Ain : sécuriser la ressource en eau

par | 20 avril 2023

Avec l’annonce de 53 mesures permettant d’atteindre l’objectif de 10 % d’économies à l’horizon 2030, la profession des Canalisateurs du Sud-Est place quelques espoirs dans le Plan Eau du Gouvernement.

« Au cours de l’été 2022, nous avons été touchés par une sécheresse sans précédent. Et nous sommes à peu près certains de devoir faire face, cette année, à la même configuration. Nous savons que l’on ne peut pas vivre plus de trois jours sans boire. L’eau est indispensable à la vie. Aujourd’hui, la question se pose de savoir comment on peut assurer un accès minimum à la ressource et comment régler, un peu, les différents conflits d’usage. Avec l’annonce du Plan Eau, l’État français officialise un compte à rebours, gravant dans l’esprit l’imminence d’une interruption de la fourniture d’eau à domicile, déclare Michel Applagnat-Tartet, administrateur des Canalisateurs du Sud-Est (CSSE) pour le département de l’Ain et PDG de l’entreprise Somec TP à Saint-Rémy. Parmi plusieurs axes de travail, le premier, sans doute, est la transformation des habitudes de consommation individuelle. Après la sobriété énergétique, il va falloir apprendre la sobriété en eau. »

Aussi, parmi les 53 mesures du Plan Eau, qui permettront d’atteindre l’objectif de 10 % d’économie d’eau à horizon 2030 en France, l’attention des canalisateurs se porte sur la réduction des déperditions et la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable. Dans ce domaine, 180 M€ d’aides supplémentaires par an, des Agences de l’eau, seront dédiés au petit cycle de l’eau. Autrement dit, aux investissements permettant de réduire les fuites. Un traitement prioritaire est accordé aux 170 collectivités “points noirs”, qui enregistrent des taux de pertes de plus de 50 % sur leurs réseaux d’eau potable. Ces collectivités sont au nombre de 21 en Auvergne-Rhône-Alpes dont trois se trouvent dans l’Ain : Charnoz-sur-Ain, Contrevoz et Ordonnaz.

Améliorer le rendement

« Sur le département l’état des lieux est un peu disparate, notamment avec la loi Notre. Des collectivités se sont organisées plus ou moins vite et investissent de façon régulière sur leur territoire. Certaines en sont encore à l’élaboration d’un schéma directeur pour hiérarchiser les projets et prévoir les investissements. Mais pour d’autres, il faut bien le dire, les réseaux de distribution d’eau ne sont pas une priorité donc elles investissent peu », note l’administrateur. Avec ce Plan Eau très attendu, les canalisateurs réaffirment leur rôle essentiel dans la préservation de la ressource.

Face au changement climatique, le syndicat s’est engagé aux côtés de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) afin de développer des chantiers toujours plus vertueux. Selon les CSSE, en Auvergne-Rhône-Alpes, 117,7 milliards de litres d’eau sont perdus chaque année, soit l’équivalent de 29 678 piscines. Le taux de perte des réseaux d’alimentation s’élève à 24 % pour le département de l’Ain contre 19,7 % à l’échelon national. « Le renouvellement des réseaux est la condition sine qua non pour atteindre l’objectif et éviter que les décideurs ne soient contraints de choisir, notamment en été, entre les besoins de l’agriculture, du tourisme, de l’industrie et ceux des citoyens », précisent les canalisateurs.

8 200 : C’est le nombre de kilomètres de réseaux d’eau potable a minima dans l’Ain.

499 : Cela correspond au nombre de stations d’épuration du département.

Source Sispea, Sandre et Cerc Aura de février 2020.

Avoir un réseau plus vertueux

Protéger, renouveler les réseaux, expérimenter des solutions nouvelles, innover dans les pratiques sont les ingrédients indispensables pour éviter de possibles “guerres de l’eau”.

« Nous avions pointé du doigt le fait que nos réseaux n’étaient pas assez vertueux et que le taux de fuite était important. Nous avions l’impression que c’était un peu inaudible et ce constat a été mis en évidence lors des Assises de l’eau de 2019. Il fallait absolument corriger un taux de fuite de l’ordre de 22 % au niveau national. Aussi, depuis 2020, nous sommes devenus des partenaires des collectivités, dans le sens où, sans les canalisateurs, elles ne sont pas incitées à renouveler leurs réseaux d’eau potable pour en augmenter le rendement, explique Michel Réguillon, président des Canalisateurs du sud-est. Nous avons vraiment pris la casquette du partenaire indispensable. Notre image a changé, mais cela fait plus de 20 ans que l’on y travaille en communiquant sur la problématique des fuites d’eau. »

Pour le syndicat des canalisateurs, l’objectif de 10 % d’économies d’eau à horizon 2030 apparaît à la fois loin et très proche : « À l’échelle d’une vie humaine, ce n’est rien. D’un autre côté, nous avons tout de même une urgence à préserver et à sécuriser la ressource. » Michel Réguillon insiste sur le rôle du syndicat : « L’État va mettre en place des lois qui vont être applicables par les collectivités. Car ce sont elles, aujourd’hui, qui possèdent la compétence de l’eau potable. Nous voulons leur dire que nous sommes là. Notre syndicat représente 130 entreprises de canalisations adhérentes (dont 80 en Aura) et 6 000 salariés. Et nous avons mis en place des formations pour continuer à embaucher et former des jeunes. »

En ce qui concerne les aides supplémentaires de 180 M€ par an, elles seront attribuées aux agences de l’eau. « Elles sont au nombre de quatre, ce qui correspond aux grands fleuves de France. Le sud-est relève de l’agence Rhône Méditerranée Corse (RMC). Comme elle représente un quart du territoire, nous devrions pouvoir compter sur 45 M€ par an. Le Plan de l’État n’indique pas de durée, le 12e programme de l’agence de l’eau n’étant pas sorti. Mais en général, ils sont établis pour une période de 6 ans. C’est ce que l’on pourrait espérer. Car pour faire baisser le taux de fuite et augmenter le rendement des réseaux d’eau, il faudrait au moins multiplier ces 180 M€ par quatre, voir par cinq », estime Michel Réguillon.


Augmenter le prix de l’eau

« À un moment donné, il faudra augmenter le prix de l’eau. Cela fait partie des choses que l’on va devoir prendre en considération. Si nous devons investir massivement pour prioriser nos réseaux, il va falloir que cela se retrouve sur la facture. Pour que le citoyen se rende compte que l’eau doit être économisée, il faut qu’elle soit un peu plus chère, la vendre au prix que cela coûte », explique Michel Réguillon, président des Canalisateurs du Sud-Est (CSSE). Comme le stipule le livret de la profession “L’eau en cinq questions”, paru en juillet 2022, le prix moyen d’un litre d’eau du robinet s’élève à 0,002 €. Or, ce tarif doit être à la hauteur des enjeux et permettre de couvrir l’entretien et le maintien du patrimoine. En augmentant le litre de 0,02 centime d’euro, le renouvellement des réseaux – dont la durée de vie est estimée à 60 ans – prendrait 75 ans contre 150 ans aujourd’hui. Cette mesure d’augmentation de prix devra s’accompagner de pédagogie et de communication.


Carole Muet

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