De retour de vacances j’ai retrouvé une actualité aussi réjouissante que celle que j’avais quittée lorsque j’ai abandonné mon smartphone au fond du tiroir, il y a 15 jours.
Vraiment pas évident, dans ce tumulte marqué par la guerre, les tremblements de terre, le dérèglement climatique ou la déferlante incontrôlée de l’IA, de trouver une info qui donne envie de se projeter.

Puis je suis tombé sur cet article de RFI : États-Unis : L’hécatombe des Amérindiennes sort progressivement du silence médiatique (paru le 17 août sur www.rfi.fr). Le journaliste y explique qu’aux États-Unis mais aussi au Canada « des milliers de femmes amérindiennes disparaissent ou sont assassinées dans une quasi-indifférence. »
Les chiffres font froid dans le dos : le FBI reçoit chaque année 5 000 signalements pour des femmes amérindiennes disparues ou assassinées. Un chiffre sans doute en dessous de la réalité car, comme l’explique l’article, le morcellement des compétences en matière de police (police tribale, police locale et FBI) complique la centralisation des données.
Rien que dans le Wyoming, l’état le moins peuplé des États-Unis (moins de 600 000 habitants), « 710 autochtones [dont 57% de femmes] ont disparu » entre 2011 et 2020, dont 85 % de mineurs(1). Et ce, sans vraiment défrayer la chronique. Mais lorsqu’une jeune randonneuse blanche disparaît dans ce même Wyoming, en 2021, c’est une déferlante médiatique internationale (2).
Aux États-Unis, dans l’État de Washington, 5 % des affaires non élucidées concernent des Amérindiens, qui ne représentent que 2 % de la population. Au Canada une estimation mentionne qu’entre 2009 et 2021 « le taux d’homicide des femmes et des filles amérindiennes, métisses et inuites était six fois plus élevé que le reste de la population », poursuit RFI. Stupéfiant.
Cet article m’a évidemment interpellé en tant que journaliste. Au-delà même du contenu ou du ton d’un article, le simple fait de choisir quel sujet va figurer dans nos médias est déjà une décision importante : elle mérite que nous nous interrogions systématiquement… mais dans le tourbillon du quotidien, il faut avouer que ce n’est pas toujours le cas.
Mais au-delà du professionnel de l’info, c’est le citoyen qui s’est interrogé : où sont nos “Indiennes” ? Quels sont les sujets qu’en tant que société nous refusons de regarder en face ? Et pour quelles raisons ? Et quelles seront, demain, les conséquences de cet aveuglement plus ou moins volontaire : fractures sociétales, sentiment de culpabilité ou choc salvateur ?
La question se pose aussi à l’échelle d’une entreprise : y a-t-il des sujets épineux dont nous percevons l’existence… mais que nous ne traitons pas ? Pas assez urgent, pas assez important, pas assez de moyens, ou « pas une priorité… » Il y a souvent 1 000 raisons de ne pas s’attaquer à un problème. Et elles sont parfois bonnes, il faut le reconnaître ! Combien de “problèmes” finalement résolus par eux-mêmes, sans mesure spécifique ? Pour autant, certains problèmes sont de vrais problèmes et alors là, mieux vaut les identifier et les affronter que de les laisser s’aggraver.
La réussite d’une entreprise ne tient pas seulement à ses compétences, à sa bonne connaissance du marché, à son aptitude à se démarquer des concurrents. Elle tient aussi à sa capacité à ne pas enfouir ses “Indiennes” dans l’oubli.
(1) Le rapport est téléchargeable à partir de cette page : https://wysac.uwyo.edu/wysac/projects/mmip-report/. Merci à Amélie, une de nos lectrices, qui nous a permis de corriger deux erreurs de chiffres issues d’une lecture trop rapide de l’article de RFI.
(2) C’est l’affaire Gabby Pepito. Les débats issus de cette différence de traitement médiatique ont, par effet domino, contribué à faire émerger davantage le cas des Amérindiennes.
Éric Renevier
Édito par dans ECO Savoie Mont Blanc du 21 août 2026
Image à la une générée par IA.







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