Les nouveaux modes de déplacement gagnent en visibilité. Un sujet à la portée des entreprises, qui pourrait leur apporter des avantages mais reste difficile à mettre en place.
« Consommateur d’énergie fossile, le déplacement domicile-travail des salariés est le premier émetteur de gaz à effet de serre. Et son coût augmente », s’exclame Sylvie Nobécourt, chargée de mission éco-mobilité de l’Agence locale de l’énergie et du climat de l’Ain (Alec 01), le 10 mai, lors d’un atelier organisé par la CCI sur les mobilités douces.
En 2019 dans l’Ain, 44 % des émissions de gaz à effet de serre provenaient des transports routiers, dont à 56 % du transport des personnes. S’il est possible de penser que la question de la mobilité n’appartient pas aux entreprises et compte parmi les libertés individuelles, il faut toutefois leur reconnaître un véritable pouvoir d’influence sur le sujet, comme en témoignent trois sociétés aindinoises.
« Nous possédons 42 véhicules de société, dont sept sont électriques et deux hybrides, mais également 14 vélos de fonction. En parallèle, nous avons énormément travaillé sur le covoiturage », explique Christophe Subtil, directeur de Stemi à Saint-Rémy. L’entreprise spécialisée en électricité industrielle, maintenance et automatismes a également organisé des stages d’écoconduite pour ses salariés. Elle leur permet d’économiser jusqu’à 30 % de carburant sur un trajet.
À Saint-Vulbas, le plasturgiste Georg Utz a installé des écrans interactifs pour informer ses employés. « Nous avons les minutes écolos qui apparaissent régulièrement. Des informations attractives avec des témoignages de salariés sur le covoiturage, des calculs sur l’impact de la démarche… » développe Fabrice Bachelier, directeur de la société. Pour TNM Emballage, à Dagneux, la création d’un jeu-concours autour de la problématique énergétique a été l’occasion d’aborder la question du covoiturage et de remobiliser les collaborateurs.
Plus que de l’écologie ?
Au-delà de la démarche écologique, la question des mobilités douces peut devenir un véritable atout pour les entreprises. « C’est l’occasion d’apporter autre chose à ses équipes. L’entreprise devient plus accessible tout en soignant sa RSE et sa marque employeur. Des atouts pour le recrutement et la fidélisation des salariés. La société leur offre plus que du travail grâce à une dynamique interne, des projets mobilisateurs, intéressants et ludiques. La démarche permet de donner un bol d’air avec des sujets sympas, positifs. Elle a un vrai rôle de cohésion », souligne Bertrand Glaizal, directeur du service développement des entreprises à la CCI de l’Ain.
Toutefois, si les mobilités douces rencontrent un engouement de plus en plus fort auprès des entreprises, elles se heurtent également à la réalité. « Des structures nous font remonter des problèmes d’accessibilité. Pour y faire face, elles ont dû louer des locaux sur Lyon ou ailleurs pour faciliter l’arrivée des salariés sur leur site. À Bourg, les horaires des bus ne correspondent pas toujours aux besoins. Et à vélo, cela peut devenir compliqué si l’on a du matériel. Enfin, il est difficile d’honorer un rendez-vous à l’extérieur de la ville, sans voiture », regrette Charlène Dadier, coprésidente d’Acenord. Une forme de mobilité qui demeure donc à développer pour gagner en efficacité.
Le challenge mobilité en plein développement
Le concours qui incite à la mobilité douce gagne en popularité année après année. L’an passé, il a mobilisé 2 400 entreprises différentes, dont 120 dans l’Ain ! Organisé par la Région, le Challenge Mobilité se déroule sur une journée et vise à faire venir les salariés à leur travail autrement qu’en voiture individuelle.
« Pour gagner ce concours, les entreprises doivent avoir le plus fort taux de salariés participant au challenge. Et cela fonctionne puisqu’un autosoliste sur quatre, après y avoir concouru, continue ensuite au moins une fois par semaine à utiliser un mode de transport alternatif », se réjouit Sylvie Nobécourt, chargée de mission éco-mobilité d’Alec 01.
L’inscription est assez simple, elle passe par un site dédié, puis de promouvoir l’événement en interne. Le jour J, accueillir les participants avec un petit-déjeuner permet de motiver les troupes. Enfin, il reste à compiler les résultats, toujours sur le site internet.
« En 2021, lors de notre première participation au Challenge mobilité, 50 % de nos salariés ont pris part à l’événement. Pour la deuxième édition, nous étions à 64 % de mobilisation. Près de 80 % des participants ont covoituré. Pour faciliter cette action, nous mettions les employés en relation en fonction de leur lieu d’habitation », explique Peggy Vogt, chargée des ressources humaines de la société TNM Emballage.
Ce jour-là, beaucoup d’offres de mobilité sont proposées. Les cars de la Région, par exemple, sont gratuits, tout comme les transports en commun de la plaine de l’Ain. À Bourg, le ticket est à 2 €. Même tarif pour les TER. Et les entreprises elles-mêmes peuvent rendre le challenge plus attractif : « Nous avons créé des équipes et mis en place un barème de points selon le mode de transport utilisé. L’équipe vainqueur remporte une surprise. L’année dernière, c’était une soirée à OnlyKart », sourit Fabrice Bachelier, directeur de la société Georg Utz, qui prévoit d’aller plus loin l’année prochaine, avec un challenge mobilité sur une semaine.
Toutefois, si de plus en plus de salariés participent, ces nouvelles mobilités restent difficiles à concrétiser au quotidien. Quelques réussites sont tout de même à signaler, comme chez Stemi, où deux collaborateurs viennent désormais en covoiturage quotidiennement. « Ils habitent à 40 mètres l’un de l’autre et travaillent dans le même service, donc avec les mêmes horaires », développe Christophe Subtil, leur directeur.
Cette année, 140 sociétés aindinoises devraient prendre part au challenge qui se tiendra le 1er juin.
Douce mais dangereuse
Les participants de l’atelier en témoignent, la mobilité douce c’est bien, mais dangereux. « J’habite sur la route qui mène à Villefranche et je ne prends jamais la route principale pour rentrer chez moi, bien trop risquée », explique Christophe Subtil. Des propos qu’approuve Fabrice Bachelier : « J’ai testé la traversée de l’agglomération d’Ambérieu, c’est de la folie. Pour rentrer le soir, j’ai préféré faire le détour par Priay et longer la rivière d’Ain pour des questions de sécurité. »
Et si les petites routes ont un côté rassurant par leur faible fréquentation, elles le perdent face à la vitesse des voitures qui l’empruntent, là où deux véhicules se croisent difficilement. « Certaines personnes aimeraient prendre le vélo ou la trottinette, mais ont peur et ne le font pas à cause du risque. Les pouvoirs publics ont un travail conséquent à réaliser sur les infrastructures. Si nous voulons devenir un peu plus Hollandais ou Danois, il y aura beaucoup à faire », conclu Christophe Subtil.
Joséphine Jossermoz








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