Ain : les énergies renouvelables, enjeu de stabilité

par | 16 juin 2026

La multiplication des projets de centrales photovoltaïques ne doit pas seulement à des obligations réglementaires ou une volonté de décarboner, mais aussi au besoin de garantir une partie de son énergie à un tarif maîtrisé.

Si Eddy Vanmarisse, président d’Astrée Solar, centrale photovoltaïque collective inaugurée le 4 juin sur le Parc industriel de la Plaine de l’Ain (Pipa), s’est investi dans ce projet de longue haleine, c’est par conviction.

« J’ai deux entreprises dans le domaine des métaux non ferreux sur le parc (Copper Distri et Etic Tubes, NDLR). La première est peu énergivore, la deuxième un peu plus, mais nos panneaux, installés en 2018-2019, assurent 40 % de nos besoins. Aussi, le syndicat mixte du Pipa est venu solliciter, au départ, mon retour d’expérience, raconte-t-il. Leur concept d’autoconsommation collective m’a paru assez novateur. Et suffisamment d’entreprises se sont montrées intéressées pour que nous puissions le financer nous-mêmes. »

Il a pourtant fallu se montrer convaincant. « Avant 2021, pas grand monde ne se passionnait pour le sujet, se souvient encore Eddy Vanmarisse. Quand des centrales étaient installées dans des entreprises, c’est généralement qu’elles disposaient de surfaces disponibles, comme les parkings, et que des opérateurs venaient se proposer d’investir en direct pour exploiter ces espaces, en revendant l’électricité sur le réseau. Peu voyaient dans ces solutions, une gestion de leur énergie à long terme, juste une réponse à une obligation légale ou un revenu supplémentaire. »

Il faut dire qu’alors, les prix de l’énergie étaient stables, autour de 50 €/MW. La guerre en Ukraine a tout chamboulé, avec des tarifs qui ont pu monter jusqu’à 250 €/MW. Et si aujourd’hui, ils sont redevenus raisonnables, de l’ordre de 70 €/MW, « on ne sait pas ce qu’ils seront demain, rappelle Eddy Vanmarisse. L’énergie aujourd’hui est une bourse comme une autre. Le photovoltaïque n’est pas une réponse parfaite, notamment parce qu’il ne produit pas la nuit, mais il est devenu stratégique pour les entreprises, pour maîtriser leurs coûts sur la durée, avec une électricité complètement décorrélée des fluctuations géopolitiques et des variations de prix qui peuvent s’ensuivre ». Il permet de surcroît à celles qui en ont l’obligation ou le souhait, d’améliorer leur bilan carbone.

Si les tarifs de rachat ont été fortement revus à la baisse, différents observateurs y voient le signe que les installations sont devenues rentables par elles-mêmes. Et Laure Verhaeghe, présidente Lendosphere, plateforme qui a contribué au financement participatif de plusieurs projets dans l’Ain (lire ci-dessous) d’ajouter une conséquence : « Pour éviter les effets de prix négatifs, de plus en plus fréquents, le nouveau Graal des développeurs consiste à associer production et stockage. » Astrée Solar y songe, d’ici deux à trois ans. « Ce serait une optimisation, pas un besoin. Nous avons suffisamment d’entreprises pour consommer 98 % de l’énergie produite », note son président. Elles sont en effet une vingtaine – issues de secteurs variés conformément à une volonté du SM Pipa – à avoir investi en direct pour être raccordées à la centrale.

La centrale collective Astrée Solar représente un investissement de 4 M€ dont 42 % sécurisés par les apports en capital des actionnaires.D’une puissance totale de 5,99 MWc, les 11 000 modules implantés permettent une production estimée à 7 200 MWh/an.

Un produit d’épargne

Elle a contribué au parc solaire de Pont-d’Ain (lire Eco du 30 avril), où Valorem et la Sem Léa (Les énergies de l’Ain) poseront symboliquement la première structure ce 18 juin, mais aussi aux ombrières du parking de Renault Trucks à Bourg-en-Bresse. Lendosphere, plateforme de financement participatif dédiée au développement durable, dit avoir soutenu une quarantaine de projets en Auvergne-Rhône-Alpes sur 10 ans, pour près de 23 M€. Et elle annonce encore pour 2 M€ de levées de fonds, toujours en région, cet été. Un moyen pour les particuliers de flécher leur épargne vers l’environnement, avec un taux à 7 %/an, pour des projets souvent portés par des acteurs comme la CNR ou TotalEnergies. « Il ne faut pas opposer renouvelables et nucléaires, mais considérer l’ensemble du mix énergétique, plaide Laure Verhaeghe, présidente de Lendosphere. Accélérer l’électrification, c’est réduire la dépendance aux fossiles et améliorer notre indépendance énergétique. »

Les ombrières de Renault Trucks. © TotalEnergies
Les ombrières de Renault Trucks.

Produire et stocker

Les coûts de rachat de l’électricité photovoltaïque sont désormais au ras des pâquerettes. Mais loin de signer la fin des projets, cette nouvelle donne consacre l’autoconsommation et le stockage. Le pôle du Grand Colombier d’Odyneo, association implantée sur le Rhône, l’Ain et le Jura, dédiée aux personnes en situation de handicap et à leurs proches, compte un accueil médicalisé avec médecins, psychomotriciens et ergothérapeutes, des services administratifs, une cuisine centrale, deux accueils de jours, un Établissement et service d’aide par le travail (Esat) de 170 personnes à Belley, ainsi que quatre foyers d’hébergement. Le principal de ces établissements, à Arvière-en-Valromey, recense une centaine de résidents et autant de personnels. Ses besoins en énergie sont donc importants. De surcroît, le site se doit de respecter le décret tertiaire.

Quentin Rabatel, ingénieur de production de Faradae, et Jean-Marc Blanchin, responsable maintenance, logistique, sécurité du site Odynéo d'Arvière-en-Valromey, devant les ombrières. © SJ
Quentin Rabatel, ingénieur de production de Faradae, et Jean-Marc Blanchin, responsable maintenance, logistique, sécurité du site Odynéo d’Arvière-en-Valromey, devant les ombrières.

Pour y faire face, les parkings avaient déjà été équipés d’ombrières photovoltaïques d’une puissance de 128 kWc et de deux bornes de recharge pour les véhicules électriques. Un équipement auquel l’établissement vient d’adjoindre une batterie d’une capacité de 110 kWh et d’une puissance de 50 kW.

« Les ombrières fournissaient 30 % des besoins en énergie du site. Avec cette solution de stockage, nous montons à 35 %. Le taux d’autoconsommation, lui, passe de 81,8 à 92 % », indique Anne Valette, directrice marketing de Faradae, une entreprise lyonnaise qui finance, pour le compte de ses clients, des installations photovoltaïques en autoconsommation. « Nous intervenons comme financeur de la centrale, que nous construisons et que nous exploitons, explique-t-elle. Nos projets s’inscrivent dans le temps long, avec une prestation qui prévoit notamment le remplacement des onduleurs à 15 ans. »

Faradae a développé sa propre solution de pilotage du système pour optimiser le stockage-déstockage de l’énergie, le rendre le plus intelligent possible, notamment déstocker au moment où l’électricité est la plus chère. Odyneo, qui possède 35 établissements, a fait appel à ses services une première fois pour son site de Lentilly (Rhône). Arvière-en-Valromey est le deuxième. Un troisième doit suivre, à Dommartin (Rhône). En contrepartie, l’association lui paye, à l’année, un forfait d’accès calculé sur sa consommation électrique antérieure, avec une garantie de stabilité du prix sur 30 ans.


Sébastien Jacquart

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