Ils étaient médecin, journaliste, informaticien, économiste ou musicienne. Rien ne les destinait au monde du livre. Pourtant, ces autodidactesont choisi d’en faire leur métier, souvent à mi-carrière, alors mêmeque le marché traverse une période de net recul.
Leïla Oufkir
Malgré un marché national proche de 2,9 milliards d’euros et un maillage régional particulièrement dense, les libraires doivent composer avec la baisse du temps consacré à la lecture et des équilibres économiques de plus en plus tendus.
En Savoie et en Haute-Savoie, les libraires réinventent leur modèle économique en faisant de leurs établissements de véritables lieux multiculturels.
À Saint-Jean-de-Maurienne, Chiara Vallin-Canciani dirige la librairie Des Livres et Vous qu’elle a créée en 2018. Cette économiste du tourisme avait mené une carrière de directrice d’office de tourisme. « Ma passion pour la littérature a pris le dessus à l’âge de 40 ans, lorsque j’ai surmonté un cancer. Je me suis alors demandé ce que je voulais faire par la suite : continuer dans ma branche ou faire des choses qui m’enthousiasment davantage. »
Même changement de vie pour Richard Muller, professionnel dans l’informatique : il reprend en 2023 la Librairie du Mont-Blanc à Saint-Gervais. « Ce n’est pas l’aspect lucratif qui m’a motivé !, sourit le dirigeant de la SAS Le Cahier Bleu propriétaire de la Librairie du Mont-Blanc, la littérature m’a construit, alors, sur la dernière ligne droite de mon parcours, je voulais me consacrer à cette passion. »
La trajectoire de Guillaume Chaix et de Cécile Masson est tout aussi atypique. Ancien journaliste à La Maurienne, historien et généalogiste pour lui ; musicienne, enseignante et programmatrice culturelle pour elle, ils ont ouvert en juin dernier Le Parvis dans l’ancienne fabrique de skis Chaix-Vanoni.
Michel Moriceau, médecin de profession, ne se destinait pas non plus à présider l’association Montagne en pages, organisatrice du Salon international du livre de montagne de Passy dont la 36e édition aura lieu du 6 au 9 août 2026 (lire ci-dessous).
Autour de lui, l’association réunit d’ailleurs des bénévoles venus d’horizons tout aussi variés : dirigeant d’une entreprise de décolletage, logisticien, ingénieur, enseignante ou encore guide de montagne. « Le livre est très fédérateur », ponctue le président.
Si leurs parcours convergent, leur vision du métier aussi : aujourd’hui, vendre des livres ne suffit plus. Tous misent sur une offre élargie et sur l’animation culturelle pour attirer et fidéliser leur clientèle.
Chiara Vallin-Canciani a récemment doublé la surface de sa librairie Des Livres et Vous, passée de 80 à 180 m² grâce à un investissement de plus de 50 000 €, soutenu par la Région, l’Association Développement de la Librairie de Création (ADELC), Auvergne-Rhône-Alpes Livre Lecture (Arall) et le Centre national du livre. Son établissement emploie quatre salariés, dont deux à temps partiel, et réalisait environ 150 000 € de chiffre d’affaires avant cet agrandissement. La librairie propose près de 14 000 livres, 3 000 jeux de société et accueille régulièrement rencontres d’auteurs et événements littéraires. Elle se délocalise à Valloire fin janvier depuis trois ans avec le festival Les Sommets littéraires.
À Saint-Gervais, Richard Muller développe lui aussi une offre complémentaire avec des jeux éducatifs haut de gamme, de la papeterie et un important fonds consacré à la montagne. Sa librairie de 65 m² emploie une salariée à temps plein. La boutique réalise environ 400 000 € de chiffre d’affaires.
Le Parvis : nouveau chapitre pour l’ancienne usine Chaix-Vanoni

Installée dans l’ancienne fabrique de skis Chaix-Vanoni à Saint-Jean-de-Maurienne, une nouvelle »librairie, café-théâtre, etc. » baptisée Le Parvis a ouvert ses portes le 12 juin.
Derrière ce projet atypique où le “etc.” prend tout son sens, Guillaume Chaix et sa compagne Cécile Masson, ont l’ambition de dépasser la simple vente de livres : faire de ce lieu patrimonial un espace de rencontres, de culture et de transmission.
Sur les 150 m² du commerce, complétés par une terrasse de 80 m², les visiteurs trouvent des livres, de la papeterie, des puzzles artistiques mais aussi un café et, bientôt, une programmation mêlant conférences, concerts acoustiques, ateliers et animations diverses.
Le couple a conçu un lieu modulable où le mobilier se déplace pour accueillir les activités culturelles. « Notre cœur névralgique reste la librairie, dans l’idée de rendre le livre plus accessible à tous », résume Guillaume Chaix.
Le choix de l’adresse ne doit rien au hasard. « La condition sine qua non de notre projet, était de trouver un lieu atypique et chargé d’histoire », souligne-t-il.
La fabrique de skis, fondée en 1925 par Émile Chaix (famille éloignée de Guillaume), fut la première de Maurienne. L’entreprise fut reprise par son épouse puis sa fille Rosette Chaix, qui s’associe à Jacques Vanoni. Ensemble, ils développent la marque Chaix-Vanoni, qui se distingue dans les années 1970 avec ses monoskis en bois de hêtre. L’activité a cessé en 1997. Sa petite-fille, Chantal Vanoni, héritière des lieux, a financé les travaux (montant non communiqué).
Guillaume Chaix et Cécile Masson sont conscients que le livre reste un produit à faible rentabilité. « Nous bénéficions de 30 à 35 % de remise auprès des distributeurs, mais une fois les charges déduites, il reste entre 1 et 2 % dans la poche d’un libraire », rappelle-t-il. Les dirigeants visent un chiffre d’affaires annuel compris entre 200 000 € et 400 000 €, avec un objectif simple : « en vivre décemment ».
Le Parvis a bénéficié d’une aide à l’investissement dédiée aux commerces de proximité. Sur un programme d’ameublement de 30 000 €, la Communauté de communes a apporté 3 000 € et la Région, 6 000 €.
Salon du livre de Passy : la montagne à toutes les pages
Organisé par l’association Montagne en pages, le Salon international du livre de montagne de Passy réunira auteurs, éditeurs, scientifiques et lecteurs du 6 au 9 août pour sa 36e édition.

Le salon défend une approche universelle du livre dédié à la montagne. Territoire d’inspiration, d’exploration et de connaissance, la montagne fait couler l’encre : romans, récits, histoire, géographie, sciences, films et expositions composent la programmation sur trois jours.
Il fut un temps où le salon attirait jusqu’à 6 000 visiteurs, il avoisine plutôt les 2 000 aujourd’hui, dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat et diminution de la durée moyenne des séjours touristiques. Le budget du salon, à l’équilibre grâce aux recettes (buvette, location de stands et droit d’entrée de 5 €) s’élève à environ 30 000 €.








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