valorise toutes les expériences des collectivités qui ont candidaté depuis dix ans, autour de thématiques différentes », analyse Virginie Billon, adjointe au chef de groupe “environnement” au Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement), chargé d’apporter un appui aux politiques publiques.

Bonnes pratiques

La filière de la construction est évidemment sensible aux préoccupations croissantes des collectivités et des donneurs d’ordres. EGF BTP, le syndicat national des entreprises générales de France, s’est par exemple associé à des associations environnementales comme la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour éditer, en avril 2019, un guide de bonnes pratiques principalement destiné aux collaborateurs des entreprises du BTP ainsi qu’à leurs sous-traitants et fournisseurs. Il détaille le processus de réflexion en amont d’un chantier, mais aussi les actions concrètes à prévoir et à réaliser à toutes les étapes de travaux, en préconisant d’anticiper.

Les coûts d’opérations comme le creusement d’une mare ou l’installation de nids artificiels pour les hirondelles sont extrêmement réduits quand les engins sont encore sur le chantier. Que le projet soit soumis ou non à une étude avec suivi de l’autorité environnementale, la logique globale se résume à cette règle : en priorité, éviter les impacts sur l’environnement ; et si ce n’est pas possible, les réduire et/ou les compenser.

Au-delà de la prise en compte de la biodiversité, l’enjeu est de limiter les aléas et de répondre aux préoccupations croissantes de la maîtrise d’ouvrage. Adossée à une stratégie de communication, cette politique environnementale peut, par exemple, déboucher sur des projets mieux préparés et plus transparents qui seront, du coup, mieux acceptés.

Sophie Boutrelle

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Un millefeuille d’injonctions parfois contradictoires

En 2016, Famy a ajouté une certification Mase (santé, sécurité, environnement) aux démarches qualité (ISO 9001) et environnement (ISO 14001) déployées depuis 2004. Le groupe familial, qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 90 millions d’euros, emploie 490 salariés répartis sur cinq implantations à l’étranger et neuf en France. Parmi ces dernières, le siège de Châtillon-en-Michaille (01) et l’agence d’Alby-sur-Chéran (74), experte dans le domaine des retenues collinaires.

Tous les projets concernant les douze carrières qu’il exploite impliquent un diagnostic environnemental quatre-saisons et un suivi effectué par la direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement. Pour ses activités de travaux publics, il s’attache à inclure, dans ses mémoires techniques, les mesures environnementales qui s’imposent pour faire un travail de qualité.

« Nous nous faisons accompagner par des experts et écologues indépendants et calons nos plannings en fonction de leurs préconisations. Nous avons aussi des sessions de sensibilisation de nos chefs de chantier et de nos équipes sur des thématiques comme les plantes invasives », indique Céline Mermet, cheffe de projet “aménagements, Isdi (installation de stockage des déchets inertes)” et chargée de mission “environnement”. Concrètement, le groupe prévoit, par exemple, une aire étanche pour nettoyer les chenilles de ses engins évoluant dans des zones marquées par la présence de la renouée du Japon qui menace les espèces indigènes et dégrade les ouvrages.

Une journée de nettoyage peut s’avérer nécessaire lorsque le chantier se déroule sur un terrain argileux. « Il serait intéressant que les mesures écologiques soient détaillées dans les appels d’offres plutôt que d’être noyées dans le chapitre “Installation de chantier”, car elles ont un coût qui peut faire pencher la balance », poursuit Céline Mermet, en plaidant par ailleurs pour une harmonisation des réglementations : « Les différents codes avec lesquels nous devons composer – du travail, de l’environnement, de l’urbanisme, des marchés publics – peuvent comprendre des dispositions contradictoires. Une uniformisation éviterait des choix parfois cornéliens. »

Sophie Boutrelle

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Pont-de-Vaux : de l’art à la renaturation des écoles

À Pont-de-Vaux, dans l’Ain, c’est par l’art que l’on en est venu à envisager de débitumer les cours d’école. Tout commence par une exposition temporaire de l’artiste plasticienne Florence Le Maux, au musée Chintreuil. Intitulée Le Temps de l’arbre, elle est composée d’empreintes végétales, estampages de souches et autres moulages.

« Nous y avons vu le prétexte à sensibiliser le plus largement possible à la question de l’arbre, une ressource extraordinaire que l’on ignore trop, un puits de CO2 énorme qui fait l’objet de nombreuses découvertes. Les scientifiques se sont notamment aperçu que les arbres communiquaient entre eux et s’entraidaient », explique Nelly Catherin, directrice du musée.

« Nous avons voulu conduire ce travail de sensibilisation jusque dans les écoles, dont les cours sont entièrement bitumées. Et c’est ainsi qu’a germé l’idée de les renaturer. » Pour mener ce projet à bien, le musée s’est rapproché de La Forêt Gourmande, un jardin-forêt de 2,5 hectares en Bresse louhannaise, site d’expérimentation de l’agroforesterie.

Trois micropépinières

Trois micropépinières ont été plantées d’espèces comestibles, avec les enfants, dans les écoles. « Nous voulons maintenant aller plus loin et monter, avec l’Agence de l’eau, un projet visant cette fois à carrément débitumer les cours et planter des arbres », annonce Nelly Catherin. Elle envisage également un rapprochement avec le Conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement de l’Ain (CAUE 01).

Celui-ci est en effet engagé dans la création d’une plateforme collaborative, ouverte à tous, pour inventorier arbres et alignements remarquables du territoire et ainsi, participer à la connaissance active du patrimoine naturel du département. Une fois validé et qualifié, cet “Observatoire des arbres de l’Ain” pourra se prêter à de multiples valorisations : contribution à l’identification et la protection de la biodiversité, support d’actions de sensibilisation et valorisation du patrimoine arboré, enrichissement d’actions touristiques, etc.

Sébastien Jacquart

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Le verdissement, une priorité à Bourgoin-Jallieu

À Bourgoin-Jallieu, les espaces verts commencent à remplacer le béton ; avec des îlots de fraîcheur comme celui de la place des Marettes. Ils ajoutent des espaces de bien-être aux nombreux parcs de la ville.

« Ils offrent un confort thermique aux habitants, notamment en période de forte chaleur. Cette première création donnera lieu à d’autres aménagements réalisés en hypercentre. À notre échelle, nous démontrons que nous sommes capables d’agir sur l’environnement, avec plus de nature pour plus de flore et de petite faune. La place des Marettes, entièrement végétalisée, est la parfaite illustration de la stratégie de développement de la nature en ville. C’est aussi un de mes coups de cœur puisque cette réalisation, qui permet un meilleur respect du lieu, améliore les conditions de vie des habitants », explique Sébastien Chalessin, le conseiller municipal délégué aux espaces publics, à la voirie et aux espaces verts.

Située à deux pas du square Jean-Vilar, cette place désimperméabilisée permet un cheminement propice à la détente, avec la plantation d’arbres et d’arbustes ainsi que l’installation de mobilier urbain. « Le développement durable, le verdissement et le rafraîchissement étaient un axe majeur de notre programme. Depuis de nombreux mois, chacun peut voir à quel point notre ville se transforme. La place des Marettes est le symbole de ce que nous souhaitons : à savoir l’embellissement du centre-ville avec plus de verdure et de détente », souligne le maire (LR), Vincent Chriqui. Pour créer du lien social, la ville associe les citoyens à sa stratégie de verdissement avec le “permis de végétaliser” qui permet de cultiver sur l’espace public.

Carole Muet

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Hirondelles et martinets sous une aile protectrice

Les hirondelles, dont les effectifs ont fondu de 41 % entre 1990 et 2010 en France et en Europe, sont, comme les martinets, une espèce protégée. L’atteinte à ces oiseaux, à leurs nids (occupés ou non) et aux couvées est formellement interdite sous peine d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

« La principale mesure pour la protection de la biodiversité est de réaliser les travaux à d’autres périodes que le printemps et l’été, afin d’éviter l’échec de la reproduction ou la perte d’individus », précise Nicolas Degramont, référent “nature en ville” à la LPO (Ligue de protection des oiseaux) des Savoie. L’association, qui travaille régulièrement avec des exploitants de carrières, collectivités et promoteurs, a tissé des liens particulièrement forts avec Haute‑Savoie Habitat.

« Depuis 2008, nous lui transmettons, tous les ans, une liste des bâtiments que nous allons rénover et qui peuvent modifier l’habitat des martinets et hirondelles. La LPO visite tous les sites concernés afin d’observer la présence éventuelle d’oiseaux ou d’anciens nids », souligne Sandrine Mouge, directrice du patrimoine et du renouvellement urbain de l’organisme public.

Gestion raisonnée

Les observations sont transmises aux chargés d’opération qui doivent veiller à ce que les travaux se déroulent en dehors des périodes de nidification. Et lorsque des nids sont détruits par les travaux, des nichoirs artificiels sont installés en grand nombre, de manière à augmenter les chances d’appropriation. Le bailleur social cherche par ailleurs à gérer de manière plus raisonnée ses espaces verts, avec des aménagements plus naturels favorisant la biodiversité.

Il s’agit, par exemple, de conserver des arbres morts où des écosystèmes peuvent se développer, ou d’aménager des noues pour mieux gérer les eaux pluviales. Pour Sandrine Mouge, ce changement de paradigme, qui nécessite des explications et de la pédagogie vis-à-vis des locataires, est incontournable : « Couper l’herbe moins souvent est bénéfique aux insectes mais limite aussi les charges. On ne peut que s’engager dans de telles démarches. »


Sophie Boutrelle

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