Les professionnels et les différents représentants de la filière Volaille Française se mobilisent contre la libéralisation des règles d’étiquetage.
« Sous la pression d’un certain nombre d’États membres, l’Europe veut assouplir les normes permettant aux consommateurs d’identifier clairement les modes d’élevage des volailles. Or, la France est leader dans la production plein air », rappelle Yann Nédélec, directeur de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol).
Dans le cadre de la révision en cours des normes de commercialisation, la Commission européenne prévoit de changer les règles concernant l’étiquetage des modes d’élevage. L’interprofession a donc alerté le Gouvernement sur ce projet qui fait peser de lourdes menaces sur la production fermière en plein air et sur la clarté et la véracité de l’information des consommateurs.
La disparition de la dénomination “Label rouge” pourrait représenter un danger pour les volailleurs français. « Avec cette nouvelle réforme, nous avons l’impression que toute personne qui va produire, et n’importe où en Europe, va pouvoir afficher sur ces produits pas mal d’informations, même si elles sont erronées. Les producteurs de volailles de Bresse sont inquiets face à ces évolutions réglementaires qui pourraient les mettre en concurrence avec des produits affublés d’identifiants non justifiés. Avec des prix à la baisse, cela obligerait tout le monde à descendre en gamme et ce serait une catastrophe », souligne Michel Joux, président de la chambre d’agriculture de l’Ain.
161 : c’est le nombre d’éleveurs de volailles ou de poulets de Bresse, dont 85 dans l’Ain.
En alerte
L’étiquetage est très important, en particulier en France où les productions “fermières – élevées en plein air/en liberté” ont une place importante puisqu’elles représentent au moins 20 % de la production, notamment via les Appellations d’origine contrôlée (AOC), le Label rouge et le bio.
« Ce qui nous alerte, c’est la perspective que des mentions puissent être modifiées, supprimées ou même ajoutées. Nous avons fait part de notre inquiétude auprès des élus afin qu’ils soutiennent nos produits de qualité française », ajoute Katy Molière, chargée de communication du Comité interprofessionnel de la volaille de Bresse (CIVB).
« La France est championne de la consommation de volailles en Europe. Une première place acquise en 2021 et confirmée en 2022, devant l’Allemagne et l’Espagne. Chaque Français en consomme plus de 28 kg en moyenne dans l’année, soit l’équivalent d’environ 15 poulets. Dans un contexte difficile, la consommation globale (à domicile et hors domicile) de volailles a réussi à se maintenir à -0,4 % en France. Le poulet enregistre même une croissance de consommation exceptionnelle à +4,8 % entre 2021 et 2022 », précise l’Anvol.
« Cela fait plus de trois ans que nous tirons la sonnette d’alarme et nous sommes arrivés à la fin du processus de consultation publique. Il s’agit d’un acte délégué, fruit d’un accord entre les experts des États membres. Le Parlement européen et le conseil des ministres ont deux mois pour le valider. Et sa particularité, c’est qu’il ne peut pas être amendé. Soit il est accepté, soit il est refusé en bloc », explique Yann Nédélec.
938 510 : cela correspond au nombre de poussins mis en place dans les cheptels de production avec une moyenne de 5 293 poussins par élevage.
Économie et filière avicole
Dans l’économie française, la filière avicole joue un rôle clé. Elle compte un total d’environ 14 000 élevages et 15 000 entreprises liées. Ancrée au cœur des territoires, la filière emploie environ 100 000 professionnels dont environ 34 000 chez les producteurs eux-mêmes. D’après les estimations de l’Anvol, un seul élevage génère environ trois emplois locaux et un total d’environ huit emplois sur le territoire national.
La France est le seul pays du monde à avoir maintenu une aviculture avec une large diversité d’espèces de volailles selon plusieurs modes de production. En moyenne, une exploitation française standard compte deux poulaillers pour une surface totale de 2 300 m², abritant moins de 40 000 oiseaux. En comparaison, dans l’Union européenne, la taille des exploitations est en moyenne trois fois plus grande. Et même davantage dans le reste du monde, comme au Brésil et en Thaïlande, avec des bâtiments pouvant réunir jusqu’à 2 millions de volailles.
« Reconquérir le marché intérieur »
L’Anvol se donne 5 ans pour valoriser l’excellence française. Dans cet objectif, elle a franchi un nouveau cap avec le Pacte Ambition Anvol 2025 pour valoriser le savoir-faire de la filière avicole.
Comment répondre à nos attentes sociétales, valoriser le savoir-faire et lutter contre les importations à bas coûts ? « La filière française se distingue de ses voisines en proposant des élevages à taille humaine, une qualité sanitaire exemplaire, des engagements concrets en matière de bien-être animal », indique Yann Nédélec, directeur de l’Anvol, qui reste optimiste, malgré une année 2022 particulièrement marquée par l’influenza aviaire.
« Nous avons réussi à mieux maîtriser le dernier épisode et nous avons de bons espoirs sur la vaccination, pourvu qu’elle ne perturbe pas nos exportations. » À travers le Pacte Ambition, l’interprofession met l’accent sur la reconquête du marché intérieur. Outre une large diversité d’espèces, la filière se distingue encore par des modes de production variés, dont 20 % de plein air.
Pour faire perdurer ce modèle exemplaire, « il faut résister face aux importations et répondre aux attentes des consommateurs citoyens », insiste le directeur de l’Anvol. Dans cette optique, la filière a pris des engagements volontaires à travers six objectifs à atteindre d’ici 2025.
Ce plan d’action vise à répondre à toutes les attentes de tous les circuits, à poursuivre la diminution de l’utilisation des antibiotiques pour atteindre -60 % et à maintenir la dimension familiale des élevages standards (lire ci-dessus). Figurent également, l’ambition de zéro déforestation pour une alimentation sûre et durable, d’un accès à la lumière naturelle pour 50 % des volailles, ainsi que le déploiement des élevages engagés à 100 % dans l’amélioration des bonnes pratiques avec les applications EVA (audit complet des élevages) et Ebene (bien-être animal), en complément des contrôles déjà effectués en Label rouge et en bio.
« Le projet de la Commission européenne met en danger l’avenir, non seulement des éleveurs mais du tissu économique qui découle de leur activité et fait vivre les territoires ruraux : couvoirs, abattoirs, fabricants d’aliments, etc. L’exception et l’excellence gastronomique française sont en jeu. Ces dernières semaines, l’Anvol a construit une position de compromis pour un assouplissement relatif des termes utilisés pour les mentions destinées aux volailles élevées à l’intérieur, tout en protégeant l’exclusivité sur les mentions réservées au plein air et aux poulets sortant à l’extérieur. »
Carole Muet








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