Le Syndicat des énergies et du numérique de la Haute-Savoie a symboliquement bloqué l’accès aux locaux de raccordement sur cinq communes, pour protester contre les dégradations répétées commises par les opérateurs privés et leurs sous-traitants.
Trop, c’est trop. Joël Baud-Grasset, le président du Syndicat des énergies et du numérique de Haute-Savoie (Syane), n’a pas mâché ses mots lors de l’opération coup de poing conduite vendredi 24 février dans les communes de Fillière, Saint-Pierre-en-Faucigny, La Balme-de-Sillingy, Bons-en-Chablais et Saint-Julien-en-Genevois. « Alors que 300 millions d’euros sont investis par le Syane et ses partenaires – État, Région, Département, intercommunalités – pour desservir, entre 2015 et 2025, un réseau 320 000 clients potentiels, les opérateurs téléphoniques et leurs sous-traitants transforment ce réseau d’initiative publique en plat de spaghettis », se désole-t-il.
Les spaghettis, ce sont les amas de câbles régulièrement retrouvés dans les locaux techniques (nœuds de raccordement, sousrépartiteurs, boîtiers de raccordement) auxquels les opérateurs accèdent pour procéder à l’installation de la fibre chez le client final.

Mais les dégradations constatées ne s’arrêtent pas là : porte dégondée, crochetée voire détruite ; restes alimentaires ; déjections… « Chaque semaine, on croit avoir atteint le fond, mais on s’aperçoit qu’il est toujours possible de creuser. On a même vu un sous-traitant mettre le feu dans un nœud de raccordement pour tenter de se débarrasser de ses déchets », poursuit Joël Baud-Grasset. Sans compter les raccordements effectués à la hussarde, qui se traduisent par des délais abusifs et d’innombrables coupures de lignes.
Pour le Syane, la faute n’incombe pas aux « techniciens », sous-payés et qui n’ont pas les moyens de travailler correctement, mais aux grands opérateurs privés et à leurs sous-traitants de rang 1, 2, 3, 4, 5…
Après des mois de démarches et de courriers restés sans effet, le syndicat a décidé de hausser le ton et d’agir à différents niveaux. Il veut contraindre les opérateurs à payer les dégâts causés par leurs prestataires et leur interdira l’accès au réseau lorsqu’ils ne feront pas cesser les dégradations.
Au niveau national, il défend la proposition de loi déposée par Patrick Chaize, sénateur de l’Ain et président de l’Avicca (Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel). Face à des promesses de la filière télécoms qui tardent à se concrétiser, cet organisme indépendant, qui fédère les collectivités engagées dans le numérique, réclame notamment l’arrêt de la sous-traitance sauvage.
Une succession de démarches jusque-là vaines
En réponse à un courrier du Syane, le ministre délégué chargé de la transition numérique reconnaît « que la qualité n’est pas au rendez-vous partout » et annonce la prise d’engagements, comme la réalisation systématique de comptes-rendus photo. Les difficultés rencontrées en Haute-Savoie comme au niveau national sont-elles liées à un manque de compétences dans la filière ? Pour Patrick Chaize, le président de l’Avicca, le problème serait plutôt celui d’offres anormalement basses.
« Depuis 2017, des dizaines de PME des télécoms ont mis la clé sous la porte car elles refusaient d’intervenir en dehors des règles de sécurité ou de perdre de l’argent… », dit-il. « Le monde du numérique bouge beaucoup », ajoute Joël Baud-Grasset, le président du Syane. « Tutor, l’opérateur initial choisi pour le déploiement du réseau de fibre optique du département, a été racheté par Covage, lui-même repris par SFR, qui a finalement dû céder le plateau de Haute-Savoie à Altitude Infra. »
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Syane et DepositPhotos








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