Dominique Granjon est directeur général de l’association Espoir 73, engagée dans l’insertion professionnelle des publics porteurs d’un handicap psychique. Interview.
En Savoie, Espoir 73 porte le dispositif national Emploi accompagné. En quoi consiste cette mission ?
Nous accompagnons à l’emploi des personnes souffrant de troubles psychiques. Nous sommes aux côtés de l’entreprise qui accueille et du salarié. Nos conseillers interviennent aussi souvent que nécessaire, sans limitation de durée. En cela, le dispositif est unique : un « job coach » suit le parcours du candidat sur tous les postes qu’il est amené à occuper. Une centaine de personnes ont rejoint ce dispositif sur le département de la Savoie. Nous avons une antenne à Chambéry et une à Albertville.
Espoir 73 est elle-même multi‑employeur direct, avec un certain nombre d’entreprises d’insertion en Savoie : quel est votre modèle économique ?
Espoir 73, dont le siège se trouve à Francin, emploie 130 salariés (21 encadrants) pour un chiffre d’affaires de 2 M€ sur quatre sites : Aix-les-Bains ; Albertville ; la Chartreuse et La Ravoire. L’association est dotée d’un budget de plus de 11 M€. Nous administrons des foyers de vie et d’hébergement avec des services d’accompagnement social. Quant à nos entreprises d’insertion, elles ont toujours affiché des résultats positifs. Nous avons deux Esat, régulés par l’ARS (Agence régionale de santé). En Chartreuse, il s’agit d’une ferme, une fromagerie et une auberge, ainsi que des services aux agriculteurs et vignerons. Sur Grand Chambéry, nous gérons le restaurant L’Aumônerie, à Bassens. Nous avons aussi deux équipes “espaces verts” et une équipe “hygiène et propreté” auxquelles s’ajoute de la sous-traitance industrielle, avec une quarantaine de personnes mises à disposition des entreprises. En tout, cela représente 250 personnes en insertion professionnelle en Savoie.
En quoi consiste l’accompagnement des entreprises accueillant un candidat sujet aux troubles psychiques ?
Depuis de nombreuses années, en Australie et en Nouvelle-Zélande, sont dispensées des formations spécifiques pour la santé mentale. La France s’en est emparée : Espoir 73 a été l’une des pionnières à y développer cette méthode, il y a cinq ans. Le principe est le suivant : nous proposons une formation sur deux jours pour définir ce qu’est un trouble psychique et comment le détecter, mais aussi comment réagir face à des crises ou des incivilités. Nous accompagnons aussi les entreprises en termes d’adaptation des postes de travail et de sensibilisation au handicap. Nous proposons, en outre, une formation aux premiers secours en santé mentale.
« Nous proposons une formation sur deux jours pour définir ce qu’est un trouble psychique et comment le détecter, mais aussi comment réagir face à des crises ou des incivilités. Nous accompagnons aussi les entreprises en termes d’adaptation des postes de travail et de sensibilisation au handicap. »
Peut-on considérer que les entreprises s’ouvrent à la différence ? En l’occurrence, au handicap psychique ?
Oui, beaucoup. Les entreprises à mission, notamment, ont une oreille attentive à notre cause. De même, certaines sociétés sont engagées dans une réflexion assez approfondie sur leurs méthodes de management, sur la hiérarchie et la place donnée à chacun… Toutefois, si nous entretenons d’excellentes relations avec les services RH des grandes entreprises, qui affichent ouvertement une volonté forte en termes de responsabilité sociétale, nous ne concrétisons jamais. En revanche, les PME accueillent plus facilement la maladie psychique dans leurs équipes et font preuve de davantage de souplesse. Sur la centaine de personnes accompagnées en insertion professionnelle, la moitié obtient un emploi fixe au bout d’un an, et un salarié sur trois signe un CDI au bout de deux ans.








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