Édito | Où sont nos “Indiennes” ?

par | 25 août 2026 à 15H59

De retour de vacances j’ai retrouvé une actualité aussi réjouissante que celle que j’avais quittée lorsque j’ai abandonné mon smartphone au fond du tiroir, il y a 15 jours.

Vraiment pas évident, dans ce tumulte marqué par la guerre, les tremblements de terre, le dérèglement climatique ou la déferlante incontrôlée de l’IA, de trouver une info qui donne envie de se projeter.

Puis je suis tombé sur cet article de RFI : États-Unis : L’hécatombe des Amérindiennes sort progressivement du silence médiatique (paru le 17 août sur www.rfi.fr). Le journaliste y explique qu’aux États-Unis mais aussi au Canada « des milliers de femmes amérindiennes disparaissent ou sont assassinées dans une quasi-indifférence. »

Les chiffres font froid dans le dos : le FBI reçoit chaque année 5 000 signalements pour des femmes amérindiennes disparues ou assassinées. Un chiffre sans doute en dessous de la réalité car, comme l’explique l’article, le morcellement des compétences en matière de police (police tribale, police locale et FBI) complique la centralisation des données.

Rien que dans le Wyoming, l’état le moins peuplé des États-Unis (moins de 600 000 habitants), « 710 autochtones [dont 57% de femmes] ont disparu » entre 2011 et 2020, dont 85 % de mineurs(1). Et ce, sans vraiment défrayer la chronique. Mais lorsqu’une jeune randonneuse blanche disparaît dans ce même Wyoming, en 2021, c’est une déferlante médiatique internationale (2).

Aux États-Unis, dans l’État de Washington, 5 % des affaires non élucidées concernent des Amérindiens, qui ne représentent que 2 % de la population. Au Canada une estimation mentionne qu’entre 2009 et 2021 « le taux d’homicide des femmes et des filles amérindiennes, métisses et inuites était six fois plus élevé que le reste de la population », poursuit RFI. Stupéfiant.

Cet article m’a évidemment interpellé en tant que journaliste. Au-delà même du contenu ou du ton d’un article, le simple fait de choisir quel sujet va figurer dans nos médias est déjà une décision importante : elle mérite que nous nous interrogions systématiquement… mais dans le tourbillon du quotidien, il faut avouer que ce n’est pas toujours le cas.

Mais au-delà du professionnel de l’info, c’est le citoyen qui s’est interrogé : où sont nos “Indiennes” ? Quels sont les sujets qu’en tant que société nous refusons de regarder en face ? Et pour quelles raisons ? Et quelles seront, demain, les conséquences de cet aveuglement plus ou moins volontaire : fractures sociétales, sentiment de culpabilité ou choc salvateur ?

La question se pose aussi à l’échelle d’une entreprise : y a-t-il des sujets épineux dont nous percevons l’existence… mais que nous ne traitons pas ? Pas assez urgent, pas assez important, pas assez de moyens, ou « pas une priorité… » Il y a souvent 1 000 raisons de ne pas s’attaquer à un problème. Et elles sont parfois bonnes, il faut le reconnaître ! Combien de “problèmes” finalement résolus par eux-mêmes, sans mesure spécifique ? Pour autant, certains problèmes sont de vrais problèmes et alors là, mieux vaut les identifier et les affronter que de les laisser s’aggraver.

La réussite d’une entreprise ne tient pas seulement à ses compétences, à sa bonne connaissance du marché, à son aptitude à se démarquer des concurrents. Elle tient aussi à sa capacité à ne pas enfouir ses “Indiennes” dans l’oubli.

(1) Le rapport est téléchargeable à partir de cette page : https://wysac.uwyo.edu/wysac/projects/mmip-report/. Merci à Amélie, une de nos lectrices, qui nous a permis de corriger deux erreurs de chiffres issues d’une lecture trop rapide de l’article de RFI.

(2) C’est l’affaire Gabby Pepito. Les débats issus de cette différence de traitement médiatique ont, par effet domino, contribué à faire émerger davantage le cas des Amérindiennes.


Éric Renevier
Édito par dans ECO Savoie Mont Blanc du 21 août 2026
Image à la une générée par IA.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

Dans un contexte de forte contraction de l’activité, la profession du BTP observe une baisse d’environ 20 % du nombre d’appels d’offres dans l’Ain sur les huit premiers mois de 2026 par rapport à 2025.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Plus de 20 M€ pour la mobilité dans le Genevois

Une convention entre le Département de la Haute-Savoie et le Pôle métropolitain du Genevois français entérine l'affectation de 20,2 M€ à deux projets liés aux transports en commun sur Annemasse. Martial Saddier, Président du Département de la Haute-Savoie, et Gabriel...

Une nouvelle page à écrire ensemble

Le voici. Ce premier numéro mensuel d’Eco Savoie Mont Blanc marque une nouvelle étape dans l’histoire de notre journal. Un moment important, préparé avec enthousiasme et porté par une conviction : dans un monde où l’information circule toujours plus vite, prendre le...

L’Etat affiche son soutien à l’industrie

La préfecture de Région vient de piloter un “Comité de l’administration régionale” consacré à l’industrie. Trois priorités sont affichées. Première région industrielle de France, avec plus de 500 000 emplois industriels, Auvergne-Rhône-Alpes dispose d’un tissu...

Guillaume Lachenal redevient le premier actionnaire de Miliboo

Dans un communiqué officiel, la marque annonce le rachat des parts du Groupe M6 et d’une partie des actions d'Auriga Partners par le dirigeant fondateur. Explications. Miliboo, la marque digitale d’ameublement, ouvre une nouvelle étape de son développement avec le...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé